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Dossier sur la radicalisation et l’extrémisme violent (III) : Sentiment général « anti-Peulhs » au nord-Bénin

Bienvenus dans cette troisième partie de notre dossier consacré à la sécurité au Bénin. L’angle reste les facteurs susceptibles d’engendrer un extrémisme violent endogène. C’est une présentation de l’« Etude  sur les risques et les facteurs potentiels de radicalisation et d’extrémisme violent en république du Bénin » menée dans le cadre du « Programme de prévention de l’extrémisme violent en Afrique de l’Ouest et dans le bassin du lac Tchad –(Pprev-Ue II) ».

Présenté par Sêmèvo Bonaventure AGBON

Pour rappel, ladite étude a été menée dans huit communes de quatre départements du septentrion : Kandi et Malanville dans l’Alibori ; Djougou dans la Donga ; Matéri, Natitingou et Tanguiéta dans l’Atacora ; Nikki et Parakou dans le Borgou. Au bout de leurs enquêtes, les auteurs ont conclu que dans ces régions la menace extrémiste existe bel et bien et « les populations des zones étudiées vivent dans leur grande majorité avec le sentiment de la peur des représailles provenant des groupes radicaux ». Aussi, bien que le Bénin ne soit pas jusque-là concerné par un extrémisme endogène violent, ces derniers soutiennent que les germes ne manquent pas. Ils argumentent, en effet que le phénomène de la radicalisation n’est pas une génération spontanée. Il prend source dans les « conditions d’existence inacceptables » ; il « émerge des diverses formes d’injustice contre lesquelles la religion apparaît comme un « refuge ». La radicalisation, ont-ils conclu, est un comportement réactionnaire face au sentiment d’abandon, de discrimination, d’exclusion. Dans la précédente partie (BI 302 du 20 septembre 2019) nous avions restitué les facteurs liés à la religion en trois points : les divergences entre courants de la même religion musulmane, l’interrelation des confréries béninoises avec leurs homologues des pays touchés par le terrorisme et l’anarchie induite par la laïcité de l’État. Sera abordé dans cette livraison, les facteurs d’ordre socio-économique, plus spécifiquement liés aux conflits ethniques.

Dans les zones concernées par l’étude la multiplicité des ethnies attire les auteurs du rapport, Aziz Mossi et alliés. Nous sommes ainsi à la page 36 du Rapport. Seulement cette diversité loin d’être une force, représente une menace. Et pour cause « s’opposent et s’affrontent les ressortissants de différents groupes manipulés souvent par des acteurs politiques ». De plus, certains groupes socioculturels sont stigmatisés. Le Rapport polarise l’attention sur les peuhls et alerte sur « le développement général d’un sentiment anti-Peulhs ». Se basant sur les données recueillies grâce aux investigations, les auteurs font observer que « les propos des acteurs, leurs perceptions sur la communauté peule et leurs actes tendent à entretenir l’idée d’un « terrorisme ethnique » dont les Peuhls sont à la fois victimes mais aussi acteurs. » Alors on leur attribue tous les maux. « Ils sont traités de violents, de braqueurs ou de complice de braqueurs, d’enlèvements de personnes. Ils sont presque toujours accusés d’être à la base des conflits agro-pastoraux, des conflits fonciers, d’un islam radical, des actes d’enlèvements réels ou imaginaires attribués presque toujours aux Peuhls ». Lit-on. Deux témoignages suivent pour corroborer cette stigmatisation :

  • « Les populations sont fatiguées des Peulhs. Non seulement ils détruisent les champs des agriculteurs, commettent des vols à mains armées, mais aussi ils procèdent à des enlèvements des gens riches qu’ils vont cacher, torturer et réclament des millions avant de les libérer et ils se servent de nos forêts classées comme refuges où ils vivent avec des milliers de têtes de bœufs ». (Propos d’un responsable de culte à Natitingou)
  • « L’exclusion ou le rejet des Peulhs de la Commune de Tanguiéta qui, en majorité sont des musulmans d’origine béninoise ou burkinabè, pourrait constituer un terreau fertile pour l’installation de l’extrémisme violent. Les Peulhs ici sont stigmatisés et marginalisés, c’est même remarquable » (entretien avec un commissaire de Police à Tanguiéta, le 01/06/18).

Pour justifier ce regard hostile porté sur cette communauté agropastorale, on évoque le “manque de terres cultivables dans les villages, la paupérisation progressive des terres cultivables caracterisée par leur perte de fertilité et la pression démographique agressive sur ces terres, les récoltes insuffisantes au regard des besoins des familles, la destruction massive des cultures par les transhumants, les vols à mains armées récurrents perpétrés par des étrangers ou des peulhs venant des pays voisins.

Toutefois, le Rapport souligne aussi « une opposition forte entre autochtones et allochtones qui structure les rapports entre citoyens vivant dans un même espace depuis plusieurs décennies ou générations. L’accès à la ressource foncière, aux services sociaux de base et les luttes de positionnement dans les arènes publiques locales (accession à l’imamat, à la tête d’une organisation religieuse, luttes pour le positionnement sur les listes électorales, etc.) sont les facteurs qui cristallisent ces rivalités selon l’Etude. « Ceci engendre une frustration de la part de ces communautés marginalisées et des formes primaires de protestations susceptibles de constituer un terreau exploitable par les groupes radicaux. » Notent les auteurs.

A la prochaine !

 

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