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Développement du Bénin : Remarquable contribution des religions sur fond d’hypocrisie (Décryptage du sociologue Achille Sodégla qui « encourage fortement l’État à frapper les Églises d’impôt »)

En Afrique la commémoration des indépendances est beaucoup plus désormais des occasions de bilan des processus de développement. En la matière quel est le chemin parcouru par le Bénin qui s’apprête à fêter ses 60 ans ? Quelle est notamment la contribution des religions ? Krako Achille Sodégla livre une analyse sincère sur la base de ces questions. L’auteur de l’« Étude socioanthropologique du renoncement religieux au sein du catholicisme à Abomey-Calavi, Banamè et Cotonou », thèse de doctorat soutenue au Larred (Laboratoire d’Analyse et de Recherche Religions, Espaces et Développement) de l’Université d’Abomey-Calavi, note et salue la contribution remarquable de la religion à la démocratisation, au dégel des crises et la prospérité par des œuvres sociales. Toutefois, il observe que « Les Églises sont devenues aujourd’hui des entreprises professionnelles et il faut les prendre comme telle et demander fortement leurs contributions (impôt) à la construction de la nation au regard du business et du marché de l’argent en leur sein ». Il stigmatise enfin la pérennisation par les Églises, du programme colonial de diabolisation hypocrite des cultures africaines, le travestissement du sens de l’évangile par une minorité de leaders pour intoxiquer mentalement et spirituellement les fidèles. Le sociologue conclu que si on ne peut se développer sans sa culture, alors il reste du chemin pour les Béninois trop formatés.

 

Bénin Intelligent : Globalement dans quel état le Bénin se trouve 60 ans après de l’analyse du sociologue ?

Dr. Achille Sodégla : Je donnerai mon point de vue sur ce qui se dit et la conception que les scientifiques en ont. 60 ans d’indépendance, d’aucuns diront que ça passe vite. 60 ans dans la vie d’un être humain, on ne peut plus dire qu’il n’est pas mature. Lorsque vous atteignez 60 ans vous avez assez d’expériences, à défaut de considérer que vous avez raté votre jeunesse, pour ne plus faire certaines erreurs inacceptables. Le Bénin est à cette étape. C’est normal qu’on fasse le bilan. Mais il faut le faire par pallier pour tirer une conclusion. Le socle c’est de 1960 à 1990 et de 1990 à ce jour. Des périodes marquées essentiellement par la démocratisation (de 1960 à 1990) et la décentralisation (dès 2003). Ce qui constituent des étapes d’évolution sur lesquelles il faut apprécier le Bénin.

Lorsque je prends le palier social qui me concerne le plus en tant que sociologue, il faut reconnaître que de 1960 à 1990 les compteurs étaient au rouge. Parce que nous étions arrivés à un niveau où le social n’était plus contrôlable. Lorsque le politique et l’économie sont en difficulté ils peuvent toujours être réparés à travers des ajustements. Mais par contre lorsque le social est en difficulté ce n’est pas souvent facile de le réparer. Voilà pourquoi beaucoup apprécient le Bénin qui a réussi à réparer le social en 1990 à la Conférence nationale. Les fonctionnaires n’avaient plus de salaires. Parvenir à regrouper les différents acteurs qui étaient de véritables protagonistes qui ne parlaient plus la même langue encore que certains avaient même carrément fui le pays, c’était vraiment du miracle. Mais le pays a réussi. Beaucoup de pays qui ont tenté de nous imiter n’ont pas pu. Mais le Bénin a réussi à définir de nouvelles bases. On devrait alors assister à son décollage. Hélas ! on a constaté que malgré la franchise qui a caractérisé la Conférence et l’adoption de la Constitution, vous savez tout ce qui a suivi et a conduit le président Soglo à faire un seul mandat et le retour Kérékou au pouvoir. On s’est alors dit que peut être les choses iraient mieux avec la décentralisation qu’on a adoptée. Et aujourd’hui nous en sommes là.

Sur le plan politique nous avons continue différents régimes. Quand on prend les acteurs, le seul profil de Chef d’État que nous n’avons pas encore connu, c’est de prendre un comédien à la tête du pays. Sinon, l’élite nous avons en eue, l’expérience de l’armée a été aussi faite. Nous avons connu les différents types d’hommes capables de booster le Bénin sauf les humoristes qui ont bien dirigé ailleurs.

