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Exposition : La richesse patrimoniale de Xwéda, Hogbonou et Agbomè révélée par les étudiants de l’Inmaac-Uac

Les richesses patrimoniales de trois villes phares du Bénin mises en lumière. Pendant dix jours, les étudiants de l’Institut national des métiers d’art, d’archéologie et de la culture (Inmaac-Uac) invitent les béninois à contempler Xwéda (Ouidah), Hogbonou (Porto-Novo) et Agbomè (Abomey) en une soixantaine d’oeuvres photographique et plastique. L’exposition qui constitue la deuxième activité du projet “Patrimoines en lumière” financé par l’ambassade de France, a été lancée mardi 19 septembre par le vice-recteur chargé des affaires académiques.

Par Sêmèvo Bonaventure AGBON

“Coexistence pacifique” à Ouidah

Découvrir ou redécouvrir Porto-Novo, Ouidah et Abomey pendant dix jours à l’Uac sur l’esplanade à côté de l’Enam. C’est ce à quoi les étudiants de l’Inmaac invitent à travers leurs pinceaux et les objectifs de leurs caméras. Cela leur a valu, d’abord, trois jours de chasse aux images des sites patrimoniaux des trois villes concernées et, ensuite‚ une résidence de création d’une semaine pendant laquelle ils ont donné libre court à leur créativité. Et les fruits sont là. En deux allées de deux rangées d’œuvres chacune élevées sur des châssis, le public est soumis à deux regards artistiques. «D’un côté‚ le travail des étudiants en cinéma qui ont fait des photos, de l’autre‚ le travail des étudiants en art plastique. L’idée c’est de leur faire restituer ce qu’ils ont vu lors de la visite de ces villes», résume docteur Blandine Agbaka, coordinatrice de l’exposition.

«Améliorer la visibilité du patrimoine culturel dans l’enseignement supérieur; impacter la jeunesse béninoise et la rendre sensible au patrimoine culturel»

A Ouidah, la ”Coexistence pacifique” des religions a séduit Caleb Adéléké, étudiant en 3ème année d’art plastique. Sujet qu’il a illustré par le face-à-face unique entre ”Temple des Pythons” (reptiles tutélaires des autochtones) et Basilique catholique ”Immaculée conception” construite par des adeptes Vodun sur une terre cédée par les Vodunsi. Sur le tableau, une adepte se tient symboliquement, pythons au cou, devant la majestueuse infrastructure religieuse en arrière-plan. «C’est dans l’optique de mettre en lumière cette entente qui existe entre les religions ici»‚ justifie l’artiste. Impossible de séparer Hogbonou du culte des Zangbetô. La capitale politique du Bénin abrite leur siège mondial érigé en 2000. Un géant monument reproduit avec finesse par Francis Dubogan, étudiant en 2ème année. L’œuvre intitulée ”Les gardiens de la ville” emprunte la technique d’acrylique sur toile. Il aura fallu à son auteur trois jours de travail pour rappeler que “Bien avant la Police, institution héritée de la colonisation, ce sont eux, les Zangbeto datant du roi Tê-Agbanlin, qui assuraient la sécurité». Parlant de religion, Aurole Djivoedo, étudiante en 3ème année s’est plutôt complaîte à reproduire la mosquée “en forme de basilique” de Porto-Novo construite de 1911 à 1935, et restée inchangée jusqu’à ce jour.

La réalisation du projet a démarré depuis le 28 septembre 2021, a dévoilé la représentante des étudiants. Il réunit les étudiants en Administration culturelle, en Art plastique et en Cinéma audiovisuel de l’Inmaac. Le projet, a indiqué Dr Didier Houénoudé, directeur de l’Inmaac, vise à «améliorer la visibilité du patrimoine culturel dans l’enseignement supérieur; impacter la jeunesse béninoise et la rendre sensible au patrimoine culturel; introduire les étudiants, ceux de Génie civil, Construction, Architecture, et de Géographie et aménagement du territoire à la connaissance et la reconnaissance du patrimoine immobilier et archéologique; et outiller les professionnels de la Construction et de l’aménagement du territoire à l’identification du patrimoine archéologique et immobilier et sa valorisation dans le plan d’aménagement et d’urbanisme du territoire». Dans sa phase organisationnelle, «l’exposition est une forme d’exercice pratique pour les étudiants en Administration culturelle sous la coordination des chefs de département»‚ a-t-il ajouté. «A l’Inmaac nous formons aussi ceux qui gèrent la carrière des artistes, ce n’est pas normal que l’artiste soit préoccupé à créer et se préoccuper encore de la gestion de sa propre carrière»‚ a appuyé docteur Blandine Agbaka.

