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Esclavage monétaire : Yves Ogan met à nu le système CFA et interpelle les députés

Faut-il continuer avec le Fcfa ou l’abandonner définitivement ? Une question sensible sur laquelle les députés béninois sont appelés à se prononcer. A cet effet, le président Louis Vlavonou a invité ses collègues à une séance plénière qui se tient ce mardi 22 décembre. Elle est consacrée à l’abandon du franc Cfa. En prélude, le Directeur des services législatifs de l’Assemblée nationale, Yves Ogan a livré une critique sincère de cette monnaie. Critique qui devrait permettre aux élus du peuple de prendre ce jour une décision historique en faveur de l’indépendance réelle des Béninois et Africains.

Par Sêmèvo Bonaventure AGBON

Aujourd’hui Directeur des services législatifs à l’Assemblée nationale du Bénin, l’avocat au Barreau du Bénin, anciennement avocat au Barreau de Paris est très audacieux sur la question du Fcfa. Sa position sur cette monnaie coloniale est sans ambages : elle n’est pas gage de décollage ni du Bénin ni de la partie de l’Afrique qui l’a en partage. Le Fcfa est le dernier rempart de la domination française malgré les années ‘’nominales’’ en 1960. « Il est structuré de telle sorte que nous sommes assujettis à une domination de la France », a-t-il déclaré sur une chaine de télévision de la place. Pour le prouver, Yves Ogan a révélé au public les arcanes du fonctionnement du Cfa. « Vous avez une Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Bceao) qui est une subdivision du ministère des finances français. En son sein il y a des représentants qui siègent au Conseil d’administration et qui ont voix prépondérantes. Ces gens-là contrôlent notre économie dans sa forme la plus réelle. Un autre exemple : les décisions prises au sein de la Bceao doivent être soumises au ministère des finances français avant leur approbation », a-t-il dénoncé. Et de relever que « Ce sont de petites choses qui ne paraissent pas dans les textes, mais des pratiques qui montrent à souhait que la France a installé un système depuis la création du Cfa 1945 ».
Aujourd’hui, il est plus que jamais temps de remettre en cause « cette façon de faire, qui consiste à mettre la main sur notre économie pour perpétuer une certaine domination ». Ce mardi 22 décembre, a-t-il indiqué, « C’est ce que l’Assemblée nationale va tenter de faire en posant les questions fondamentales liées à l’existence de ce Fcfa et à l’existence d’un Eco qui, à l’origine a été discutée, conçue en théorie par la Cedeao dont la France a essayé de déstabiliser sa mise en place qui devrait intervenir depuis 2019 et qui, aujourd’hui est un peu secouée par cette tentative de déstabilisation de la France qui continue. Les peuples doivent s’en saisir pour réellement prendre leur indépendance, indépendance économique et financière ».

« Nous travaillons pour la France »

Avec le Fcfa, visiblement rien ne nous appartient, à en croire la démonstration de Yves Ogan. « Dans votre poche, si vous avez aujourd’hui 1000F, 20F simplement sont à vous et 80F appartiennent à la France. Cela veut dire que 80% de nos revenus en réalité sont captées par la France avec cette monnaie-là. Pour un salaire de 40 000F, 8000F seulement sont à vous et 32 000F structurellement sont la propriété de la France. Ça veut dire que nous travaillons pour la France, nous travaillons pour enrichir la France ». Pire, « Si nous créons de la richesse, cela suppose que sur notre PIB, 20% seulement de notre PIB sont à nous, le reste c’est de la richesse que nous créons de façon monétaire pour la France », poursuit-il. « C’est elle qui frappe la monnaie. Ce sont ses employés qui travaillent au sein de l’entreprise qui frappe la monnaie à la Banque de France. C’est elle qui détermine les agrégats macroéconomiques sur lesquels cette monnaie va reposer et qui ne sont pas en réalité des agrégats macroéconomiques que nous visons dans nos pays. Ce sont des agrégats européens. Evidemment, dans ses conditions, vous avez une monnaie qui est chère, d’où les taux d’intérêt de 12, 5, 14%. Si vous faites un prêt de 1 milliard pour un particulier à 12,5 % supposons pour la construction d’un immeuble. Mais vous allez le rentabiliser quand ? Autrement dit, vous ne le rentabiliserez jamais parce que le taux d’intérêt est trop élevé, le loyer de cet argent est trop cher. De même, dans notre économie réelle les Pme et les Pmi, elles ont accès théoriquement au crédit mais elles n’ont pas la facilité d’avoir le crédit qui leur permet d’investir parce que les taux d’intérêt sont trop élevés », a-t-il décrypté.

« Nous n’en bénéficions pas »

Le Fcfa, persiste Yves Ogan, plombe les efforts de développement des pays africains. Il a donné pour preuve le cas du Bénin qui ne devrait plus être à ce niveau vu la rigueur de la gouvernance Talon. « Regardez le Bénin actuel. Les résultats économiques que nous avons, ce sont des résultats de Patrice Talon. Vous avez un Chef d’Etat aussi rigoureux, qui gère une monnaie qui sera propre à lui, propre à son pays, avec cette rigueur vous voyez bien que nous serons déjà à deux doigts d’être parmi les pays les plus respectés et les pays les plus développés qui puissent exister. Lorsque nous travaillons au Bénin de la sorte avec cette force, la force avec laquelle nous maitrisons nos données économiques, et aujourd’hui les résultats que nous produisons en réalité nous n’en bénéficions pas. Ces résultats vont ailleurs ».
Au regard de la Constitution, il faut, souligne-t-il, que le peuple à qui la monnaie appartient, fasse son choix. Ceci, à travers ses élus au Parlement. Ce dont il s’agit ce mardi. « C’est tout à fait légitime que l’Assemblée nationale se saisisse de cette question et la pose sous forme de débat oral avec discussion qui s’ensuivra au gouvernement. Mais c’est le peuple qui est pris à témoin ». La France, a-t-il fait observer, a empêché plusieurs fois les peuples africains de disposer de leur propre monnaie. Il a évoqué, pour illustration, le cas de la monnaie Eco Cedeao qui devrait être mise en circulation en principe à partir du 1er janvier 2020. Mais qui, par l’action de la France a connu un ralentissement pour sa mise en œuvre du fait de la création d’une autre Eco Uemoa concurrentielle.
Vu que la France elle-même a déjà tourné dos au Cfa parce que récemment leur Assemblée a voté un texte qui y met fin, le Directeur des services législatifs à l’Assemblée nationale du Bénin conclu que « Les peuples africains doivent faire ce choix ». En clair, « pour les Africains le Fcfa ne doit plus exister en conséquence du vote en France ». Quoi espérer des députés béninois ce jour ? Yves Ogan « espère que les députés béninois auront le courage, qu’ils auront la force comme ils l’ont toujours eu, de poser le problème de la façon la plus profonde que possible, qu’un choix soit fait et je ne pense pas qu’un choix définitif soit fait, mais qu’un choix de principe soit acté à partir de demain (mardi 22 décembre 2020 ».

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