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Eurydoce Godonou, blogueur littéraire : « La piraterie va exister tant qu’il y aura des personnes pour écrire de bons livres »

Le spécialiste de l’information documentaire soutient qu’il est possible de réduire sensiblement l’ampleur de la piraterie, mais jamais la pratique ne peut être éradiquée. Il y a piraterie, surtout sous nos cieux, en Afrique et au Bénin, à cause de trois facteurs : d’abord parce qu’il y a un produit, ensuite parce qu’il y a des consommateurs qui n’ont pas les moyens d’acquérir le livre original ou qui n’ont pas été habitués à investir dans la culture, enfin, parce qu’elle est un métier de survie pour les auteurs. Eurydoce Godonou, auteur du blog ‘’Saveurs livresques’’ indique comment amener les Béninois à préférer acquérir les œuvres originales.

Propos recueillis par Sêmèvo Bonaventure AGBON

 

Bénin Intelligent : La piraterie des œuvres littéraires ou d’esprit, à qui la faute ?

Eurydoce Godonou : C’est une question très intéressante, et elle n’est pas vite répondue. A mon avis, on peut noter trois facteurs.

 D’abord, il y a piraterie, parce qu’il y a un produit. Dans toute l’histoire de la piraterie, il y a toujours un produit à pirater. Je veux dire qu’on ne pirate pas du vent. 

En ce qui concerne les livres, on dira qu’il y a piraterie des œuvres littéraires parce que des écrivains écrivent, et souvent de bons livres. Vous allez voir que les livres les plus piratés, les plus distribués gratuitement ou vendus moins cher, sont ceux livres ont un certain intérêt.

 Prenons par exemple Père riche Père pauvre de Robert Kiyosaki, Réfléchissez et devenez riche de Napoleon Hill, La magie de voir grand de David Schwartz ou des œuvres encore plus récentes comme Né un mardi d’Elnathan JohnCe sont des ouvrages à succès qui sont assez piratés.

Plus un auteur a de la notoriété, plus il risque d’être piraté.

La deuxième cause de la piraterie, c’est l’existence de consommateurs. Dans le monde entier, il y a des œuvres qui sont piratées. 

Je vais parler précisément de la piraterie des œuvres littéraires en Afrique et au Bénin. 

Nos populations consomment des livres piratés parce que souvent, elles n’ont pas les moyens d’acquérir le livre original, la version authentique. Pour elles donc, la piraterie est un moyen d’accéder aux livres. C’est un peu délicat à admettre, mais par la piraterie, elles jouissent de leur droit universel à accéder à l’information. Je sais que beaucoup de Béninois payent des livres, mais la majorité n’a pas les moyens d’acquérir certains livres. Quand ils coûtent 1000 F ou 2000 F, ça peut aller. Mais quand le prix s’élève à 10 000 F ou 20 000 F, 30 000 F ou 50 000 F, le recours aux versions piratées est une grande tentation.

Par ailleurs, les citoyens ne sont pas éduqués à investir dans la culture. 

Enfin, il y a piraterie tout simplement parce qu’il y a des pirates. C’est leur métier et il s’agit donc d’une question de survie.

Comment lutter efficacement contre ce phénomène ?

Déjà, il ne faut pas se faire d’illusions. La piraterie existera toujours.

Mais, comment faire pour que les auteurs soient moins impactés ? 

Je pourrais parler de ce qui se fait avec plus ou moins de succès dans certains pays européens, mais nous n’avons ni la même histoire, ni le même niveau de technologie, ni la même réglementation.

Restons donc dans le contexte béninois et africain.

Il faut éduquer le public à acquérir les livres.  Les parents et le système éducatif doivent montrer aux jeunes la valeur des livres. Ils doivent faire en sorte que les jeunes soient fiers d’acquérir légalement des ouvrages et de contribuer ainsi à la vitalité de la littérature. Tout Béninois devrait être fier de dire « J’ai une édition authentique de Doguicimi de Paul Hazounmè dans ma bibliothèque. C’est ma manière de rendre hommage à son auteur ! »

Il faudrait aussi qu’il y ait des librairies partout sur le territoire, facilitant ainsi l’accès des populations à l’information documentaire.

Il faut aussi penser à réduire le coût des livres. Et pour cela, l’État devrait soutenir les imprimeurs, les éditeurs et les libraires.

Le prix ne va jamais combler les efforts de l’auteur. Mais dans la réalité, le pouvoir d’achat du Béninois est faible. Alors, il est bon que les livres soient à un prix raisonnable.

Pour finir, il faut réprimer les pirates et les consommateurs d’œuvres piratées en vertu de la loi n° 2005-30 du 5 avril 2006 relative à la protection du droit d’auteur et des droits voisins en République du Bénin.

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