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Dr. Germain Gil Padonou : « La prévention de la dengue est essentiellement écologique »

A peine on oubliait le virus Lassa qu’une autre maladie a surgi au Bénin : la dengue. Pire, elle se confond presque au paludisme. Comment la prévenir ? La meilleure solution est d’assainir son cadre de vie, indique l’entomologiste Gilles Germain Padonou. Interview.

 

Bénin Int : Qu’est-ce que la dengue ?

Germain Gil Padonou : La dengue est une fièvre arbovirale, c’est-à-dire une maladie transmise par un insecte du genre Aedes. On la rencontre dans les zones tropicales essentiellement. Elle se traduit par une forte fièvre, de fortes douleurs articulaires et une forte hémorragie. Généralement elle conduit à la mort quand on ne la traite pas. Il y a 4 sérotypes, c’est-à-dire 4 types de virus responsables de cette maladie. Cette diversité d’agents pathogènes a pour inconvénient, la difficulté à avoir des vaccins pour cette maladie.

Comment la reconnaître ?

Cette maladie se manifeste essentiellement par une forte fièvre, des fortes douleurs au niveau des articulations, le saignement au niveau des voies biologiques (les narines et la bouche), de fortes douleurs au niveau des yeux et également, des nausées, des vomissements et une éruption cutanée. Ce sont les manifestations classiques que l’on rencontre. La dengue peut être aussi asymptomatique. Elle peut s’aggraver et entrainer la mort.

Remarquons qu’on confond la dengue au paludisme. Le cas que nous avons connu au Bénin, on avait cru que la personne souffrait du paludisme. Il avait donc été traité à domicile. C’est plus tard qu’il a été évacué à l’hôpital où le diagnostic révéla plutôt la dengue ; elle en est morte finalement. Donc il faut se faire diagnostiquer très tôt. Il y a un traitement approprié, que les médecins connaissent mieux.

Quelle est alors la différence entre la dengue et le paludisme ?

La dengue et le paludisme ont les mêmes symptômes, c’est vrai. Ce n’est pas aussi facile de pouvoir différencier les deux maladies. En fait, quand vous avez le paludisme vous avez une forte fièvre et quand vous avez la dengue, vous avez également une forte fièvre. Les manifestations sont pratiquement identiques. La meilleure manière pour pouvoir faire la différence c’est de faire le diagnostic. Il faut se rendre dans les centres de santé adéquats, rencontrer un médecin où tout au moins un infirmier qui puisse exiger le diagnostic qu’il faut au niveau du laboratoire. Je l’avais dit tout à l’heure, celui qui était décédé, on avait confondu son mal au paludisme. Donc le meilleur diagnostic se fait au laboratoire pour différencier les deux maladies. Mais il y a les symptômes classiques que sont les fortes hémorragies que l’on ressent. La dengue est une fièvre hémorragique.

Y a-t-il des remèdes contre elle ?

Oui, il y a des vaccins voire des médicaments pour la traiter. On peut souffrir de la dengue et en être guéri. Quant aux traitements thérapeutiques, seuls les médecins traitants sont bien placés pour dire les médicaments qui sont recommandés pour le patient.

Comment la prévenir ?

La prévention de la dengue est essentiellement écologique. Il faut assainir le milieu, se débarrasser de tous les conteneurs d’eau : par exemple les pots de fleurs, les canaris, les jarres, les boîtes de conserve, les pneus usagers qu’on abandonne dans les cours, les creux d’arbre, les gaines foliaires des bananiers. Aussi, il faut éviter d’accumuler de l’eau dans laquelle le moustique peut pondre.

Il faut rendre sain son environnement parce que le moustique pond également sur les tas d’ordures. Or nous avons des sachets sur les tas d’ordures. Du coup quand il pleut l’eau s’accumule dans ces sachets, qui restent exposés pendant longtemps car étant imperméables (matière plastique). Ainsi le moustique trouve un gîte où pondre des œufs qui vont se développer. Une semaine après la ponte des œufs, soit 8, 9 à 10 jours au plus, ils se transforment en adulte, vont aller piquer et retourner après là où ils ont émergé, c’est-à-dire le milieu initial où leur mère a pondu. Ce n’est qu’après que les cycles recommencent de nouveau.

En conclusion, il faut donc assainir rigoureusement le milieu de vie. Il faut aussi se vacciner. Mais attention ! Tous les vaccins ne sont pas efficaces contre la dengue à cause de la diversité du virus. Cela dépend aussi du système immunitaire de chacun. Mais les recherches se poursuivent pour trouver d’autres vaccins plus efficaces.

