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Dialogue politique : Les concessions qui s’imposent à Talon et à l’Opposition

Des incertitudes planent sur le dialogue politique convoqué par Patrice Talon, et qui devrait se tenir du jeudi 10 au samedi 12 octobre prochain. Et pour cause, l’Opposition, à travers les Fcbe annonce déjà le vent du boycott. Alors qu’après les déchirures post-législatives, le pays aspire vraiment à la paix. Quelles concessions chaque camp est-il alors appelé à consentir ?

Par Sêmèvo B. AGBON

Neuf partis politiques légalement reconnus : Bloc Républicain (Br) ; Parti du Renouveau Démocratique (Prd) ; Mouvement des Élites Engagées pour l’Émancipation du Bénin (Moele-Benin) ; Force Cauri pour le Développement du Bénin (Fcdb) ; Union Démocratique pour un Bénin Nouveau (Udbn) ; Dynamique Unitaire pour la Démocratie et le Développement (Dud) ; Forces Cauris pour un Bénin Émergent (Fcbe) et Parti la Flamme Renouvelée (Pfr). Leurs représentants seront face au Chef de l’État dès le jeudi 10 octobre. Seulement, si l’on s’en tient à leur tempérament actuel, les Fcbe, principal parti de l’Opposition, bouderont cette rencontre. Paul Hounkpè, secrétaire exécutif national, qui se fait aussi porte-voix des autres Opposants, l’a clairement signifié au Chef de l’État à travers une lettre dans laquelle il pose des « fondamentaux » et exige une rencontre préalable pour les aborder. Il avait écrit au président Talon que : « la plate-forme revendicative de l’opposition en générale et celle du parti Fcbe en particulier est remplie de nombreuses questions qui méritent d’être levées avant tout dialogue politique. Il s’agit notamment : de la libération des prisonniers politiques et l’arrêt des poursuites à caractères politiques ; de l’abandon des poursuites à l’égard du président d’honneur de notre Parti, son Excellence le Président Boni Yayi ; du retour des exilés politiques sous mandats d’arrêts ou non ; du point des décès et dégâts matériels occasionnés par les violences post-électorales ; de la restitution aux parents des victimes des corps qui seraient encore sous-sellé judiciaire ; de la reprise des élections législatives ». A cela, Alassane Tigri, un autre membre du bureau politique des Fcbe a exigé sur Rfi, au micro du correspondant Jean-Luc Aplogan, que le dialogue soit conduit par le Clergé et que le président Talon ne peut être juge et partie.

L’Opposition multiplie-telle ces revendications pour empêcher le dialogue et entretenir une ‘’crise sociopolitique’’ dans l’ambition de nuire au président Talon ? Ce qui est sûr, même si revendications il y a, les Résistants devraient aller au dialogue pour les remettre sur la table. Car le président Talon s’illustre désormais par la compréhension et surtout la volonté d’un apaisement social. L’on se rappelle en effet qu’en prélude au dialogue proprement dit, il s’était fortement impliqué et avait fait de l’existence juridique des partis politiques alors en souffrance, sa préoccupation. Ainsi, le lundi 15 juillet 2019, le ministère de l’Intérieur avait été instruit à la sortie d’une rencontre avec des partis, pour accompagner ces formations à obtenir leur récépissé. La suite, plusieurs partis (Dud, Udbn, Fcbe entre autres) ont obtenu facilement leur sésame et sont aujourd’hui légalement reconnus après avoir rempli les exigences du ministère. Ceux qui avaient boudé ladite rencontre sont restés dans leur anonymat juridique.

Poser des revendications pertinentes

Par ailleurs, pourquoi les Fcbe s’acharnent-ils sur la dissolution d’un Parlement qui a coûté des milliards au Trésor public ? Si le taux de participation a été historiquement faible, argument dont ils se servent souvent, ils ne devraient pas s’en plaindre pour avoir vendu la peur, les intimidations…aux populations afin d’obtenir leur abstention. D’ailleurs toutes les personnes averties estiment que cette revendication est très surréaliste. « Elle me paraît excessive, irréaliste. Et là, on parle de dialogue et non de négociation. Donc il y a un certain effort aussi à faire de la part de l’opposition pour rendre les choses plus faciles », déclarait à Rfi Joël Atayi Guedegbe, expert en gouvernance et président de l’Ong ‘’Nouvelle éthique’’.

Comme le recommande le président du Prd, Adrien Houngbédji lors de l’université de vacances dudit parti, le Bénin doit désormais regarder vers l’avenir. En la matière, les Fcbe devraient se saisir de l’occasion du dialogue ouvert par Talon pour toiletter les lois querellées, en l’occurrence la Charte des partis politiques et le Code électoral ; d’autres échéances électorales étant en vue. Ou bien veulent-ils rater aussi les prochaines municipales et communales de mars 2020 ? Tout dépendra d’eux.