Identité

Dorothée Dognon et Verckys Ahognimètché, sont les deux encadreurs des étudiants pendant les sept jours de résidence. Ce dernier qui a coaché 23 étudiants, décrit l’ambiance du travail : «Les étudiants ne se sont pas fait prier. Vous voyez le résultat. Nous avons été là simplement pour les orienter par rapport au thème choisi, puisque la plupart montait sur cette dimension de châssis pour la première fois. Nous avons travaillé à la peinture professionnelle acrylique; beaucoup d’entre eux n’avaient encore jamais touché. On était là pour les orienter, aider à trouver les tonalités, à continuer les valeurs et à terminer les œuvres. L’inspiration était libre. Les étudiants se sont appropriés les données sur le terrain, les ont interprétées et les ont transcrites sur les toiles pour avoir les œuvres».

«Le patrimoine culturel n’est pas seulement l’apanage des historiens ou des historiens de l’art mais il constitue un défi collectif de survie dans un monde globalisé où l’identité culturelle est un trésor à préserver»

La capitale historique du Bénin est fortement présente parmi les œuvres. Les excellentes photographies et tableaux de Kevyn Dagba, Haoudou Fabrice, Luc Maurice Landé… donnent à imaginer la fureur des “Agoojié” (Amazones)‚ s’incliner devant, l’Iroko divinisé, le Hêbiosso justicier, ou le Assin du roi Ghézo, sans oublier les murs ornés de bas-relief et les beaux palais royaux‚ objet d’excitation. «Nous proposons une approche beaucoup plus thématique en présentant les emblèmes des royautés dans ces trois villes, tout ce qui est traditions, tout ce à quoi tiennent ces grands royaumes et qui subsistent et passent de génération en génération»‚ décryte la coordinatrice. Séduite par leur profondeur, l’ambassade de France a annoncé une exposition à l’Institut français de Cotonou avant leur récupération, apprend-on, par le ministère du Tourisme, de la Culture et des arts (Mtca). Cette exposition intervient dans un contexte de restitution imminente de 26 œuvres patrimoniales d’Abomey en France depuis plus d’un siècle. Le pays de Macron est heureux de contribuer au rayonnement culturel du Bénin notamment à travers le financement à la construction de musée et réhabilitation de palais royaux, a déclaré Gérald Brun, attaché de coopération scientifique et universitaire à l’Ambassaded

Au nom du recteur de l’Uac, le professeur Patrick Houessou a prononcé le discours d’ouverture de l’exposition. «Il n’est plus à démontrer, dit-il, que le patrimoine culturel, en tant que bien hérité et transmis de génération en génération est un indicateur majeur de notre identité. La jeune génération de plus en plus déconnectée de ses racines doit impérativement mobiliser de nouvelles énergies pour rester consciente des enjeux du patrimoine culturel pour le développement de la nation. Sensibiliser la communauté universitaire sur l’importance du patrimoine culturel dans le développement de la nation, est une action d’importance pour la sauvegarder de notre mémoire collective. Le projet “Patrimoines en lumière” vient à point nommé pour rappeler que le patrimoine culturel n’est pas seulement l’apanage des historiens ou des historiens de l’art mais il constitue un défi collectif de survie dans un monde globalisé où l’identité culturelle est un trésor à préserver».
Après un séminaire de sensibilisation et de formation à la reconnaissance et la connaissance du patrimoine et l’exposition d’art plastique et photographique, le projet se poursuivra notamment avec une création théâtrale et une nuit de la parole.

 

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