La dengue est-elle une nouvelle maladie qui sévit ?

La dengue est une vieille maladie. On ne la connaissait pas en Afrique de l’Ouest. Elle était essentiellement présente dans les pays asiatiques, notamment dans les pays de l’Est. Aujourd’hui, on la retrouve en Afrique de l’Ouest. Cela est dû à la mondialisation, à l’importation… La dengue était connue dans les régions du Pacifique occidental et l’Asie du Sud-Est. C’était une principale cause d’hospitalisation et de décès surtout chez les enfants dans les pays asiatiques tropicaux. Donc c’est une ancienne maladie qui a commencé récemment par se propager pour atteindre notamment l’Afrique de l’Ouest.

Qu’est-ce qui explique l’émergence de plus en plus de nouvelles maladies parfois très dangereuses ?

Nous avons un environnement qui évolue et nos relations avec la nature ne sont pas trop bonnes. L’homme lui-même déstabilise celle-ci. En plus il y a les changements climatiques qui favorisent ces choses.

Nous polluons notre environnement. Les mouvements des populations sont devenus très rapides. En quelques minutes, vous pouvez quitter un pays pour un autre. En quelques heures, vous pouvez quitter un continent pour un autre. Il y a la production alimentaire, il y a multiplication des échanges, il y a les comportements des humains. Tous ces facteurs favorisent la propagation rapide des épidémies donc de ces nouvelles maladies. Regardez l’importation des pneus usagés, les véhicules venus de France qui viennent chez nous, dans quel état ? Les échanges commerciaux, la mondialisation, les déplacements et aussi les insectes. Les insectes voyages, ils restent dans les bus, les véhicules, les avions. Ces moyens de transport ne sont pas toujours désinsectisés. Sans oublier que les insectes sont devenus résistants contre les insecticides développés. Donc il y a plusieurs facteurs qui justifient l’émergence de ces maladies. C’est notre environnement, c’est l’action de l’homme. L’homme doit changer de comportement pour pouvoir diminuer la propagation de ces maladies.

Que faire ?

L’homme doit cesser de polluer l’atmosphère. Il faut freiner le réchauffement climatique en diminuant la quantité d’émission des gaz à effet de serre qui se traduit aussi par des inondations parce que tout est modifié au niveau des climats. C’est pourquoi on assiste à de très fortes pluies en des périodes inopportunes. Il faut assainir son environnement, il faut planter des arbres. Le reboisement procurera à ces vecteurs des endroits où ils peuvent se reproduire ou vivre normalement afin de libérer les agglomérations. C’est parce que l’Homme prend d’assaut les milieux dans lesquels vivent ces insectes qu’ils nous envahissent. Nous déboisons et installons des infrastructures humaines croyants que les animaux ou insectes qui y vivaient quittent ces milieux. Mais, non ! ils ne quittent pas. Ils restent dans le milieu. Certains peuvent mourir ou disparaître mais eux tous n’iront pas. Donc ils restent dans le milieu et ce sont eux qui par la suite vivent avec nous et nous infectent. Il faut un véritable changement de comportement pour qu’on puisse réduire ces maladies.

Mot de la fin

Il n’y a pas d’inquiétude à avoir par rapport à la dengue au Bénin. Nous avons connu un seul cas et le ministère a pris toutes les dispositions pour qu’on n’ait pas un autre. Il y a une recherche en cours pour évaluer le risque épidémique de la dengue au Bénin. Les résultats seront publiés d’ici là et les rapports seront confiés au ministère pour que les décisions appropriées soient prises.

Enfin, je voudrais demander aux populations d’assainir leur environnement, d’éviter de jeter des boîtes de conserve n’importe où et de laisser les pneus usagés dans la cour ou autour de leur domicile. Même si les pneus sont abandonnés, il faudra les percer au niveau de leur paroi pour les empêcher de retenir de l’eau. Il faut également changer l’eau des pots de fleurs, racler régulièrement le fond des canaris et les maintenir toujours fermés. Ne pas laisser de façon générale de l’eau s’accumuler dans des récipients dans nos maisons et autour de nous. Parlons aussi de la dengue à ceux qui ignorent son existence afin qu’ils prennent eux aussi leurs dispositions. Car, si vous vous prenez vos dispositions et que les autres ne le font pas, ce serait peine perdue. La lutte contre elle doit être une œuvre commune. Que les mairies prennent aussi leurs responsabilités en éloignant les dépotoirs des maisons ou en les traitant parce qu’ils sont des lieux de multiplication des germes responsables de maladies.

Propos recueillis par Raymond FALADE (Stag.)

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