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Entretien avec Bokonon Kpéyi : « L’avortement est une boite de Pandore »

Un Bokonon-prêtre de Fâ s’invite dans la polémique concernant la loi n°2021-12 modifiant et complétant la loi n°2003-04 du 3 mars 2003 relative à la santé sexuelle et la reproduction, adoptée par les parlementaires dans la nuit du 20 au 21 octobre. Dah Kpéyi, qui reçoit régulièrement des femmes en consultation dont les tribulations proviendraient le plus souvent d’un avortement lointain ou récent, juge scandaleux l’article 17-2 qui dispose qu’« À la demande de la femme enceinte l’interruption volontaire de grossesse peut être autorisée lorsque la grossesse est susceptible d’aggraver ou d’occasionner une situation de détresse matérielle, éducationnelle, professionnelle ou morale incompatible avec l’intérêt de la femme et/ou de l’enfant à naître ».

Propos recueillis par Sêmèvo Bonaventure AGBON

 

Bénin Intelligent : Quel était votre état d’âme à l’adoption de cette loi modificative ?

Edmond Agbassè (Bokonon Kpéyi) : Le jour que j’ai appris par le biais des réseaux sociaux ladite modification législative, j’ai eu pitié de moi-même, d’abord, puis de l’avenir des progénitures des députés eux-mêmes. Il y a bien des matières sur lesquelles ils pourraient légiférer en vue de l’amélioration des conditions de vie des populations. Mais, non ! Je vais être très direct. Disons que les députés sont ignorants des répercussions profondes de l’avortement. Sinon, ils n’auraient jamais encouragé l’avortement sous prétexte de détresse matérielle, éducationnelle ou professionnelle. La vie humaine est purement sacrée. On ne doit jamais encourager les jeunes filles à cette pratique. Nous nous sommes spiritualiste et savons ce qui se passe quand on avorte une vie. Il y a des femmes qui, pour avoir avorté même une fois, ne concevront plus jamais. Par contre, des femmes interrompent des grossesses et peuvent encore procréer mais, elles ne connaîtront plus de prospérité, de quiétude, de bonheur dans leur existence. D’autres ayant avorté ou l’ayant encouragé, mourront dans un accident ou engloutiront leur fortune dans une maladie bizarre jusqu’à ce que mort s’en suive. Voyez-vous la gravité de cet acte ?

Tous les enfants ne sont pas les mêmes, les grossesses n’ont plus. Et puis on ne s’amuse pas à avorter toute grossesse. Si elle est gémellaire, l’auteur est foutu. Il/elle aura à gérer des histoires de Tôhôssou. Sinon, cela lui attirera instabilité financière, sentimentale ou professionnelle. Même avant cette modification, environ 90% des femmes de Cotonou ont avorté au moins une fois. Je suis spiritualiste, Bokonon. Il fallait plutôt voter une loi qui criminalise cette pratique de plus en plus banalisée. C’est ce que nous nous attendions. Par contre, on opère une modification qui l’encourage avec la libération des pilules abortives. Moi, je suis contre. Ayons le courage de dire aux députés, nos élus, nos représentants que cette fois-ci, c’est mauvais.

Mais des partisans soutiennent qu’elle vise à protéger la femme, à réduire par exemple les cas sociaux.

Des fois on quitte nulle part pour devenir héros. Des enfants de la rue sont devenus riches, de grandes personnalités, des stars. Nous ne pouvons pas brandir le phénomène des enfants de la rue comme justification à l’avortement. Pourquoi ne pas songer à résoudre le casse-tête du chômage des jeunes ? Cela suffirait. Quel homme, quelle femme ici-bas ne souhaite pas procréer ? Il n’y en existe pas. Donc tout le monde le désire, juste que parfois ils sont surpris par une grossesse. Mais la solution n’est pas de s’en débarrasser. Il fallait plutôt prendre des précautions, la contraception avant d’aller à l’acte. C’est mieux que de se livrer allègrement au sexe et chercher après le raccourci de l’avortement. Si nous avons été avortés par nos parents, serions-nous là aujourd’hui ?

Que suggérez-vous alors ?

Il faut sensibiliser, inciter la population à une sexualité responsable et mettre les spiritualistes, religieux…à contribution. Il faut leur exposer régulièrement à la radio, la télé, dans la presse, à l’école les conséquences métaphysiques liées à l’avortement. L’avortement est une boite de Pandore. Il faut inscrire sa dangerosité dans l’esprit des hommes et femmes de sorte qu’ils y renoncent. Je sais que les Béninois sont perfectibles, corrigibles. C’est scandaleux de dire qu’on peut y recourir en cas de « détresse matérielle, éducationnelle, professionnelle ou morale incompatible avec l’intérêt de la femme et/ou de l’enfant à naître ».

Sur cinq femmes que vous recevez en consultation de Fâ, combien environ ont des ennuis liés à un avortement ?

