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Fayçal Memako Abibou, Sg ‘’Jeunes médiateurs du Bénin’’ : « En politique, il n’y a pas de génération spontanée »

Parmi les thématiques les plus préoccupantes de ce siècle figure la représentativité efficace des jeunes dans les grandes instances de prise de décisions. Il ne s’agira pas, pour atteindre cet idéal, distribuer des postes aux jeunes. Il faut que ceux-ci y arrivent à la sueur de leur engagement politique. Car, « en politique, il n’y a pas de génération spontanée », soutient Fayçal Memako Abibou. De l’avis du secrétaire général de l’association des « Jeunes médiateurs du Bénin » et membre de la 8ème édition du programme ‘’Jeunes leaders du Bénin’’, que les jeunes le veuillent ou non, la politique conditionne leur mode de vie dans la société. Dans cet entretien, il observe toutefois que le manque de moyens émousse l’ardeur de certains jeunes et exhorte ceux qui sont déjà bien positionnés à être des modèles.

Propos recueillis par Arnauld KASSOUIN (Coll.)

Bénin Intelligent : Quel sens donnez-vous à la “gouvernance politique” ?

Fayçal Memako Abibou : La politique elle-même étant l’art de gérer la cité, la gouvernance politique est donc l’ensemble des actions que mènent les différentes autorités publiques dans le but de bien gérer les affaires de la cité.

Au regard de la réalité qui fait montre que tous les candidats et élus aux postes politiques ont une limite d’âge rapprochant la quarantaine ; doit-on croire que la jeunesse béninoise actuelle est apolitique ?

La jeunesse béninoise n’est pas apolitique. Je me demande même si face aux défis auxquels celle-ci est confrontée, elle peut se déclarer comme telle. Puisque le fait même d’exprimer son droit de vote nous éloigne de toute théorie qui semble apolitique. Ceux qui disent qu’ils sont apolitiques le font juste pas pure hypocrisie ou parce qu’ils ne veulent du tout parler de politique.

Certains pensent que l’engagement des jeunes en politique est un défi. Que comprendre par engagement politique ?

L’engagement politique est un sacerdoce. Celui qui dévie plus tard a certainement dès le départ un but intéressé derrière la tête. Donc son engagement était intéressé et non par conviction. C’est aussi le fait de se mettre au service des communautés dans le but d’influencer les décisions politiques. Il est peut-être une nécessité. Mais l’engagement politique n’est en aucun cas une valeur qu’il faut à tout bout de champ imposer à tout le monde.

Des décennies en arrière, le militantisme, les courants d’idée de panafricanisme, et de lutte contre l’asservissement occupaient une place de choix chez la jeunesse dans toutes les sociétés africaines dont le Bénin. Qu’est-ce qui expliquerait le peu de militantisme de nos jours ?

Les idéaux existent toujours. Seuls ceux qui sont à même de mener ces luttes se font rares. Et tout s’explique par le fait que le nombre de diplômés en 1990 diffère de celui d’aujourd’hui. Tout le monde est à la quête d’épanouissement de nos jours. Quand il y a un appel à candidature, ou un concours pour recruter 100 personnes, presque 8 ou 10 mille personnes font le dépôt de leur dossier. Tout s’explique par cet exemple mis en exergue. Ventre affamé n’a point d’oreilles dit-on. Pour mener une lutte, il faut avoir les moyens de porter haut ses idéaux. Mais certains sont résilients. Ils continuent de mener des actions pour la libération totale des peuples. Sauf, qu’il y un paradoxe. Il y a un paradoxe auquel on ne saurait trouver son paroxysme. Certains se réclament être panafricanistes de diverses manières. Pire, l’objet de leur lutte n’est jamais assez clair. Ce n’est pas tout. Qui est-ce qui finance ces derniers ? Si ce n’est pas les mêmes qu’ils critiquent.

Quand il a lieu de parler de l’implication des jeunes en politique, le manque d’idéal et de modèle de réussite surviennent. La désaffection des jeunes envers la chose politique serait-elle liée à ce facteur ?