Il appert que la volonté de l’Opposition d’écourter le mandat du président Talon obscurci sa raison. L’opinion note encore qu’au lieu d’aller au dialogue, elle a renoué avec les querelles, le dilatoire…pour crier encore, peut-être au secours lors des prochaines consultations. Car les Béninois savent qu’on ne rejette pas un appel. On se rend d’abord.

Le rôle flou des anciens Chefs d’État

Au nombre des acteurs du sabotage du dialogue, figure malheureusement l’ancien président Nicéphore Soglo. Il a invité les acteurs de l’Opposition à une rencontre fixée au même jour que celle de Patrice Talon. Ce geste n’est pas moins qu’une manière express de soutenir le boycott du dialogue politique en perspective. Pour avoir dirigé ce pays, Nicéphore Soglo se met ainsi dans un rôle presque indigne qui ne favorise pas la cohésion sociale.

En réalité, son attitude n’est pas inédite. Les anciens présidents encore en vie dont Boni Yayi, président d’honneur des Fcbe, ont choisi depuis longtemps la posture inconfortable et indécente. En effet on a pu découvert que si l’Opposition s’est endurcie, multipliant exigences farfelues et menaces stériles jusqu’à se voir absente des Législatives du 28 avril dernier, c’est surtout parce qu’elle prenait des injonctions chez ces ‘’vieux’’ patriarches. L’on se rappelle que lorsque Patrice Talon avait demandé au Parlement de trouver des moyens consensuels afin que toutes les chapelles politiques participent au scrutin législatif, tous les partis antagonistes s’étaient entendus sur des ‘’points’’. Mais après une réunion mafieuse avec leurs ‘’parrains’’, les représentants de l’Opposition à l’Assemblée avaient remis en cause les clauses convenues et signées d’eux sous la direction du président de la 7ème législature, Adrien Houngbédji. C’était alors la mort du consensus. Ce qui obligea Talon à maintenir le processus électoral malgré que ce soient en lice seuls les partis acquis à sa cause ; le vide institutionnel devrait être évité coûte que coûte.

Nous sommes en octobre 2019. Rééditer cette trahison, dans un contexte où le peuple aspire à la paix après les événements douloureux et mortifères des 1er et 2 mai à Cadjehoun, c’est refuser de sortir de la crise post-électorale qu’on déplore pourtant à visage découvert. La solution pour le moment pour obtenir quelques exigences que ce soit, reste le dialogue. « Il n’y a rien sans problème. Nous devons nous asseoir autour d’une même table et essayer de trouver les solutions idoines à nos problèmes. Il n’y a que de solutions sur cette planète terre. Que nos enfants acceptent la main tendue du Chef de l’État et qu’ils aillent au rendez-vous du lundi prochain (ce jour). Il faut qu’ils répondent présents. La politique de la chaise vide n’est pas indiquée. Même si on est opposant farouche, même si on est jusqu’au-boutiste, même si on est opposant radical c’est le moment d’aller autour de la table, de s’exprimer, de dire ce qu’on veut, car nul ne viendra du dehors pour nous réconcilier jusqu’à preuve du contraire », rappelait une autorité coutumière en la personne du roi Kpodégbé d’Allada, le samedi 13 juillet lors d’une prière pour la paix.

Ce que Talon doit céder à son tour

Si la posture belligérante de l’Opposition à travers les Fcbe est incompréhensible dans le contexte actuel, reconnaissons d’entrée que tout n’est pas ignoble dans leurs revendications. En élargissant par exemple, comme ils le souhaitent, le dialogue à toute la classe politique voire à la société civile, c’est pour des discussions inclusives. Sinon, pour le moment l’impression partagée est que « Le gouvernement ne veut travailler qu’avec ceux qui acceptent son diktat », analyse Joël Atayi Guèdègbé. « On remarque simplement qu’il y a une logique derrière, celle de ne travailler qu’avec ceux qui acceptent les conditions, le diktat du gouvernement avec les conditions posées, auxquelles certains partis n’ont pas satisfait jusqu’à présent. Donc il va de soi que cela donne l’impression d’être en soi ou d’être avec des gens de convenance. C’est à se demander jusqu’à quel point le dialogue aurait sens ». Or, a-t-il insisté à Rfi, « Ce serait dommage de donner l’impression de ne pas vouloir entendre ce que disent notamment ces partis (les Fcbe et l’Usl. Si les choses devaient rester en l’état, il est clair que de toute façon on n’aurait pas touché une partie substantielle des critiques dont est l’objet la gouvernance actuelle ».

Un pays debout, prospère et pacifique, c’est de la responsabilité de toutes les forces vives de la nation.

 

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