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Embarcadère d’Abomey-Calavi : Guerre infructueuse contre l’insalubrité

L’un des grands sites touristiques du Bénin est la cité lacustre de Ganvié dans la commune de So-Ava. Les touristes qui s’y rendent ont pour point de départ l’embarcadère d’Abomey-Calavi. Un espace dont l’insalubrité répugne et déteint sur le tourisme. Mais les initiatives pour son assainissement n’aboutissent pas encore…

Raymond FALADE

Nous sommes à l’embarcadère-débarcadère d’Abomey-Calavi. C’est ici que les touristes en partance pour la Vénise de l’Afrique, la cité lacustre de Ganvié prennent départ. A l’entrée, les sachets de pur water jetés çà et là et des excréments de bœufs souhaitent la bienvenue. Un peu plus loin. Nous sommes au niveau du bâtiment qui a abrité la première édition du mois de l’esclavage. La devanture a l’air propre malgré quelques sachets de pur water qui circulent au gré du vent. Derrière le bâtiment et au niveau des deux côtés largeurs, ce sont des ordures de tout genre. Devant nous (en direction de Ganvié), un enfant est surpris en train de déféquer à l’air libre pendant qu’un autre groupe d’enfants s’amusent à côté. Les bœufs ne sont pas aussi loin d’eux. A notre droite, se trouve le marché de poisson où l’insalubrité est encore forte. Les déchets issus du traitement des poissons et des sachets plastiques cohabitent avec les humains. Le tout exhale une odeur nauséabonde. A côté du marché, un autre enfant défèque à l’air libre. Difficile de faire une minute sans cracher ! Sur le pont construit en bois et qui sert de passage pour les voyageurs en partance pour Ganvié, une odeur puante des matières organiques en décomposition et des déchets des poissons étrangle la respiration.

Léonard, jeune conducteur de barque et guide de touristique natif de Ganvié s’offusque de la situation. L’insalubrité sur l’embarcadère d’Abomey-Calavi est due à l’incivisme des usagers notamment ceux qui y travaillent sur les lieux, explique-t-il. Sinon, chaque deux semaines ils nettoient l’embarcadère. Malgré cela, les ordures refont surface et pullulent. Face à cette situation, le jeune conducteur de barque déplore qu’il soit difficile de sévir. « Ils sont du même village et c’est difficile de faire des remontrances pour ne pas être vu autrement », justifie-t-il. Quant aux bêtes en divagation dans le périmètre de l’embarcadère notamment les bœufs, le propriétaire de ces animaux travaille aussi dans l’embarcadère, informe-t-il. A l’en croire, il a été interpellé plusieurs fois. C’est pourquoi il a discipliné un peu ces animaux. Achille Adjovi, est un autre conducteur de barque à l’embarcadère d’Abomey-Calavi. A l’en croire, ils sont encore à l’étape de sensibilisation en ce qui concerne la propreté des lieux. Il justifie la défécation à l’air libre des enfants par l’insuffisance de fosses septiques. Il n’y a, en effet, quatre toilettes au niveau de l’embarcadère, dont deux seulement fonctionnent et sont réservées à ceux qui travaillent sur le site. A propos, renseigne-t-il, des lettres auraient été adressées sans suite au maire de la commune d’Abomey-Calavi mais sans suite. Il pointe également le manque de matériel pour l’entretien de l’embarcadère. Et de souhaiter l’appui des autorités en balais, pelles, brouettes et poubelles.

Dans le cadre de l’assainissement de l’embarcadère, les travailleurs ont mis en place une association, il s’agit de l’Association des acteurs du tourisme de la commune de So-Ava. Gérard Agbokounou en est le trésorier général. L’objectif visé par ladite association est « d’assainir la maison et de mettre de l’ordre sur l’embarcadère ». Les touristes, rapporte-t-il, se plaignent de la saleté sur l’embarcadère et « qu’il y peu du désordre dans l’embarcadère ». « Les écailleuses sont invitées lors des sensibilisations à verser loin de l’embarcadère, les déchets issus de leurs travaux. Malgré cela, il y en a qui déposent les déchets à proximité de l’embarcadère, ce qui rend le lieu invivable », a déploré Gérard Agbokounou. L’insalubrité à l’embarcadère d’Abomey-Calvi a contribué à la baisse de touristes en direction de Ganvié, a-t-il déploré.