Concernant les partis politiques à qui échoit même l’animation de la vie politique, ils ont fonctionné en dent de scie. Dans un premier temps l’espace politique a été fermé, ce qui a donné droit aux coups d’État. Puis avec la démocratie on a dit qu’il faut libérer. En voulant le faire on a encore trop libéré ce qui a conduit à la pléthore des partis. Et nous voici à une nouvelle étape où on prône leur réduction par les regroupements. Et c’est encore problème. Après 60 ans d’indépendance, voilà le visage du politique aujourd’hui.

Quant à la Constitution, pendant que nous avons l’occasion de nous donner une, nous avons taillé une constitution sur mesure, destinée à sanctionner un visage. Quand l’heure a sonné de la réviser, il y a eu affrontement entre les conservateurs radicaux et les progressistes. Ces derniers ont triomphé et la Constitution a été révisée. Reste à savoir si elle est le visage de ce que le peuple désire. Il faut prendre le temps de l’apprécier. Sur le plan économique, des économistes constatent et s’étonnent même comme le peuple que le Bénin ne fasse plus partie des pays les plus pauvres.

En guise de récapitulation, je dirai que de 1960 à 1990 il y a quand même des domaines où nous avons progressé. Mais il me serait très difficile de dire qu’on avance ou non. Comparativement aux pays avec qui nous avons commencé, notamment la Côte-d’Ivoire, le Sénégal, le Kenya, l’Afrique du sud et consort, il nous reste beaucoup à faire. Même le Togo d’à côté sur des plans donnés, nous devance. Sur le plan éducatif, notre école demeure un maillon qui produit des chômeurs. Autant de réalités qui m’amènent à être perplexe et non satisfait.

Au regard de ce miracle béninois en 1990 et les bons profils que nous avons eu comme dirigeants à la tête du pays, où se pose précisément le problème pour qu’on reste perplexe quant au développement du Bénin ?

Il faut rester perplexe parce que lorsqu’on interroge les indicateurs, ils convainquent à des niveaux donnés. Le cas par exemple des chiffres. Lorsqu’on dit que le Bénin ne fait plus partie des pays pauvres, ça rassure. Mais les populations elles-mêmes sont-elles d’avis ? A mon avis tout le problème est là. Et de tout temps le Bénin a ainsi fonctionné. Ce qui donne l’impression qu’une frange de la population vit une chose et l’autre frange vit autre chose. Ce déphasage-là est difficile à apprécier.

C’est vrai, chaque pays à son mode de développement. Mais au Bénin, le mode de fonctionnement consiste à détester la personne quand il est au front. C’est nous-mêmes qui avons fait parti Kérékou au profit de Soglo. C’est encore nous-mêmes qui avions diabolisé ce dernier pour enfin ramener le premier. Lui-même cèdera la place au président Boni Yayi qui, après dix ans de pouvoir d’État a été très décrié. Mais aujourd’hui sous la Rupture, le peuple est nostalgique du ‘’Changement’’. Comme quoi, quand Patrice Talon, l’actuel président va partir lui aussi, le discours populaire en sa défaveur actuellement va changer. C’est le cliché, le mode de vie du Béninois. Ce qui fait partie des facteurs qui compliquent le développement. Les acteurs qui animent le système ont du mal à se comprendre et à se faire confiance. Autrement dit on a du mal à se faire confiance. Les belles initiatives viennent du Bénin, que d’autres pays copient mais ils réussissent plus que nous. Le Béninois est complexe, et cette complexité agit sur notre développement.

Les religions au Bénin prennent-elles part au développement ou le retardent-t-elles ?

Nous avons fait un travail au niveau du 13e arrondissement de Cotonou où nous avons enregistré plus de 300 églises évangéliques uniquement. A Parakou, plus de 500 différentes mosquées. Lorsque j’ai consulté les chiffres au Ministère de l’Intérieur, il y a l’officiel et l’officieux. Avec le professeur Dodji Amouzounvi (fondateur du Larred) les chiffres que nous avons glanés donnent plus de 5000 différentes Églises au Bénin. Au niveau de chaque Église il y a toujours un pasteur qui se fait entourer et qui anime la vie religieuse. Ceux là vous connaissez leur mode de vie. Alors, si ces églises n’existaient pas comment vont -ils vivre ? Pour nous aujourd’hui les Églises sont des entreprises professionnelles et fonctionnement véritablement comme tel. Regardez le nombre de personne qu’elles déploient et entretiennent. Tous les dimanches, lorsque la quête n’est pas bien dosée on en crée d’autres. Chaque dimanche il y a un chiffre d’affaire qui se dégage. Mais le discours voilé c’est que le pasteur n’en vit pas or il a forcément un salaire. Les affectations dans ces Églises donnent lieu à des tractations comme si c’était à la Douane. Entre pasteurs ou entre prêtres il y des rivalités. Pourquoi si c’est seulement pour servir Dieu ?

