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Du “Dahomey” à “Bénin” : La polémique renaît

La dénomination “Bénin” serait-elle d’origine nigériane et induirait-elle un droit de regard du grand voisin sur la souveraineté nationale ? Un recours auprès de la Cours constitutionnelle défend cette thèse et demande que les sept sages tranchent en faveur du retour à la dénomination “Dahomey”. Il n’en fallait pas plus pour qu’éclate une guerre d’argumentaires qui nourrissent de plus belle la polémique.

Par Laurent KOKOU

Selon le requérant Hubert Dégbédji, le “Bénin” doit retrouver son ancienne appellation “Dahomey”. Pour soutenir sa position, il prend appui sur l’histoire qui fait état de ce que, “Bénin” servait à désigner un royaume fondé par les Ibos, ethnie habitant le sud-est du Nigeria. Garder une telle appellation pour désigner un pays souverain comme le nôtre signifie aux yeux du requérant que le Bénin est un Etat esclave des Ibos. Dans son argumentaire, Hubert Dégbédji soutient : « En maintenant la dénomination Bénin qui est d’origine nigériane, l’Etat court le risque de concéder le droit de propriété territoriale aux Ibo qui pourront le revendiquer devant les institutions internationales.» C’est fort de cela qu’il soutient que seul le nom Dahomey protège le Bénin et ses habitants à l’intérieur de ses frontières. Le requérant va plus loin et prévient que « si rien n’est fait, cette situation peut engendrer une guerre entre les Etats du Bénin et du Nigéria ». Après examen du recours ce jeudi 8 juillet, la Cour constitutionnelle a mis en délibéré. Mais en attendant la décision de la haute juridiction, des voies discordantes et pas des moindres se font déjà entendre.

«C’est pour l’unité nationale que le nom Dahomey a été changé en Bénin»

C’est un contre pieds sans appel qu’affiche le professeur Léon Bio Bigou face à cet appel au retour à la dénomination “Dahomey”. Selon le professeur à la retraite et ancien vice-recteur de l’Uac, l’appellation Dahomey est un héritage du colon. Un nom qui a d’ailleurs été à la base de plusieurs bouleversements sociaux et politiques. Le Bénin ne saurait donc d’identifier par une dénomination imposée et “porte malheur”. «Le nom Dahomey a été une imposition de la puissance coloniale française que n’acceptaient pas les royaumes du bas et moyen du pays, encore moins ceux de l’ensemble du vaste territoire du Nord. C’est l’une des raisons de l’instabilité politique chronique que le pays a connu. C’est aussi l’origine de l’ethnocentrisme et du régionalisme en politique nés à Porto-Novo avec les Goun à l’égard des Fon d’Abomey », soutient-il. À l’en croire, le changement de nom opéré répondait à une nécessité de cohésion nationale. «C’est pour l’unité nationale que le nom Dahomey a été changé en Bénin pour limiter certaines frustrations et construire une véritable nation» a affirmé le professeur dans son argumentaire. Il n’a pas manqué de saluer la clairvoyance du rapporteur de la Cour constitutionnelle Joseph Djogbénou pour avoir demandé à la Cour de se déclarer incompétente.
Un autre professeur à la retraite s’est invité dans le débat. Augustin Aïnamon se souvient avoir publié une opinion à propos dans le quotidien “Éhuzu” devenu “La Nation”. Aujourd’hui‚ il réaffirme «Du Dahomey au Bénin ou vice-versa. Attention nos maux ne viennent pas d’un mot. Ce n’est pas en cassant le thermomètre qu’on fait disparaître la fièvre.» Certes‚ reconnait-il‚ «Le nom Bénin n’a pas non plus fait l’objet d’un consensus et le changement s’est opéré brutalement par un régime autoritaire, sans aucune concertation avec le peuple qui est normalement le détenteur du pouvoir souverain. De plus, ce nom a été choisi pour nous en toute ignorance et contre toute logique » Mais‚ conclut-il «Pour l’instant nous avons mieux à faire pour notre vivre ensemble que de nous engager dans un débat de changement de nom qui n’entraînerait pas un véritable changement de paradigme. En ces temps de crise et de grandes incertitudes, c’est l’existence même de notre pays en tant qu’État qui fonctionnerait à peu près convenablement et comme nation en devenir qui est en jeu.»

