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Entretien exclusif avec Jean-Marc « Jimmy » Adjovi-Boco : « Notre football est en reconstruction »

Né le 22 décembre 1963 à Cotonou (Bénin), Jean-Marc « Jimmy » Adjovi-Boco fût un footballeur professionnel béninois évoluant au poste de défenseur. Il est actuellement Directeur Général de l’association Diambars dont il est cofondateur avec des amis sportifs, dont Patrick Vieira et Bernard Lama et est également, depuis août 2017, membre du Conseil Présidentiel pour l’Afrique. Ce digne fils du Bénin a fait son retour au Bénin et se préoccupe davantage des questions de sports en général et du football en particulier. Depuis l’élection du président Mathurin de Chacus et de son Comité exécutif, Jean-Marc « Jimmy » Adjovi-Boco s’est engagé à apporter sa part dans le développement du sport béninois. Il a d’ailleurs été aux côtés des Écureuils pour leur qualification pour la Can Égypte 2019. Quelques semaines après cette qualification, l’ancien joueur du RC Lens nous parle.

 

BI : Jean-Marc Adjovi-Boco, vous êtes ancien capitaine des Écureuils du Bénin. Comment vous vivez la qualification des Écureuils pour la Can ?

J-M A : En tant qu’ancien capitaine des Écureuils du Bénin, j’ai vécu cette qualification avec une grande fierté et une admiration pour le travail des joueurs, du staff et de toutes les instances qui ont permis d’atteindre ce résultat. Je veux parler de l’État, de la Fédération et de toutes celles et ceux qui ont permis cette qualification.

Comment avez-vous vécu ce match ?

J’ai vécu ce match en partie comme un supporter, mais comme je le fais toujours, en partie aussi comme un technicien qui essaye d’analyser le contenu du match, les performances des uns et des autres et l’environnement dans lequel s’est joué ce match. En effet depuis plusieurs années, je milite pour mettre en avant le rôle social et sociétal du sport en général et du football en particulier. Je dois dire que j’ai été extrêmement attentif à ce que j’ai vu sur le banc de touche et dans les tribunes. On sent que le staff est parvenu à créer une véritable équipe avec une âme et un esprit de solidarité qui me plaisent tout particulièrement. J’ai senti une communion entre l’équipe et le public dans les tribunes et dans le Bénin tout entier. Je vois là une partie de ce que le football apporte à une nation. Cette manière de regarder un match nécessite une prise de hauteur afin de pouvoir analyser en toute objectivité.

Le Bénin est qualifié, la suite devrait être quoi selon vous ?

Pour moi la suite doit se jouer à 2 niveaux mais de manière concomitante. Nous avons l’étape de la préparation de la Can avec l’objectif de passer le 1er tour. Cette préparation doit se faire dès le lendemain de la qualification, car le haut niveau ne s’improvise pas. Tout doit être préparé au niveau technique (match de préparation, suivi des joueurs, analyse des adversaires, etc.) comme au niveau logistique. Nous devons faire preuve de professionnalisme dans tous les domaines. Au plus haut niveau la différence se fait sur des détails. Il me semble que le Ministère et la Fédération travaillent déjà ces aspects importants d’une compétition. Ne pas penser que cette qualification résout à elle seule tous les maux de notre football. Le deuxième point est que nous devons travailler pour que les qualifications aux grandes compétitions ne soient plus épisodiques mais régulières. Là nous devons faire preuve d’un esprit critique afin de préparer l’avenir. Comme une non qualification n’aurait pas été synonyme de désert, cette qualification ne signifie pas que notre football est en bonne santé. Le rôle de nos dirigeants est de gérer le court terme et cette qualification en même temps que le long terme et le développement du football dans toutes ses dimensions.  Ce n’est pas le plus facile mais c’est une nécessité.

Depuis quelques mois, on vous voit souvent aux côtés des acteurs du football. Il se prépare quoi ?

J’ai dit que les conditions de mon retour étaient réunies et j’ai dit au Président de la République Patrice Talon et au Ministre du Tourisme, de la culture et des Sports, Oswald Homéky qu’ils pouvaient compter sur moi, sur mon expérience et sur mon expertise si on pense que je peux apporter quelque chose. Nous travaillons à trouver où et comment je serai le plus utile. Je pense que ce que j’ai fait et ce que je fais au niveau international sera utile au développement du sport au Bénin.

Peut-on penser au retour de Jean-Marc ?