N’empêche ! la religion contribue au développement de la nation quelle que soit sa nature. Le Béninois être très religieux. Quelque soit ce qu’il fait, il va toujours consulter (Bokonon, astrologues…). Il y a un travail sur les guérisseurs, leurs modes de vie. Si la religion n’existait pas ceux-ci vont vivre de quoi ? Lorsque vous voyez un pasteur qui gare un véhicule, lorsqu’un prêtre construit une grande et belle maison, il a trouvé l’argent où ?

La religion participe au développement. Et n’oubliez pas que l’Eglise catholique a joué un grand rôle. N’eut été sa présence à travers Mgr Isidore de Souza en 1990 la Conférence nationale n’aurait pas lieu. Globalement les religions participent au développement par le social et le dégel des conflits même si elles en créent, elles aussi. Si l’Eglise catholique s’installe dans une zone sachez que dans 5 ans, 10 ans cette zone sera la mieux développée. Elle détient les meilleures terres et occupent les meilleurs espaces. Prenez l’Eglise de Baname. Rien qu’à l’implantation de Parfaite regardez la foule drainée, la poussée démographique et l’occupation de l’espace. Aujourd’hui il n’y a plus de terre disponible dans la zone. La voie est tracée. Les constructions poussent. Avant même que les constructions ne soient faites les pauvres qui avaient de maisons sous forme d’auberges dans la zone, les fidèles qui viennent voir leur ‘’dieue’’ les louent toute l’année. Le site de Sèmè-Kpodji avec l’Eglise du Christianisme céleste draine du monde. Ne pas reconnaître que les religions participent au développement c’est mentir.

Le Bénin est-il réellement laïc ?

La laïcité est diversement appréciée. Telle que vécue par les religieux eux-mêmes et les politiques, la laïcité n’est pas celle que nous les scientifiques, vivons. La laïcité de l’Etat ce n’est pas seulement la liberté d’expression des religions et l’absence d’entrave à la foi de l’autre. Ce n’est pas seulement la libre cohabitation et le dialogue religieux. Non ! Elle est surtout la neutralité de l’Etat. Lorsqu’on prend notre Constitution qui donne plein pouvoir au politique d’organiser les religions. Pour le scientifique le Bénin n’est pas un Etat laïc. La liberté religieuse c’est que chacun vit, chacun existe et l’Etat même fonctionne de telle sorte à ne pas avoir une main dans la religion. Vous pensez que cette laïcité colle à la réalité au Bénin ?

La laïcité au Bénin ne mérite-elle pas d’être revue au regard des déviances notamment la création anarchique d’Eglise ?

Il faut réguler. Mais le Bénin en a-t-il les moyens ? Sinon les règles existent pour créer une communauté religieuse. Pourtant à la Direction générale des cultes les chiffres ne sont pas fiables. Si j’ai de proposition à faire à l’Etat c’est de s’appuyer sur nos travaux. Nous pouvons l’aider à les recenser et à les géolocaliser toutes. Ainsi, de loin l’Etat peut savoir qu’un pasteur émet dans tel coin et le frapper d’impôt. On peut frapper tout ce beau monde d’impôt. Il y a environ 5000 différentes Eglises au Bénin. Si par mois chacune d’elle paie 10 000F, multipliez cela par leur effectif. Ce sera une grande contribution aux caisses de l’Etat. Si on peut arriver à le faire ce sera formidable. J’encourage fortement l’Etat à frapper les Eglises d’impôt. Parce que ce qu’elles roulent comme du business, ce qui y circule comme argent, c’est énorme. Il faut les frapper d’impôt, les formaliser davantage afin qu’elles participent davantage au développement de la nation et non seulement à leur propre développement. Tel qu’elles fonctionnent, seuls les leaders en profitent. Il faut trouver la formule nécessaire (par mois ou par an) et définir les modalités comme pour les GSM.

Il est admis de tous qu’on ne peut se développer sans sa culture. Les confessions religieuses adaptent-elles l’Evangile à nos réalités socioculturelles ? Quel est notre niveau d’inculturation soixante ans après ?

