Vous êtes ici
Accueil > Actualité > Exposition “K’Art Djogbé” : La leçon de vivre ensemble des œuvres en pierre de Charly Djikou

Exposition “K’Art Djogbé” : La leçon de vivre ensemble des œuvres en pierre de Charly Djikou

Le père de la sculpture de la pierre, Charly Djikou était en vernissage d’exposition hier jeudi soir au Centre culturel français de Cotonou. Occasion pour le public de savourer les œuvres qui illustrent le génie d’un artiste mythique.

Par Sêmèvo Bonaventure AGBON

Les œuvres, elles sont en marbre ou granite. Des richesses abandonnées des localités de Dan, Lanta, Dassa et Savalou que Charly Djikou ramène jusqu’à son atelier à Akassato. Elles y passent des jours voire des mois. Armé de détermination, son inspiration aidant, l’artiste les décharge de leur état brut.  Visage protégé de la poussière pierreuse, corps en sueur, des sommeils sacrifiés… c’est à ce prix qu’il leur donne forme, une forme qui parle aux hommes.

Au Centre culturel français hier, 21 de ces œuvres étaient l’attraction. Dêwatoun ; Anangonou ; Hêgbazamê II ; Les trois amis… pour ne citer que celles-là. Dans la salle dédiée au vernissage, chacun est occupé à admirer, à lire les inscriptions accompagnant les œuvres. Un public de nationaux et d’étrangers. En groupe de trois ou quatre devant une œuvre. On se prend en photo à côté. On tourne autour comme pour mieux voir, mais en réalité on veut savoir ce que signifie l’œuvre sculptée dont le charme conquiert très vite. Puis on s’assemble autour de l’artiste Djikou.  On écoute ses explications avec recueillement. Émerveillé, le public sourit, certains l’étreignent.

Dans l’ensemble, les œuvres exposées portent sur le vivre ensemble. Pour qu’il soit pacifique, chaque membre de la communauté doit cultiver certaines valeurs dont le respect mutuel et la tolérance. C’est ce qu’évoque le thème du vernissage : « K’Art Djogbé ». « Vivons ensemble. Restons ensemble », exhorte calmement l’artiste Djikou aux côtés de la directrice du Centre.

Trois œuvres pour illustrer le vivre ensemble

– L’œuvre ‘’Hêgbazamê’’ par exemple appelle à la retenue. Elle représente en effet « un corps d’oiseau qui a une tête d’homme avec un bec attaché au bout. L’oiseau a une particularité que Dieu lui a donné : il peut voir tout ce qui se passe de l’espace et descendre après dans un petit coin pour voir le détail. Pourtant il n’a rien à dire à part ses cris. La nature lui a attaché le bec, il ne dit pratiquement rien. Donc si nous avons la chance de voir beaucoup de choses, essayons de dire peu », a expliqué Charly Djikou, l’auditoire médusé.

-Comme son nom l’indique, l’œuvre ‘’Sagesse’’ invite à la sagesse. Elle doit être une couverture pour notre tête toute la vie.

-Enfin, l’œuvre ‘’Les trois amis’’ présente trois personnages ; l’un brute, l’autre effilé et le dernier a une forme arrondie. Pour dire, conclu Djikou, qu’« on peut être trois amis, chacun dans sa forme, dans sa pensée, sa liberté. N’empêche qu’on soit amis.

Comme il se plait à le dire, Djikou est un enfant de la rue. Il s’y est retrouvé à 11 ans. Mais âgé aujourd’hui d’environ 46 ans, il ne regrette pas ce pan de sa vie. « C’est la rue qui m’a tout donné : mode de vie, sagesse, métier. Je n’ai jamais été en apprentissage chez quelqu’un. J’ai trouvé dans la rue une liberté totale qui m’a permis de toucher à plusieurs matières : bronze, bois, fer, argile. Voilà ce qui fait m’a diversité ». Ainsi, il s’est spécialisé dans la sculpture de la pierre. Une manière de valoriser ces matières dont le Bénin dispose. Il les met surtout au service de l’histoire et l’identité africaine. La preuve, ces œuvres portent presque toujours des cicatrices, marque identitaire de nombreuses ethnies.

 

Laisser un commentaire

Top