Oui on peut penser à un retour, car j’ai une réelle envie d’apporter ma pierre à l’édifice. Le panafricain que je suis a œuvré pour le développement du football africain avec Diambars et j’en suis très fier. Je dois néanmoins avouer ressentir un manque par rapport à mon pays. En ce qui concerne la Fédération, je me suis mis à la disposition du Président Mathurin De Chacus et de ses équipes. S’il estime que mon expérience peut servir il fera appel à moi. J’ai l’humilité de dire que beaucoup d’autres personnes connaissent le football béninois mieux que moi, mais je pense pouvoir affirmer que ma connaissance du football professionnel et la crédibilité dans ce domaine pourraient être utile à mon pays.

Que pensez-vous de la gestion actuelle du football Béninois ?

Je pense que notre football est en reconstruction et que les gens qui bâtissent sont honnêtes et plein de bonne volonté. La réussite de l’équipe nationale ne doit pas être l’arbre qui cache la forêt. Il est plus facile de parler des choses qui ne marchent pas lorsque les résultats sont là. Si on veut que ces résultats soient durables, il y a des préalables… Je parle de préformation, de formation et de post formation de nos jeunes. Je parle de formation de nos cadres sportifs et administratifs. Je parle de l’organisation de nos championnats de jeunes. Je parle de la monétisation de notre football etc… Tous ces chantiers doivent être lancés, doivent être évalués sans complaisance non pas pour stigmatiser ceux qui les mènent mais pour progresser et amener notre football au sommet.

Jean-Marc peut apporter quoi pour son pays après son retour ?

J’ai 13 années d’expérience au plus haut niveau en tant que joueur. J’ai passé mes diplômes d’entraineur (alors que j’étais encore joueur) en même temps que Patrice Bergues qui était mon entraineur à Lens. Je suis diplômé de l’école supérieure de commerce de Lille, diplôme passé à la fin de ma carrière afin d’acquérir les connaissances managériales et économiques nécessaire à compléter mes connaissances et mes compétences techniques. J’ai créé l’Institut Diambas avec Saer SECK (président de la ligue pro du Sénégal), Bernard Lama et Patrick Vieira (deux champions du monde). Cette structure est devenue une référence en matière de formation sur le continent africain. Le travail que nous avons initié il y a maintenant près de 20 ans au Sénégal, n’est pas étranger à la réussite du football sénégalais au niveau continental. J’ai été à l’origine d’une réunion à l’Elysée afin de mettre autour de la même table le monde sportif, le monde économique et le monde politique avec autour de la table des chefs d’État, la Banque Mondiale, les Présidents de la FIFA de la CAF de la FFF, un Vice-président de la NBA et les dirigeants de grandes entreprises intéressées par le Sport. J’ai une réelle crédibilité en matière de sport et de développement sur la scène internationale. En dehors du sport, j’ai créé plusieurs entreprises en France comme en Afrique qui confirment ma capacité à mettre en œuvre des projets économiques. Voilà tout ce que je peux apporter à mon pays.

Vous êtes membre du Conseil présidentiel pour l’Afrique. Quelle est la mission de ce Conseil ?

Je suis effectivement membre du Conseil Présidentiel pour l’Afrique mis en place par le Président Emmanuel Macron. La mission du CPA est d’apporter au Président Macron notre connaissance des enjeux de l’Afrique d’aujourd’hui et de lui transmettre une vision différente de la relation entre la France et le continent africain. De lui proposer des projets qui puissent servir les intérêts du continent africain autant que les intérêts de la France.

Le Bénin peut gagner quoi à travers le Conseil présidentiel pour l’Afrique ?

Le Président Patrice Talon a dans son Plan d’Action Gouvernemental, une réelle vision pour le sport comme outil de développement. Je peux vous dire qu’il n’y a pas beaucoup de chefs d’États africains qui ont mis en place une véritable stratégie autour du sport comme peut le faire le Président Talon et son gouvernement. Ma mission au sein du CPA, consiste aussi à voir comment accompagner par mon expertise, mon expérience et mes réseaux, cette vision commune qu’on le Président Talon et le Président Macron pour la jeunesse africaine à travers le sport.

Un appel à lancer…

Pour construire notre football, nous aurons besoins de tous les béninois, surtout dans les moments difficiles. Nous devons travailler dur, en profondeur et sur le long terme. “Bénin, désormais que tes fils tous unis d’un fraternel élan partagent l’espérance de te voir à jamais heureux dans l’abondance” : Que ces paroles de notre hymne soient aussi pour notre football synonymes “d’une aube nouvelle”.

Propos recueillis par Pérez LEKOTAN

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