On ne peut se développer sans sa culture. Mais très tôt le Béninois a été arraché à sa culture. Sa complexité vient de là. Si le Fon parlait et étudiait dans sa langue, son degré d’intelligence serait plus développé. Mais il lui faut d’abord apprendre la langue française alors que le Français naît avec sa langue maternelle. En temps normal on devrait travailler à ce que chacun possède sa culture pour développer sa nation. Mais nous avons déjà raté cette base. Le projet d’introduction de nos langes à l’école pour enfin oublier le français n’a pas abouti. Le Fon trouve que c’est sa langue qu’il faut prendre. Le ‘’Adja’’ dit que selon l’histoire c’est lui qui a donné naissance au Fon. Le dirigeant dit à son tour que pour lui, ce sera une honte que d’être au pouvoir et ne pas retenir sa langue. Comme si le malheur ne vient effectivement jamais seul, nous avons demandé au colonisateur de financer ce projet destiné à jeter sa langue aux oubliettes.

Cela dit, est-ce que les confessions religieuses adaptent l’Evangile à nos réalités socioculturelles ? La réponse est non. Les religions chrétiennes sont en déphasage avec nos cultures. Mais il y a une réponse. Les Eglises indépendantes africaines ont commencé par cohabiter avec nos pratiques dans leur façon de vivre la religion importée. Lorsque vous prenez le Christianisme céleste porté par un Africain il y a tellement de pratiques dont l’origine ne laisse aucun doute. Donc ces églises sont très proches de nos pratiques d’où elles puisent. Ce qui fait d’ailleurs qu’elles ont plus de fidèles.

Mais globalement, telles qu’elles fonctionnent les Eglises ne permettent pas aux fidèles d’être connectés à leurs cultures. Nous adorons Marie, Jésus. Tel que la messe est dite même c’est romain. Rien à voir avec nous. L’huile d’olive est considérée comme sacrée. Mais lorsque j’utilise l’huile rouge on me dit que c’est pour le diable. Lorsque je prends une plante et que ma façon de la conserver est de la transformer en poudre on le diabolise. Mais eux-mêmes vont chercher la même plante et leur manière de la conserver c’est d’en faire des comprimés. Là on me dit que c’est normal, il faut consommer. Si ma manière de prier consiste à verser l’huile rouge sur un Vodoun, on trouve que je sers le diable. Or si je verse l’huile d’olive sur Marie ou la Croix, on trouve que c’est l’idéal. Personne n’est dérangée pour me blâmer.

On trouve toujours que nos pratiques sont sales, que celles importées sont saintes. Les gens ont réussi à travailler notre psychologie qu’on a du mal à se rendre compte que nous faisons les mêmes choses. Ce sont nos propres frères qui nous réprimandent et s’acharnent à nous convertir. Or les nuits ils pactisent avec ce qu’ils injurient hypocritement le jour. Il faut commencer par corriger les statistiques de l’Insae. C’est faux que de dire que le Bénin compte 27% de musulmans, 24 ou 25% de Catholiques, 6% de protestants et 1 ou 2% de Vodounsi. C’est faux ! Nous sommes à 98% vodouisants. Même les chrétiens, les étudiants qui vivent à Cotonou ont des parents au village qui consultent pour leur bien-être et prospérité. Tous les Béninois pratiquent le Vodoun personnellement ou par procuration. Soyons sincères avec nous-mêmes. Il faut finir avec l’hypocrisie. Combien de pasteurs n’ont pas pris le ‘’Fa’’ ? L’Eglise de demain c’est nos religions endogènes drapées du christianisme.

Alors, un Etat comme le Bénin peut-il se développer quand une minorité de leaders religieux font autre chose mais intoxiquent les populations en leur inculquant autre chose ?

Pas du tout ! Malheureusement le formatage a tellement réussi. Ils ont endormi la conscience de la masse. Et c’est ainsi que le système fonctionne. Si quelqu’un entreprend d’inverser la tendance, il sera combattu déjà par ses propres proches. Nos frères sont tellement acculturés.

Dans les Eglises évangéliques par exemple on dit : « Pas de sexe avant le mariage. Toute fille et tout homme doivent faire le mariage ». Certains sont allés plus loin en obligeant les jeunes à prendre des partenaires dans l’église. Mais mesurent-ils les conséquences de ces impositions ? Le jeune homme qui n’a pas les moyens, parce qu’on lui a dit que s’il le fait il ira au paradis, il va s’endetter pour payer la dot et faire le mariage religieux pour vivre après dans des conditions difficiles. Pire, des jeunes se retrouvent célibataires encore à 35 ans pour n’avoir pas trouvé de conjoints dans l’église. Ou c’est quand ils se mettent ensemble qu’ils découvrent que l’autre partenaire est improductif ou qu’ils sont incompatibles, insupportables l’un et l’autre. Par ailleurs, l’autre drame c’est que les fiancés se rendent visite mais ne peuvent pas avoir d’intimité. Alors chacun se satisfait ailleurs faisant croire à l’autre qu’il lui est fidèle. Puisque chacun veut respecter la prescription du pasteur. J’ai échangé avec des femmes qui, pour respecter leur pasteur, s’interdisent le sexe mais se masturbent avec des bougies, les doigts…

Les royautés, 60 ans après les indépendances.

