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Dr Flavien Edia Dovonou, spécialiste du management environnemental : « Les menaces sur les zones humides ne sont pas à négliger »

La communauté internationale célèbre le 2 février de chaque année, la Journée mondiale des zones humides. Dans cette interview exclusive le Dr Flavien Edia Dovonou, spécialiste du management environnemental et qualité des eaux, enseignant à l’Université d’Abomey-Calavi, parle du rôle régulateur de ces zones dans l’écosystème, les menaces auxquelles elles sont confrontées et les moyens de préservation.

Propos recueillis par Sabirath AWO (Stag.)

 

Bénin Intelligent : Que comprendre par zone humide ?

Dr Flavien Edia Dovonou : Les zones humides sont des endroits où vous avez de l’eau et en même temps la faune et la flore. Autrement, les zones humides ce sont des écosystèmes caractérisés par la présence à la fois de l’eau, des plantes et des animaux aquatiques.

Quelle est l’opportunité d’une Journée mondiale en faveur de ces zones ?

Depuis la convention de Ramsar (ville iranienne) sur les zones humides, l’Organisation des Nations unies a décrété chaque 2 février la Journée mondiale des zones humides. L’opportunité c’est de permettre d’en parler vu leurs importances, parce qu’elles jouent un très grand rôle dans le cycle de l’eau et dans le fonctionnement des écosystèmes aquatiques. Comme ce sont des zones de prédilection où il y a de l’eau, et comme on le sait tous l’eau c’est la vie. Partout où vous avez de l’eau, vous avez toutes les chances d’avoir la vie. Vu sous cet angle, les zones humides interviennent dans la régulation du cycle de l’eau. Comme exemple, lorsque vous prenez des prairies (qui sont des écosystèmes que l’on rencontre dans les zones humides) leur rôle surtout c’est de stocker le maximum d’eau pendant la saison pluvieuse. Donc quand il pleut l’eau d’un bassin versant se déplace de l’amont vers l’aval et toute cette eau vient se stagner, s’accumuler au niveau des prairies. Et lorsque survient la saison sèche où il ne pleut plus, les prairies restituent l’eau stockée entre temps. Elles jouent un rôle d’amortisseur, de stockage et de restitution de l’eau. Sans les prairies, il ne peut y avoir d’eau en saison sèche.

Nous avons aussi un écosystème aquatique particulier que sont les roselières,  sont des endroits où il y a beaucoup de plantes aquatiques telles que les nénuphars, les lotus, etc. Ces plantes qui se retrouvent au niveau de ces zones favorisent l’épuration de l’eau. Elles permettent de rendre l’eau pure et non potable, d’abattre les polluants qui se situent au niveau de ses eaux.

Lorsque vous prenez les lagunes, elles jouent un rôle important dans le fonctionnement, la limite, la communication entre les eaux douces et les eaux marines. Elles interviennent comme des écosystèmes qui jouent le rôle de régulation, de frein entre l’avancée de la mer sur le continent. Ce sont des boucliers contre les submersions marines. C’est-à-dire que s’il n’y avait pas de lagune quelque part, en haute marée toute l’eau de mer va rentrer sur la terre ferme. Or l’eau de mer et l’eau de la terre ferme n’ont pas les mêmes compositions physico-chimiques. L’eau de mer est très salée tandis que l’eau des continents est douce. Donc si l’eau salée vient dans l’eau douce en désordre, elle va tuer tous les poissons qui s’y trouvent. Ce qu’il faut retenir c’est que partout sur la terre, lorsque vous avez des zones humides vous avez la chance d’avoir de l’eau qui coule dans les robinets, et dans les régions où il n’y a pas de zone humide l’eau coule difficilement.

Le Bénin dispose-t-il de zones humides ?

Le Bénin comporte beaucoup de zones humides regroupées par les cours d’eau et les plans d’eau. Les cours d’eau sont des écosystèmes où l’eau se déplace avec une vitesse plus ou moins élevée. Il s’agit du fleuve Zou, le fleuve Couffo, le fleuve Mono, le fleuve Ouémé et  des rivières. Les plans d’eau sont des écosystèmes où l’eau ne se déplace pas avec une vitesse élevée. Nous avons le lac Nokoué, Ahémé, Djètohé, Toho, Azili, Hlan. Il faut ajouter aussi les bas-fonds qui sont des terres, des sols bas et enfoncés qui jouent le rôle tampon contre l’inondation. Quand il pleut, l’eau vient vers les bas-fonds et c’est avec le temps que cette eau cherche le chemin pour aller vers les points bas. Ce qui fait que lorsque vous occupez anarchiquement les basfonds l’eau ne sait plus là où aller et se retrouve dans les rues et les maisons. C’est le cas de certains quartiers de Cotonou.

Quelles sont les menaces auxquelles ces zones sont confrontées au Bénin ?

Les menaces qui pèsent sur les zones humides ne sont pas à négliger. Il faut souligner la pollution qui détruit la flore aquatique, la pression démographique, etc. C’est le cas par exemple de certains quartiers de Cotonou qui sont souvent inondés en période de pluie parce que la pression démographie oblige les gens à s’installer anarchiquement dans les basfonds ; ce qui rend difficile l’évacuation de l’eau. Les zones humides sont également sujettes aux dépotoirs des ordures. Nous avons aussi le comblement des plans d’eau par des pratiques de pêches prohibées telles les Acadjas et par l’érosion pluviale due aux mauvaises occupations du territoire.

Quel lien peut-on établir entre changement climatique et zones humides ?

Le lien que l’on peut établir est qu’il y a beaucoup d’endroits où les zones humides ont commencé par disparaitre. Je ne veux pour preuve que le cas du Lac Tchad qui a vu sa superficie réduite de près de quart déjà et ça continue encore et les gens estiment que c’est les effets du changement climatique parce que le lac est comblé et le climat n’est plus favorable à son développement. En Tunisie par exemple, il y a des sources d’eau qui ont taries parce qu’à un moment donné l’eau ne sort plus. Les habitants ont même érigé une tombe sur son espace pour signifier qu’elle est morte selon leur culture.

Comment préserver les zones humides ?

Pour les préserver, il faut la gestion rationnelle de nos écosystèmes et la Gestion intégrée de nos ressources. Nous avons également institué la notion de Gire (gestion intégrée de nos ressources en eau) qui est en train de prendre corps. C’est une réflexion que nous menons pour qu’au tour d’un plan d’eau le maraicher puisse faire son maraichage, que l’éleveur puisse amener ses bétails à boire, que le pécheur continue à pécher, que le piroguier puisse traverser l’eau sans problème. Il faudrait un cadre de concertation, d’harmonie, d’entente et d’échange entre tous ces acteurs afin que le bien commun qu’est l’eau soit partagé pour le bien de tout le monde. Nous travaillons pour que cette Gire soit une réalité. C’est vrai c’est encore à l’étape embryonnaire, mais il faut que des efforts soient fait pour que les gens comprennent que la ressource en eau n’est pas inépuisable. L’eau n’est pas intarissable. Aujourd’hui dans le concept des changements climatiques, nous portons beaucoup de freins aux cycles de l’eau. L’eau de robinet n’est pas destinée à laver les voitures, c’est un aliment, c’est une denrée propre et rare qui a un coût, une valeur. On ne peut pas arroser les fleurs avec de l’eau potable ; c’est du gâchis. Il faut rationaliser la gestion de l’eau.

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