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Entretien avec Charles Momby, cinéaste : « Sans vous mentir, le cinéma ne nourrit pas son homme au Bénin »

Alors qu’il se battait plutôt pour devenir pilote d’avion, son père défunt le détourne vers le cinéma. Mystère ! Charles Momby, fils du célèbre comédien Professeur Jean-Pierre Momby, se plaint d’un cinéma béninois peu rentable, où on ne persiste que par passion. Acteur comédien, scénariste, réalisateur et formateur en audiovisuel, il dévoile ses motivations et son parcours artistique dans cette interview.

Propos recueillis par Noudéhouénou Fidèle DEDEGNONHOU (Stag.)

 

Bénin Int. : Charles Momby, pourquoi avez-vous choisi de vous investir dans le monde du cinéma ?

Charles Momby : Pour vous répondre, je vais vous dire que ce n’est pas moi qui ai choisi le cinéma, mais c’est ce dernier qui m’a choisi. Je le dis ainsi parce que dès mon bas-âge, ma passion était de devenir pilote d’avion ou banquier. Je me battais pour ce rêve quand en 1999 j’ai vu mon défunt père me remettre un crayon et un papier A4 en songe. Depuis ce temps, j’ai commencé par m’intéresser au 7e art qui est finalement devenu le métier que j’exercice avec beaucoup fierté aujourd’hui.

Que peut-on retenir de votre parcours dans ce métier ?

J’ai débuté en 1999 avec le théâtre dans les écoles. Après, en 2003, je me suis lancé dans le cinéma en commençant par jouer dans des films. En 2008 j’ai sorti mon premier film intitulé ‘’Finan’’, une pièce théâtrale de mon feu père que j’ai réécrit en film et sorti 10 ans après son décès en guise d’hommage. C’était un long métrage de format DVD sorti en France et dans plusieurs pays africains par le biais du grand réalisateur Bobo D. Cela fait de moi, le premier Béninois à avoir sorti un film en ce format. Par ailleurs, j’ai été sollicité, la même année,  par Jean-Paul Amoussou alias Oncle Bazar, à qui j’ai écrit beaucoup de scénarios dont ‘’Houédjizo’’, ‘’Recto-verso’’, ‘’ La main noire’’, ‘’ Mon voisin, mon ménage’’, ‘’ Papa policier ‘’, ‘’ Un piège adorable’’ et bien d’autres films. Après cela, j’ai travaillé pour des maisons de production comme celles de l’artiste Winner Star, de Florent Hessou, de Sales production et beaucoup d’autres. Des acteurs burkinabés m’ont également sollicité et notre collaboration continue jusqu’à présent.  En 2013, j’ai produit mon deuxième film intitulé ‘’ Toi et moi’’ que je n’ai pas encore mis sur le marché, mais je le ferai très bientôt. C’est un film qui m’a permis de remporter le Premier prix de la meilleure vidéo en 2013 au ‘’Festival international vidéo nègre’’. Les sollicitations sont aussi nombreuses que je ne me consacrais plus à mes propres idées. Mais en août 2020, j’ai décidé de revenir à mes projets. Ainsi, j’ai commencé un film qui sera bientôt prêt. C’est déjà la rentrée des films dans la maison de production ‘’Momby film ciné plus’’ et il n’y aura plus de vide, car beaucoup de projets sont en attente. Il faut enfin ajouter que depuis deux ans, j’enseigne l’écriture de scénario, la réalisation et l’actorat au centre de formation ‘’Vidéo leader’’.

Alors vous n’êtes pas que réalisateur, vous touchez à tout dans le cinéma. Pourquoi cette polyvalence ?

La spécialité dans laquelle j’évolue exige cette polyvalence que vous remarquez en moi. En effet, dans le monde de l’audiovisuel, un réalisateur est quelqu’un qui doit aussi avoir des notions en cadrage, écriture de scénario, actorat et même dans le montage vidéo. Il faut aussi souligner que pour réussir dans le monde du cinéma, il faut apprendre à toucher à tout. C’est le plus grand secret de cet univers.

Qu’avez-vous déjà comme souvenirs inoubliables dans votre carrière ?

Sans vous mentir, le cinéma ne nourrit pas son homme au Bénin. Quels que soient les efforts fournis, difficilement on arrive à réaliser un souvenir dans ce métier. La raison est que les partenaires n’aiment pas investir dans ce domaine or, c’est un secteur qui nécessite beaucoup de moyens. Le gouvernement béninois aussi ne pense pas trop au cinéma ; et c’est vraiment décourageant. De même, quand tu sors ton film, les pirates sont là pour le vendre moins cher. Depuis que j’ai commencé mon aventure, difficilement j’ai pu avoir une maison. Néanmoins, je continue de me battre pour un avenir meilleur, car la passion est là et je ne peux plus rien faire dans ce monde sans le cinéma. Même si je suis élu président de la République un jour, ne soyez pas étonné de me voir en train de jouer sur scène.  Après tout, c’est un métier qui m’a permis de côtoyer beaucoup d’acteurs nationaux et internationaux. C’est l’exemple de Tonton-J, Yadjo, Claude Balogoun, Kwamé Mensah, le sénégalais Serge Henri, l’ivoirienne Léa Droit, le burkinabé Jean Urbain Ouédraogo, l’espagnole Patricia Foussé et beaucoup d’autres.

Quels sont alors vos mauvais souvenirs dans le cinéma ? 

Les mauvais souvenirs dans ce métier, j’en ai connu assez, mais je n’ai gardé que deux qui m’ont vraiment marqué. Le premier concerne un travail que j’ai effectué avec un ami et au moment de nous payer, le client est décédé. Or, nous avions contracté des prêts pour réaliser le travail. C’était vraiment pénible pour nous. Le second mauvais souvenir concerne un coup mystique que j’ai reçu d’un ami sincère sur un plateau de tournage de mon film ‘’Toi et moi’’ à cause d’une petite mésentente.

Quels sont vos projets à l’avenir ? 

Mes projets à l’avenir sont énormes. Actuellement, mes films intitulés ‘’Retrouvaille tragique’’ et ‘’ Finan’’ sont en cuisine et seront bientôt sur le marché. ‘’Finan’’ est en train d’être réécrit en 26 épisodes de 26 minutes chacun. De plus, l’’’Ecole de cinéma Professeur Momby’’ sera mise en place les tout prochains jours. Sur ce, je demande aux partenaires et aux producteurs de me venir en aide et ils ne seront pas déçus.

Votre mot de la fin

Pour conclure cet entretien, je vais remercier tous les hommes des médias en général et les journalistes de ‘’Benin intelligent’’ en particulier. Je me dois aussi de remercier tous les acteurs du monde du cinéma du Bénin et d’ailleurs et toute mon équipe de travail. Je profite également de ce canal pour remercier tous les partenaires et le gouvernement béninois pour leurs efforts. Ils en font assez, mais quand il reste à faire, rien n’est encore fait. Il leur reste beaucoup à faire pour le décollage du cinéma béninois.

 

 

 

 

 

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