Vous êtes ici
Accueil > Actualité > Déni de grossesse : Une situation imprévisible aux conséquences désastreuses

Déni de grossesse : Une situation imprévisible aux conséquences désastreuses

Il arrive à des femmes de ne pas savoir qu’elles sont enceintes même jusqu’à sept ou huit mois. Et pour cause, les symptômes sont absents ou mal interprétés. Ce phénomène appelé ‘’déni de grossesse’’ est très éprouvant en cela que la venue d’un enfant se prépare depuis les tous premiers mois. Entre rejet de paternité de la part du partenaire et impact psychologique, des citoyens se confient…

Par Gloria Mingnissè AGOSSOU (Stag.)

 

Bénédicte Houndolo en a fait l’expérience. À huit (8) mois elle apprend qu’elle était enceinte. Séisme !

« Je me suis réveillée un matin et j’ai constaté que mon bas ventre était gonflé. Je ne pouvais pas me redresser. Quand j’ai fait un peu d’effort, le « truc » a quitté le bas et est monté en haut. Ce qui m’a inquiétée. Je me suis alors confiée à ma tante ; elle m’a dit que j’étais enceinte. J’ai pensé à une blague, puis j’ai décidé de réaliser une échographie qui va confirmer que j’étais effectivement enceinte. Quand on m’a dit que j’étais enceinte, je n’ai pas cru. Je me suis dit : ceux-là racontent quoi ? Je découvrais cet état un jeudi et le mercredi qui a suivi, j’ai accouché. C’est du jeudi au mercredi que mon ventre s’était vraiment arrondi », se souvient-elle.

Le déni de grossesse, explique Léa Kenou Koty, Sage-femme d’État, c’est « lorsqu’on apprend sa grossesse à partir de la quinzième semaine d’aménorrhée ».

Autrement, il désigne le fait d’être enceinte sans le savoir. Il en existe de deux types : le déni de grossesse partiel et le déni de grossesse total, ajoute-t-elle.

Dans le premier cas, la grossesse est découverte avant le terme plus précisément après le premier trimestre ; tandis que dans le cas du déni de grossesse total, la femme ne découvre sa grossesse qu’au moment de l’accouchement.

 

LIRE AUSSI: « Campus de Boologie » à Sékou : La question des ‘’abikù’’ et ‘’jikù’’ à la loupe

 

Cette ignorance de l’état de grossesse est due à l’absence des symptômes biologiques. En situation de déni de grossesse, les signes tels que « les nausées, les prises de poids, l’aménorrhée, le ventre qui s’arrondit sont absents ou bien mal interprétés », précise-t-elle.

Les causes d’un déni de grossesse, selon la Sage-femme, embrassent des facteurs aussi bien d’ordres psychologiques que trans-générationnels. « L’ambivalence du désir d’enfant, des conflits intrapsychiques non résolus, la pauvreté de la communication des émotions, les problématiques trans-générationnelles, un trouble d’adaptation, des éventuels traumatismes passés ou actuels, le rapport au corps et à la sexualité », énumère Léa Kenou Koty.

Le déni de grossesse est une situation assez complexe qui a des impacts négatifs aussi bien sur l’enfant que sur la mère. Le nouveau-né peut présenter « un retard de croissance intra-utérin, un risque majoré d’hospitalisation en néonatalogie, une augmentation du risque de mortalité fœtale, liée aux fausses couches ou des décès in utero, un recours plus important aux interruptions thérapeutiques de grossesse en lien avec l’existence d’anomalies congénitales », avertit la sage-femme d’État.

Des exceptions ne manquent pas, puisqu’il y a aussi des cas où le bébé se porte très bien, relève-t-elle.

Quant à la mère, les conséquences sont beaucoup plus d’ordre mental. « Des attitudes meurtrières, des difficultés à s’attacher au bébé, la maltraitance, la mise en adoption et des accouchements anonymes », souligne-t-elle.

 

LIRE AUSSI: Dr Armand Houndonougbo a/s alcool et grossesse : « Une association nuisible à la santé de l’enfant »

 

Cela explique le fait que, après cette expérience certaines mères ont du mal à accepter l’enfant. Toutefois, d’autres arrivent à la surmonter. C’est le cas de Bénédicte Houndolo.

« C’est mon enfant, la chair de ma chair. Quand je suis descendue de la salle d’accouchement et qu’on me l’a amené, je l’ai regardé. J’ai dit : waouh, donc tu étais caché en moi, pendant tout ce temps ! Ok, bonne arrivée. Tu es là, on va gérer », a-t-elle encore en mémoire.

Elle assure n’avoir eu aucune difficulté à accepter son enfant car elle l’a simplement prise comme « une partie » d’elle.

Problèmes familiaux

Si la femme peut-être traumatisée d’apprendre qu’elle porte inconsciemment une grossesse de 7 ou 8 mois, l’autre casse-tête concerne la réaction du partenaire. « Comment vous sentirez-vous si votre copine vous annonçait qu’elle porte une grossesse de 8 mois dont vous êtes le père ? »

La question fait sursauter Fréjus Akpo, étudiant. Il s’en est moqué avant de déclarer après une pause : « Apprendre brusquement que je suis l’auteur d’une grossesse presque à terme, c’est absurde. Personne ne peut croire à cela. Personnellement, je ne peux pas y croire », a-t-il déclaré, le ton ferme.

Cette réaction montre que le déni de grossesse est une absurdité aux yeux de la plupart des hommes approchés. Ils n’arrivent pas à se faire l’idée d’être le père d’une grossesse presque à terme du jour au lendemain.

Mais Léa Kenou Koty rassure que « ce sont des choses qui arrivent ». Elle reconnaît toutefois, qu’ « En se mettant à la place des hommes, c’est une pilule difficile à avaler ». Elle observe que le déni de grossesse qui survient au sein d’un couple marié, est beaucoup plus gérable. Mais, hors mariage, la Sage-femme préfère exhorter les hommes à s’armer de patience. « Quand cela arrive, hors mariage, prenez votre mal en patience et après accouchement, faites le test d’Adn pour vous assurer que l’enfant est le vôtre », conseille-t-elle.

 

LIRE AUSSI: Surveillance des frontières terrestres et maritimes : Vers l’érection d’un centre de contrôle au Bénin

 

Pas de recette magique pour échapper au déni de grossesse. Léa Kenou Koty appelle juste les femmes à être attentives aux signaux émis par leurs corps. « Il faut être à l’écoute de son corps, consulter un psychologue ou un psychiatre quand on a subi certains abus dans le passé, toujours faire un test de grossesse même quand on est réglée et sous contraceptif », conclut-elle.

©Bénin Intelligent

Laisser un commentaire

Top