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Exposition “Réconciliation et renaissance” : L’histoire de Bonou à travers des œuvres de Roche Popovic

Exposition Bonou

Une cinquantaine d’œuvres ont été exposées, vendredi 23 septembre dans le cadre des Rencontres scientifique et culturelle communautaires de Bonou. L’exposition “Réconciliation et renaissance” présente des œuvres du consul de la Serbie au Bénin, Roche Popovic. Elles « racontent l’histoire de Bonou », résume Martine Boucher, représentant ce dernier.

Par Sêmèvo Bonaventure AGBON

 

Le « singe qui cache la bouche ». Première œuvre qui ouvre l’exposition. Elle est sciemment placée à l’entrée de la salle de conférence de la mairie qui accueille l’exposition temporaire “Réconciliation et renaissance”.

Le public majoritairement constitué d’apprenant.es des classes de Seconde et Terminale, entame ainsi la visite par une note de toponymie. Le nom ‘’Bonou’’ que porte la commune signifie, en effet, « se taire ».

Il vient d’une injonction que les habitants de la région devaient observer pour échapper aux razzias négrières.

« Bonou, c’est lié à l’histoire des exactions connues et vécues par les populations qui étaient en quête de paix et de sécurité. Et pour avoir cette paix et vivre en toute quiétude, elles étaient obligées de respecter le mot d’ordre qui est de « fermez votre bouche… On leur recommandait tout simplement la discrétion pour ne pas attirer l’attention sur leur présence dans la région qui était pourtant difficile d’accès, puisque les razzieurs avaient toutes les stratagèmes, astuces pour aller dénicher et capturer les esclaves dont ils avaient besoin », décrypte docteur Ebenezer Sèdégan, enseignant des Arts et histoire contemporaine à l’Université d’Abomey-Calavi.

 

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Masques‚ récades‚ autel‚ calebasse‚ déités‚ trône‚ tam-tams (savi)‚ Fatè (tableau divinatoire du Fâ), épées…Les autres œuvres révèlent le culte et la riche culture vodun. Elles illustrent également la diversité ethnique.

Les objets provenant aussi bien d’artistes Holli que de Fon et Yoruba. « 75% de ces pièces sont du Bénin », relève Aristide Agondanou, manager d’artistes et acteur du montage de l’exposition. « Certaines sont du Congo, du Nigeria, du Sénégal…les pièces sont des nomades. La collection de Popovic est immensément riche », ajoute-t-il.

L’autre pan de l’histoire de Bonou abondamment illustré dans cette exposition touche à la résistance de Gbêhanzin contre l’envahisseur français. C’est à Bonou, ex-Dogba que l’avant dernier roi du Danxomè a vaincu les troupes françaises menées par le commandant Faurax. Lui-même tué par la ‘’agoojié’’ (amazone) Yètinmè.

Son tombeau situé justement dans la commune, fait aujourd’hui encore, objet de visite et de dépôt de gerbes de la part des expatriés français, confie Romain Bonou Oké, guide de tourisme.

Destination privilégiée

L’exposition ne vise guère à réveiller des histoires douloureuses, tempère-t-on. La cinquantaine d’objets exaltent tout simplement les valeurs de paix‚ justice‚ liberté et de patriotisme qu’incarnent ou devraient incarner les fils/filles d’une cité.

Ceci à travers la vaillante résistance de Gbêhanzin contre l’envahisseur français‚ la bravoure de la femme béninoise et la rigoureuse organisation sociopolitique des anciennes sociétés notamment avec les chefferies traditionnelles.

« Je suis beaucoup impressionné. J’ai eu beaucoup de connaissances. Avant on nous en parle théoriquement à l’école, mais nous n’avions jamais touché du doigt cette histoire de l’esclavage et de la résistance ». Prudence Agossou, élève en classe de 2nde A est impressionné.

De même que Zoumènou Armelle, en classe de 1ère A2 au Ceg1 Bonou ; elle aussi est « vraiment contente » et assure avoir « retenu beaucoup de choses sur mon pays et surtout sur ma commune Bonou ».

 

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Révéler Bonou ! Tel est le leitmotiv derrière l’organisation des Rencontres scientifique et culturelle communautaires de Bonou. Les cadres de la commune, à commencer par l’autorité royale, ne supportent plus l’anonymat de la région au plan touristique.

« Bonou est une région qui regorge d’histoire mal connue. La région n’est pas assez valorisée. Nous souhaitons désormais que Bonou devienne une destination privilégiée », formule avec fermeté le roi Houezêzoun Alochehou.

Le contexte au niveau national se prête justement à cette ambition :

« Nous nous sommes lancés dans la vision du chef de l’État Patrice Talon. Dès son arrivée au pouvoir il a engagé de grandes réformes qui se sont intéressées aux secteurs de la culture et du tourisme…Ce que nous sommes en train de faire, c’est tout simplement révéler Bonou à travers tout ce qui est culture, tout ce qui est potentiel touristique. C’est pourquoi nous avons saisi cette brèche ouverte par le président de la République », avoue Thierry Tolègbé, maire de la commune.

À l’arrivée, une réécriture de l’histoire (de Bonou) devrait aussi être opérée. Le gouvernement a installé une commission à laquelle il a confié la tâche sensible d’écrire une histoire générale du Bénin qui restitue la vérité.

Pour Bonou, le roi Houezêzoun Alochehou a le même souci. « Beaucoup de choses dans les livres d’histoire ne restituent pas la vérité et ne nous honorent pas », s’offusque-t-il.

Et de lancer « Nous demandons aux historiens, sociologues de venir fouiller, faire des recherche ici à Bonou, de ne pas rester dans les bureaux pour écrire l’histoire de Bonou ».

Le roi Houezêzoun Alochehou pose avec les visiteurs

Les œuvres en exposition constituent donc de la matière pour les chercheurs. « Ça permettra aux chercheurs, aux sociologues de toucher à la matière, parce que quand tu veux écrire une histoire, si tu n’es pas sur le terrain, si tu ne touches pas à la pioche, ça va être difficile pour toi… », appuie Aristide Agondanou.

L’exposition court une dizaine de jours.

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