Je peux vous révéler avec chagrin, que sur cinq femmes au moins quatre ont l’avortement comme source à leur détresse. « Mon mari ne m’aime pas comme je voudrais », ou « je n’arrive pas à trouver un époux », « j’ai perdu mon emploi », « l’argent me fuit », « il y avait l’harmonie dans mon foyer mais subitement mon conjoint m’a abandonnée… » Voilà souvent les plaintes que nous recevons. Les avortements qu’elles avaient pratiqués commencent par leur demander des comptes. Et là, il faudra faire des sacrifices ; parfois cela marche, parfois non. Ou il faudra économiser de l’argent pour réincarner ces enfants, ces vies assassinées dans le sein et les vénérer. Je me souviens de cette femme qui, quelque temps après avoir avorté, a commencé par entendre chaque nuit des pleurs d’un enfant on dirait couché près d’elle. Elle s’est soumise à des prières à l’église, en vain. Finalement, elle est venue me voir. Après consultation, je lui ai révélé qu’elle avait avorté une grossesse gémellaire. Effectivement, elle a reconnu avoir subi un curetage et que trois jours après, elle a encore senti des mouvements utérins, et qu’elle est retournée voir le médecin pour subir un second curetage ; donc que je n’ai pas menti. Cette dernière avait un projet de voyage qui n’aboutissait jamais. Finalement, elle est tombée enceinte d’un autre homme. A six mois elle fait une fausse-couche. Nous avons recouru au Fâ et il fut révélé qu’elle n’avait pas subi une attaque de sorciers comme elle soupçonnait. La grossesse qu’elle avait avortée, c’était des jumeaux qui disaient que tant que, eux, ne seront pas réincarnés, elle ne va jamais concevoir. Je vous assure que cette dame a souffert pour mobiliser l’argent nécessaire à ce rituel. Sa maman a dû brader frigo, ventilateur, et autres biens matériels à cet effet. Spirituellement l’avortement est un crime, ne nous contentons pas de l’aspect physique. Si tu prends une pilule avant d’aller au sexe, tu es sauvé. Mais quatre jours après la fécondation, il y a déjà une vie qui prend possession de l’œuf qui réunit du coup les quatre éléments à savoir la terre, l’air, le feu et l’eau. Or, ce sont ces quatre éléments qui font l’homme et l’univers. Impossible de détruire l’un au profit de l’autre. Si une femme avorte, elle a détruit Sakpata, Dan, Xèbiosso et Tôhôssou. Ces quatre divinités vont la détruire à leur tour. Quand est-ce qu’elle sera pardonnée de toutes ces déités ? Certes, nous savons que les difficultés sont inhérentes à la vie humaine, mais les femmes qui réussissent leur vie (professionnelle, sentimentale), qui sont heureuses et ne trainent pas des situations confuses, à 90% n’ont jamais avorté.

Faut-il avorter une grossesse quand cliniquement il est prouvé que l’enfant présentera des malformations à sa naissance ?

Après les conclusions des médecins il faut consulter le Fâ aussi. L’enfant qui a pris corps chez la femme et qui s’apprête à naître, ce n’est pas nous qui l’avons créé. Dieu n’est pas aveugle ; il sait ce que deviendra cet enfant. Il l’a certainement chargé d’une mission. La malformation que nous nous lui reprochons au point de décider de son avortement, peut s’avérer au fond une opportunité pour lui. Observez bien : des hommes ne naissent-ils pas sains mais attrapent des infirmités ou malformations bien après dans leur vie ? Pourquoi retourner l’enfant parce qu’il aurait une malformation ? Nous qui nous estimons sains, qui d’entre nous sait s’il deviendra demain aveugle, boiteux, paralysé, borgne, dans quelques années à la suite d’un accident ou d’une maladie ? N’assassinons plus des vies sous prétexte de malformations.

Votre mot de la fin

Que les jeunes se ressaisissent. Si quelqu’un met enceinte (par erreur ou hasard) qu’il en assume les responsabilités. Peut-être que ce sera sa seule progéniture. Parfois c’est une fois l’enfant nait que les portes de bénédictions (emploi, affaire…) s’ouvrent. Je connais une femme qui a été abandonnée par l’homme qui l’a mise enceinte. Elle faisait la classe de 3ème mais n’a pas cédé à la pression d’interrompre ladite grossesse. Un jour, elle a croisé fortuitement dans un bar, un Aladji qui a juré l’aimer à la première vue et qui s’était dit prêt à prendre soins de la grossesse afin de l’épouser après l’accouchement. Avant de voyager sur Lomé, l’homme lui a remis deux millions et n’est plus jamais revenu. Il s’est avéré après que ce Aladji qui s’était fait passer pour commerçant, est en réalité un revenant qui a été envoyé juste pour sauver cette femme malheureuse.

Nous avons élu les députés pour qu’ils nous défendent. Ils ont la prérogative de légiférer, mais certaines lois méritent sérieusement d’être débattues. Nous sommes dans un pays Vodun, un pays foncièrement spirituel. Nous ne pouvons-nous permettre des lois qui nous ridiculisent, qui méprisent nos valeurs, et qui n’apportent en réalité rien de salutaire.
Merci.

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