Des touristes déçus

Les touristes se plaignent eux aussi de l’état insalubre du site. Sur le terrain, nous avons rencontré trois touristes qui venaient de Ganvié. Il s’agit de Gigi de la République démocratique du Congo (Rdc), Patrick de la Belgique et Cathérine de la France. Tout en appréciant ce site touristique, ils ont déploré l’état insalubre de l’embarcadère. « L’espace est bon mais au niveau du marché là c’est très sale. Il y a des plastiques un peu partout », s’est plaint Gigi. « Il faut améliorer tout ce qui gène surtout à cause des enfants », propose-t-il. « Cela doit être primordial », a-t-il insisté. Et à Patrick d’ajouter « il faut qu’on évite les plastiques », « cela va détruire les poissons », a-t-il prévenu. Cathérine, touriste français n’a pas caché d’être indisposée par les déchets. Tout en saluant les efforts faits pour l’assainissement de l’embarcadère, elle pense qui reste beaucoup à faire notamment en ce qui concerne les plastiques. « Il faut éviter cela », a-t-elle insisté également.

Pourtant, le village lacustre de Ganvié est une destination prisée par les touristes venus de tous les horizons. Il passe pour l’un des grands sites touristiques d’Afrique. Pour Dr Edia Flavien Dovonou, enseignant-chercheur et environnementaliste à l’Université d’Abomey-Calavi, le village lacustre de Ganvié est une destination prisée par les touristes. Il se désole alors que la Venise d’Afrique dont la porte d’entrée qui est l’embarcadère d’Abomey-Calavi soit dans une insalubrité déroutante. C’est une situation qui selon lui « interpelle tous les acteurs soucieux de la préservation de nos écosystèmes sensibles comme la berge du lac Nokoué ». Pour l’universitaire, la première conséquence, si la pollution sur le site se poursuit, c’est la désaffection des touristes qui se rendent sur Ganvié.

Pour ne pas en arriver là, Dr Dovonou propose qu’un cadre formel de gestion des déchets solides spécifiques à ce site soit créé. Aussi, souhait-il que le ministère en charge du Tourisme prenne en main la gestion de l’embarcadère pour le développement du tourisme dans notre pays. L’environnementaliste suggère également qu’il faut interdire la divagation des animaux sur le site. Et cette responsabilité, selon lui, relève de la mairie d’Abomey-Calavi. Pour finir, « il faut développer la coopération intercommunale entre la mairie d’Abomey-Calavi et celle de So-Ava pour une gestion durable non seulement de ce site mais de toute la berge du lac Nokoué au niveau des deux communes », a-t-il proposé.

Au Bénin, plusieurs Ong travaillent pour la salubrité et l’attractivité des sites touristiques dont dispose le pays, et l’embarcadère d’Abomey-Calavi n’en fait pas exception. Parmi celles-ci, l’Ong Amshart, spécialisée dans le domaine de l’hygiène, la santé au travail et la sécurité sociale au profit des travailleurs du monde rural, artisanal et des collectivités locales. Dans sa lutte pour la salubrité de la porte d’entrée du village lacustre de Ganvié, elle a installé un Groupe de pilotage en sécurité et santé au travail (Gpsst) pour les mareyeuses et pêcheurs de l’embarcadère d’Abomey-Calavi. Ainsi, grâce aux sensibilisations ‘’zéro sachet’’ lors de la Journée mondiale de l’environnement (Jme) organisée par le Ministère du cadre de vie, cette Ong, avec les femmes et pêcheurs de l’embarcadère et dans une approche participative, a procédé à l’élaboration d’un micro projet de maintien permanent des lieux dans un état de propreté. Malgré cela, “les acteurs pollueurs, des mareyeuses et des pêcheurs avaient une idée pas encourageante pour accompagner les actions naissantes. Ils se sont très tôt organisés en groupe de pression pour exiger un paiement à toute séance de travail devant aboutir à la définition de stratégies », a regretté Tchéhouéa Sonon, le Directeur exécutif. Dépassée par la situation au sein de ce site, l’Ong a voulu “reculer pour mieux sauter” a-t-il fait savoir, même si l’Ong « souffre de voir l’embarcadère insalubre ».

L’embarcadère se situe dans la commune d’Abomey-Calavi alors que les recettes du tourisme profite à la commune de So-Ava. Cette situation géographique, avec comme conséquence le fait que les deux parties se rejettent la responsabilité de la propreté du site, compte énormément dans l’insalubrité déconcertante de l’embarcadère.

One thought on “Embarcadère d’Abomey-Calavi : Guerre infructueuse contre l’insalubrité

  1. L’ONG AMSHART apprécie à sa valeur la contribution de Bénin Intelligent à maintenir le lieu salubre. C’est une des vitrines du Bénin. Ensemble nous trouverons une solution. Avec les sensibilisations répétées , les acteurs comprendront que personne d’autre ne le fera à notre place. AMSHART n’abandonnera pas en si bon chemin

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