2 thoughts on “Du “Dahomey” à “Bénin” : La polémique renaît

  1. C’est un vrai faux problème cette histoire de faire revenir la dénomination Dahomey en remplacement du Bénin.
    L’argumentation du requérant n’est même pas totalement juste. La dénomination Bénin vient de l’espace géographique dénommée Golfe du Bénin qui s’étend du Nigéria jusqu’au Sud Ouest du Ghana. Le nom Bénin n’a nullement été choisi en référence à l’ancien royaume Nigérian Bénin City mais en référence au Golfe du Bénin, une dénomination que la République sœur du Togo cherche aussi à porter (Ex: l’université nationale du Togo actuelle Université de Lomé s’appelait Université ddu Bénin, la bière Togolaise est dénommée jusqu’à nos jours Bière Bénin BB). Est ce en référence au Royaume Nigerian que les autorités Togolaise préfèrent cette dénomination à celle du Togo issu de la colonisation en référence à un petit bourgade du sud dénommé Togoville?
    Et puis si je prend l’exemple du Gold coast ancien nom colonial de la République du Ghana, l”ancien empire du Ghana ne relevait pas du territoire actuelle de la République du Ghana. . Est ce pour cela que les pays qui occupent actuellement le territoire de l’ ancien empire du Ghana vont se mettre à faire une guerre de patrimoine à la République du Ghana ? Nous avons mieux à faire.
    D’ailleurs notre territoire issu de la colonisation n’a porter le nom Dahomey que pendant 15 ans (1960- 1975) et depuis plus de 45 ans ce territoire est connu à l’internatiinal sous la dénomination République Populaire du Bénin 1975-1990 puis République du Bénin depuis la Conference nationale.
    Le défi qui nous attend et qui devrait notre priorité des priorités est notre développement,
    – notre libération totale du joug de la France,
    – la refonte totale de notre système éducatif avec la primauté de l’instruction dans nos langués nationales, l- Mener la lutte collégialement avec tous les pays de la CEDEAO pour enfant disposer d’une monnaie souveraine, unique, flottante sans parité avec quelque monnaie que ce soit.
    – Renforcer notre armée pour la défense efficace du territoire et de toute la sous région en collaboration avec les pays de la CEDEAO.
    Dr Comlan HOUILEY DANDEGLA

  2. En réalité, c’est toujours cette faculté que nous avons à soutenir le faux comme le vrai qui nous empêche de voir plus loin que le bout de notre nez. Nous dénonçons l’envahissement de la culture occidentale. Nous en appelons à la refonte du système éducatif actuel. Nous envisageons le développement endogène. Cependant nous ignorons qu’il nous faut une identité avant tout ça. Quelle la vraie signification du nom Bénin ? Même les agrégés ne pourront donner qu’une définition en rapport avec le dictionnaire de langue française. C’est dommage même le nom de mon pays est dans une langue étrangère. Une appellation extravertie pour un pays qui aspire à un développement. Rire. J’ai lu dans l’un des commentaires une proposition sur l’utilisation de nos langues maternelles dans le système éducatif. Cela m’a fait rire. Car si déjà nous avons du mal à accepter un nom local et historique pour notre pays, juste parce-que c’est pas dans notre vernaculaire, je suis curieux de savoir laquelle des langues androgènes recevra l’assentiment de tous. Nous sommes extravertie même dans notre argumentaire. Le vrai nom de notre pays, c’est Danhomey et nous le savons tous. Notre Capital est Adjatchè mais comme tout ça n’est pas dans la langue maternelle des autres, ils préfèrent mieux que nous maintenons tout en l’état. Mais un jour viendra où des béninois de type nouveau s’entendront pour redonner une identité à notre nation.

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