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Dr Bouko Chabi Dramane, enseignant-chercheur de Geopolitique et Securité Internationale : «Une expansion des coups d’État dans la région ouest-africaine n’est donc pas impossible»

La résurgence des coups d’État militaires en Afrique de l’ouest préoccupe et inquiète. Dr Bouko Chabi Dramane, enseignant-chercheur de géopolitique et sécurité internationale à la Faculté de Droit de l’Université de Parakou, décrypte la plus récente ayant conduit au renversement du président Roch Marc Christian Kaboré du Burkina-Faso. De l’analyse de l’universitaire‚ une fin n’est possible si les gouvernements peinent à assurer la stabilité, la paix, la sécurité et le respect des droits politiques, civiques et économiques.

Propos recueillis par Arnauld KASSOUIN (Coll.)

Bénin Intelligent : À travers une lettre rendue publique hier 24 janvier, le président Roch Marc Christian Kaboré a présenté sa démission de la tête du Faso. Que pensez-vous du coup d’État perpétré à Ouagadougou par l’armée ?

Dr. Bouko Chabi Dramane : Aujourd’hui, l’armée est politique plus que le politicien. Ce sont des politologues qui étudient les faits de société, ce qui se passe à l’interne comme à l’externe est ausculté.
Quelles sont les revendications des populations ? Les revendications sont-elles restées insatisfaites ? Voilà un peu ce que fait l’armée africaine de nos jours. Au Burkina-Faso, il faut savoir que ce qui s’est passé n’a rien à voir avec la gestion politique du pays. Pour preuve, Roch Christian Kaboré avait été élu démocratiquement à la tête du Burkina-Faso. Maintenant, il faut retenir que ce qui s’est passé au Faso est la résultante de l’incapacité de l’État à faire face efficacement et stratégiquement aux défis sécuritaires du pays.
Concernant donc les tensions politico-sécuritaires, je pense que le cas Burkinabè n’a rapport qu’avec le plan sécuritaire du pays. Par contre, au Mali il s’agit d’une crise politico-sécuritaire qui a conduit au coup d’État d’août 2020. En Guinée, c’est une crise politique qui a lieu suite à la révision contestée de la Constitution. Ce qui a d’ailleurs conduit l’armée à prendre en quelque sorte ses responsabilités.

Le coup d’État du Burkina était-il alors prévisible vu les tensions politico-sécuritaires que traverse le pays ?

La situation qui prévaut au Burkina-Faso n’est pas une surprise. Ce n’est pas une surprise puisque depuis 2015, un an après la chute de l’ex-président Blaise Compaoré, l’État Burkinabè est devenu un État faillible sur le plan sécuritaire. Il est devenu un État faillible sur le plan sécuritaire en ce sens que la toute première attaque qui a eu lieu à Ouagadougou le 15 janvier 2016, se présentait comme un signal, un message fort à l’endroit des nouvelles autorités. C’était pour dire en quelque sorte aux autorités que la tâche sécuritaire ne sera pas facile. Il est vrai que tout le Sahel est aujourd’hui en proie à une multitude de coups d’État. Mais, le Burkina-Faso jusqu’à la fin de Blaise Compaoré au pouvoir n’avait jamais orchestré un coup d’État. Pour constat, après le départ de Blaise Compaoré, plusieurs villes du pays ont été ciblées par des attaques des groupes terroristes‚ ce qui fait que l’État Burkinabè jusqu’aujourd’hui n’a pu assurer le minimum de service envers sa population sur les questions liées à la paix, à la sécurité et à la stabilité de l’État. À voir l’insécurité grandissante et l’incapacité de l’État à faire face à ses fonctions régaliennes, la prise du pouvoir par les hommes de l’armée n’est nullement surprenante. Ce n’était pas une surprise en tout cas.

Faut-il craindre la contagion des coups d’État dans d’autres pays d’Afrique de l’Ouest ?

Considérant le fait que la situation sociopolitique d’un pays impacte ceux qui sont dans son alentour, on ne peut que craindre la propagation de ce phénomène qui est en passe de sévir comme une épidémie. C’est un fait de la géopolitique et de la géostratégique.Tout d’abord, vu le rapprochement temporel des évènements entre le Mali en 2020, la Guinée en 2021 et le Burkina-Faso en 2022, on peut déjà se dire que tout est possible. La période pareille à celle des indépendances liées au coups d’État peut ressurgir. Une expansion des coups d’État dans la région ouest-africaine n’est donc pas impossible. Plus loin, quand on se réfère à l’histoire de la plupart des coups d’État, après le Togo qui fut le précurseur en la matière, le virus n’a pas manqué de se propager dans la sous région depuis les années 60. Aujourd’hui, nous en sommes à plus de 60 coups d’État dans la sous-région. Mathématiquement, l’Afrique de l’ouest enregistre un coup d’État par an. Cela devrait interpeller nos dirigeants. Aussi, quand on analyse les motivations ayant conduit à la prise du pouvoir par les militaires, on constate que la plupart des raisons avancées sont entre autres : la situation de crise politique, d’insécurité et la crise économique qui perdurent. L’incapacité des États à gérer les différentes crises sont en quelque sorte l’élément qui motive les putschistes à prendre le pouvoir. C’est bien déplorable.

À votre avis quelle pourrait être la solution idéale pour mettre fin à ces coups d’État aujourd’hui récurrents en Afrique ?

Pour mettre fin aux phénomènes de coup d’État en Afrique, les dirigeants doivent être attentives vis-à-vis de leur peuple. Que veut le peuple ? Si ce n’est que ses droits soient respectés. Si les gouvernements peinent à assurer la stabilité, la paix, la sécurité et le respect des droits politiques, civiques et économiques, le phénomène des coups d’État en Afrique, ne pourra en aucun cas connaître une fin. Vous auriez constaté qu’après les coups d’État enregistrés en Afrique de l’Ouest, il y a eu une liesse populaire qui acclame les putschistes. Juste parce que les populations en ont marre d’être marginalisées et que ses droits soient purement et simplement bafoués.

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