Nous assistons à la création anarchique des royaumes. En temps normal le Couffo n’a pas de rois. Mais aujourd’hui il y en a jusqu’à treize rois. Des rois d’ailleurs ont nommé d’autres rois pour étendue leur influence avec la complicité du pouvoir politique. Les décès successifs de rois dans certaines royautés constituent un indicateur qui prouve qu’il y a des principes qui régissent ces royautés et qui ne sont plus respectés.

Pour finir, sommes-nous indépendants ?

En 1960 nous n’étions pas réellement indépendants. Nous avons continué à adopter la politique coloniale envers nos cultures. On nous dit que ce que nous faisons est mauvais et que ce sont leurs cultures qui sont vraies. Et nous adoptons bêtement. Le mal est tellement profond. Tous les jours cela s’entretient et se développe. Pourquoi le musulman est obligé de crier ‘’Allahou Akbar’’, Asrafoulaye… Il n’y a pas une manière de le dire en Yoruba, en Fon, ou en Adja ? Si je ne dis pas ça c’est que je ne suis pas musulman. Nous ne sommes pas près de laisser. Dans ce pays, un maire nouvellement élu est allé directement prier à l’église. Il n’est pas allé chez le Tolègba qui est l’équivalent des ‘’Place calvaire’’. Nos actes au quotidien font croire que c’est la culture, la religion importée la meilleure. La première sortie d’un président revenu d’une évacuation sanitaire c’était à l’église. Un opérateur économique revenu d’une comparution a pu décrocher une messe nuitamment. C’est la nuit qu’ils vont courir pour donner des moutons à immoler. Ce transport de la culture d’autrui, nous ne sommes pas prêts à laisser. Lorsqu’un enfant naît, on lui applique la mode : baptême, communion, on loue des service traiteurs, des bâches…On invite amis et caméra. Mais quand l’enfant va ‘’prendre son Fa’’ on ne montre pas ; on ne fait même pas carrément.

La dernière fois j’ai démontré sur un plateau que tout le monde n’est pas fait pour aller à l’école. Avant, dès que la femme tombe enceinte, on consulte. Le Fa renseigne en même temps sur les précautions à prendre, indique le type d’enfant, donne sous quel signe il est venu, ce qu’il va devenir, ce qu’il faut faire. Nous avons délaissé ce mode de vie qui, aujourd’hui peut permettre de savoir ce dont chaque enfant est capable. Tout enfant aujourd’hui va à l’école. Un budget colossal est investi. Et ils finissent et n’ont pas d’emploi. Il est même des enfants à qui on prend des maitres d’études, les parents investissent assez mais ils refusent de fréquenter. Les Blancs ont compris que l’école n’est pas pour tout le monde et ont valorisé tout métier. L’école n’est pas la porte de sortie pour tous.

Propos recueillis par Sêmèvo B. AGBON, Raymond FALADE et Nadège Sènan WANGNANNON

2 thoughts on “Développement du Bénin : Remarquable contribution des religions sur fond d’hypocrisie (Décryptage du sociologue Achille Sodégla qui « encourage fortement l’État à frapper les Églises d’impôt »)

  1. Bon travail chers collègues.
    Ce fut un grand plaisir pour moi de lire ces vérités pointues à travers ce riche développement de la part de mon cher Docteur SODEGLA. Toutes fois, je tiens à souligner pour ma part que le Béninois préfère juste pratiquer la religion importée; non pas parcequ’il ou elle ne connait pas l’importance de sa culture mais plutôt parcequ’il/elle a peur de la pratiquer et ceci à cause de la méchanceté que les initiés développent à travers ces cultes endogènes vis à vis de leurs prochains. Je ne suis pas mieux placé pour en dire long, mais l’autre chose est que j’aimerais vous demander cher Docteur votre opinion sur l’existence de Dieu. Dieu existe t-il ou non, selon vous? Puisqu’il y a aussi une question de foi qui se dégage de ce fait. Merci beaucoup pour votre développement, c’est vraiment savourant ! . C’était moi Yves M. DJEHA, votre Étudiant
    Je vous remercie

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