Vous êtes ici
Accueil > Actualité > Dr. Nicodème Alagbada, directeur des Editions Clé : « Un livre piraté et vendu, l’auteur ne reçoit pas le droit qui lui revient »

Dr. Nicodème Alagbada, directeur des Editions Clé : « Un livre piraté et vendu, l’auteur ne reçoit pas le droit qui lui revient »

Après son départ de la tête de l’Eglise protestante méthodiste du Bénin (Epmb), le Révérend Docteur Nicodème Alagbada dirige désormais les Editions Clé à Yaoundé, au Cameroun. A juste titre, il conduit une mission au Bénin pour sensibiliser sur les dangers de la piraterie des œuvres littéraires, cette pratique qui met en difficulté non seulement les auteurs qui ne bénéficient pas du fruit de leur labeur mais aussi les maisons d’édition. A travers cette interview il détaille les objectifs et les stratégies à mettre en œuvre lors de cette campagne.

Propos recueillis par Sêmèvo Bonaventure AGBON et Raymond FALADE

 

Bénin Int. : Dr. Alagbada, qu’est-ce qui vous ramène au Bénin ?

Dr. Nicodème Alagbada : Je suis venu au Bénin dans le cadre de la rentrée 2020-2021. Ce qui m’a amené spécifiquement, c’est que deux de nos ouvrages sont retenus dans le programme scolaire du Bénin : « Le Lion et perle » de Wolé Soyinka et « La Secrétaire particulière » de Jean Pliya. Mais à notre grande surprise, nous avons constaté que ces deux livres sont piratés au Bénin et ils se vendent à vil prix, dans les feux, au niveau des carrefours, à Dantokpa et consort. Ce qui met en difficulté les libraires dont Notre Dame, Bon Berger, Somaec qui vendent nos ouvrages. Quand ces ouvrages sont piratés, vous comprenez très bien qu’il y aura de la mévente. Donc cette année scolaire, nous avons décidé de venir sur les lieux pour constater et sensibiliser les enseignants, les élèves, les parents d’élèves et le public pour faire comprendre que la piraterie est interdite et elle est frappée par la loi.

Le deuxième objectif c’est de voir comment nous pouvons couvrir tout le territoire national avec ces deux livres pour que l’apprenant qui est au nord puisse avoir la même chance que l’apprenant qui est au Sud d’avoir ce livre. Nous pensons rencontrer les libraires qui sont déjà nos partenaires, voir également d’autres qui sont des distributeurs, des acteurs des livres ; voir comment nous pourrions entrer en partenariat avec ceux-là afin que effectivement « La Secrétaire particulière » et « Le Lion et la perle » puissent couvrir tout le territoire béninois.

La cherté des livres dans les librairies serait-elle à l’origine de la piraterie ?

Effectivement ! Nous avons réfléchi sur cette question. Moi-même j’avais eu à acheter « Kondo le requin » et « La Secrétaire particulière » auprès d’un jeune homme, marchand ambulant qui l’a vendu 1000 F alors que ces deux livres coûtent environ 2500F en librairie. En tant que directeur, nous étions obligés de réfléchir. Nous ne pouvons pas aller en deçà de 1000F parce que nos livres sont de qualité. C’est alors que nous nous sommes dit que désormais, nous allons demander à nos libraires, qu’au lieu de vendre ce livre à 2500F, ils vont les vendre à 1500F, à 1200F et ainsi de suite. Donc nous allons faire une réduction de prix à la livraison parce que si le prix auquel nous les livrons aux libraires est bas, ils ne peuvent pas aller plus au-delà. Nous avons effectivement tenu compte de cela et j’aurai une séance de travail avec notre représentant ici au Bénin pour lui faire comprendre que désormais au lieu de vendre ces livres à 2500F, qu’il les vende à 1500F.

On sait que la piraterie est interdite, pourtant les livres contrefaits sont vendus même publiquement sur nos routes. Où se situe la défaillance ?

