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Dossier sur la sécurité au Bénin (I) : Les terreaux de la radicalisation et de l’extrémisme violent

Le Bénin n’a pas connu jusque-là les affres d’un extrémisme violent endogène. Mais les facteurs pouvant y conduire dans les prochaines années ne manquent pas. Ce que révèle un rapport financé par l’Union européenne. Il s’agit de l’« Étude  sur les risques et les facteurs potentiels de radicalisation et d’extrémisme violent en république du Bénin » menée dans le cadre du « Programme de prévention de l’extrémisme violent en Afrique de l’Ouest et dans le bassin du lac Tchad –(Pprev-Ue II) ».

Présenté par Sêmèvo Bonaventure AGBON

L’auteur principal de ce rapport, Aziz Mossi et ses collaborateurs y présentent d’abord les prédispositions géographiques pouvant « exporter » le terrorisme sur notre territoire (I) avant de développer ensuite, et plus amplement, grâce à des enquêtes et interviews, les facteurs susceptibles d’engendrer au Bénin un extrémisme violent endogène (II).

  • Les prédispositions géographiques à l’extrémisme violent

Rappelons d’entrée que cette étude poursuit deux objectifs, à savoir : Produire des données offrant une compréhension des phénomènes d’extrémisme violent et des facteurs qui les sous-tendent ; et fournir des éléments empiriques d’aide à la décision proposant des options d’intervention en vue de la formulation de stratégies ou programmes de prévention de l’extrémisme violent.

Huit communes de quatre départements du septentrion ont été pris en compte par ladite étude. Kandi et Malanville dans l’Alibori ; Djougou dans la Donga ; Matéri, Natitingou et Tanguiéta dans l’Atacora ; Nikki et Parakou dans le Borgou. La menace extrémiste existe bel et bien et « les populations des zones étudiées vivent dans leur grande majorité avec le sentiment de la peur des représailles provenant des groupes radicaux », écrivent les auteurs.

Ils partent, en effet du principe que le phénomène de la radicalisation n’est pas une génération spontanée. Il prend source dans les « conditions d’existence inacceptables » ; il « émerge des diverses formes d’injustice contre lesquelles la religion apparaît comme un « refuge ». La radicalisation, ont-ils conclu, est un comportement réactionnaire face au sentiment d’abandon, de discrimination, d’exclusion. De ce point de vue, le Bénin en présente les germes. Pour deux raisons :

  • 1989 km de frontières poreuses

Le Bénin partage 1989 km de frontières terrestres avec quatre pays voisins Burkina-Faso, Niger, Nigéria et le Togo. Dans certains -comme le pays de Buhari et de Roch Marc Kaboré- des groupes djihadistes pillent et endeuillent des familles. Sur les 77 communes que compte l’ancien Dahomey, 36 ont ainsi une ouverture sur ces pays. La plupart des ressources naturelles du pays (réserves minérales et pétrole) s’y concentrent. Autre facteur que les rédacteurs du rapport ne négligent pas, ces communes passent surtout pour épicentre de la production cotonnière et de tubercules (ignames notamment), décryptent le rapport.

Pire, ces frontières sont très poreuses avec « de nombreuses portes d’entrées et de sorties non contrôlées ou à des surveillances limitées ». Conséquence, les communes qu’elles desservent sont le centre d’attraction d’activités illicites (trafics de produits prohibés, à savoir les drogues, des produits vétérinaires, des produits de santé humaine, de plantes, des trafics d’enfants et d’organes humains) ;

  • Des populations délaissées qui se détournent de l’Etat

La radicalisation, disions-nous, vient souvent de l’absence de justice et d’équité sociales. Or les populations des zones frontalières (Ségbana, Matéri, Malanville…) très enclavées vivent dans l’indigence comparativement à leurs frères de Cotonou. Et pour cause, un faible voire très peu d’accès aux services socio-collectifs de base. De plus, « elles ont facilement accès aux marchés des pays limitrophes qu’aux grands centres de consommation au Bénin pour l’écoulement de leurs productions ». Dès lors, frustrées, elles tendent « à remettre en cause la légitimité de l’Etat et à dénier leur citoyenneté béninoise », lit-on dans le rapport. Sur ce, l’on redoute par exemple que les citoyens de ces zones transfrontalières, le nord-Bénin étant majoritairement musulmans, ne résistent pas à l’offre djihadiste de Boko haram.

Dans nos prochaines parutions, le point des multiples facteurs d’une menace potentielle de radicalisation dans les espaces frontaliers étudiés et les acteurs impliqués.

 

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