La défaillance est à deux niveaux. D’abord, le défaut de sensibilisation. Souvent, ceux qui piratent les œuvres, ceux qui les vendent ne savent pas qu’ils risquent d’aller en prison car ils enfreignent à la loi. Par contre certains le font consciemment puisque les éditeurs et auteurs ne réagissent pas. Notre présence va appuyer l’Edition Laha qui a déjà commencé une lutte dans ce sens ici au Bénin pour que, effectivement, tous les éditeurs et auteurs s’entendent. Les auteurs aussi parce qu’ils sont les plus méprisés. Un livre piraté et vendu, l’auteur ne reçoit pas le droit qu’il lui revient. Donc, il faudrait que les auteurs puissent accompagner les libraires, les éditeurs et les distributeurs dans la lutte. Malheureusement dans le rang des distributeurs et des libraires, il y en  a qui vendent des livres piratés. La campagne que nous voulons mener a pour cible ces libraires, ces distributeurs qui sont à la base de la vente des livres piratés.

Quelles sont vos stratégies pour atteindre les objectifs ?

Au premier point, il faut d’abord rencontrer les enseignants parce qu’il faudrait que eux, ils prennent conscience pour pouvoir aider aussi les apprenants. Deuxième action, c’est de rencontrer le Bureau béninois du droit d’auteur (Bubedra). Nous avons déjà écrit dans ce sens. Troisième action, rencontrer le Directeur des arts et du livres. Je vais les rencontrer pour qu’ensemble, nous puissions réfléchir, car la piraterie n’est pas du tout une bonne pratique. Quelqu’un se peine, il écrit nuit et jour, on édite et l’ouvrage est piraté et ce sont ceux qui n’ont pas souffert avec lui qui en profitent.

Nous pensons même rencontrer le ministre de l’Enseignement secondaire pour lui faire part de cette réalité. Nous l’avons déjà fait au niveau du Cameroun où nous sommes allés plus loin en portant plainte contre X au point que, lorsque nous aurons la main mise sur un distributeur indélicat ou un libraire indélicat, nous pourrons immédiatement le traduire en justice pour qu’il réponde de ses actes.

Vous avez pris les rênes des Editions Clé il y a environ trois ans. Quelles sont déjà vos marques et perspectives ?

J’ai pris service au niveau des Editions Clé le 1er mai 2018 suite à une Assemblée générale qui a eu lieu en février 2018. C’est au cours de cet assemblée que j’ai été élu 12 voix sur 12. Nous étions quatre candidats et j’ai vu que c’était une grâce de Dieu. Quand j’ai pris service, la première action c’était de redonner aux Editions Clé (Centre de Littérature Evangélique) sa vocation première qui consiste à accompagner l’Eglise dans sa mission. En dehors de cela, nous produisons des œuvres littéraires qui ne sont pas évangéliques ni théologiques mais qui ne sont pas contre la foi que nous professons.

Les perspectives aujourd’hui, il y a une collection que nous venons de mettre sur pied depuis 2003 ou 2004. La collection Réflexion Théologique du Sud (Rts). Ce projet était d’aider les pasteurs, les théologiens Africains, les prédicateurs à écrire pour pouvoir édifier la foi des Africains pour que nos étudiants dans les instituts de théologie ou facultés théologiques puissent avoir des ouvrages écrits par les théologiens Africains pour les Africains. Depuis trois ans, j’évolue dans ce sens. Dans ce cas, nous avons déjà publié plusieurs livres théologiques pour accompagner les pasteurs. Au niveau du Bénin, nous avons publié le livre du pasteur Daniel Bankolé sur la compassion pour pouvoir montrer comment l’aumônerie hospitalière et pénitencière peut aider l’Eglise à accompagner les malades et les prisonniers. Au niveau du Cameroun, nous avons aussi produit plein de livres. Je viens de faire une dédicace le 5 septembre dernier d’un livre : « La vocation du disciple. Le sel et la lumière du monde ». L’auteur a expliqué et ce que signifie, dans un contexte africain, être le sel de la terre et la lumière du monde. Voilà ce que nous sommes en train de faire. C’est un mandat de cinq ans renouvelable  une fois. Je suis dans ma troisième année. Le premier mandat finira en 2022.

Merci.

Laisser un commentaire

Top