Il n’y a pas de désaffection des jeunes envers la chose politique. Il n’y a qu’une crise de confiance entre les jeunes envers leurs dirigeants qui s’observe et se perpétue. Certains jeunes confondent également le militantisme au fanatisme. En politique, on peut ne pas être du même bord politique et se faire des critiques. Si notre responsable n’est pas en droite ligne avec nos convictions, on peut lui faire savoir qu’il avance droit dans le mur. Tout cela est possible. Mais chez nous, le constat est tout autre. La politique au Bénin est une question de moyens. Vous avez beau être un intellectuel pointilleux, si l’illettré du village a plus de moyens que vous, il sera en position de force et vous en position de faiblesse. C’est quand on aura détaché l’argent de la politique qu’on pourra savoir si la jeunesse s’intéresse ou pas à la chose politique. Pour preuve, aux législatives de 2019, plusieurs jeunes ont voulu servir leur patrie mais il faudrait respecter un certain nombre de critères. Ce qu’ils n’ont pas pu. Maintenant, je tiens à clarifier que sur cette terre il n’y a pas un modèle de réussite. Il y n’a que certaines valeurs qu’on peut admirer. Je le dis parce que chacun de nous a ses valeurs et ses vices. Quant à l’idéal, il existe. Mais le problème, c’est que lorsque l’accomplissement d’un idéal n’arrange pas certains hommes politiques, ceux-ci s’érigent en contradicteurs ou bourreaux pour détourner votre objectif.

Si la politique est le champ qui permet le mieux de faire porter sa voix, pourquoi les jeunes doivent-ils s’impliquer davantage dans la gouvernance politique ?

Que les jeunes le veuillent ou non, la politique conditionne leur mode de vie dans la société. S’ils ne sont pas capables de mieux faire porter leur voix par des associations politiques, ou apolitiques, s’ils ne sont pas capables de mieux faire porter leur voix en décriant le calvaire et le carnage subis dans la perspective de proposer des apports de solutions, ils resteront scotcher aux décisions des politiques qui n’ont pu rien apporter depuis des décennies. Quoi qu’on fasse personne ne viendra bâtir notre avenir à notre place. D’ailleurs le Bénin est un État souverain.

Seriez-vous partant pour une discrimination positive avec une loi définissant un nombre spécial de sièges pour les jeunes au sein des grandes instances de prises de décisions ?

Je n’ai jamais été pour la politique jeune pour jeune. Dans notre société, il existe des jeunes qui sont idiots et des vieux qui ont la sagesse. Je ne serai pas pour les mérites par les textes mais plutôt les mérites par les talents. Le mérite par le privilège est une tricherie modernisée. C’est en cela d’ailleurs que je n’apprécie guère l’Institut national de la femme. Parce qu’il serait mieux que les femmes occupent les places de décisions par mérite et non par privilège. Quand même je proposerais qu’on amoindrisse les conditions à remplir pour les élections ou pour toutes sortes de challenge. Pour les élections législatives par exemple, je souhaiterais bien que l’âge minimal pour porter sa candidature soit de 18 ans. Maintenant, diminuer les coûts de la participation afin de permettre à tout désireux de pouvoir se présenter comme candidat aux différentes élections dans notre pays. Dans cette optique, je pense que les jeunes chercheront à apprendre de leurs aînés. S’ils échouaient, ils devront développer des capacités qui les feront porter haut dans le futur.

L’une des aspirations profondes de la jeunesse est d’en finir avec le système qui les considère exclusivement comme un marché de bétail électoral, quelles propositions et procédures suggérez-vous aux jeunes pour arriver à cet idéal ?

Si les jeunes souhaitent rester comme des bétails électoraux on ne pourra rien n’y changer. Pour ma petite expérience par exemple, j’ai eu à militer du côté de l’opposition avant d’être de la partie proche du pouvoir. Au cours de nos assises, quand on nous envoyait coller des affiches dans la ville, moi personnellement je refusais. J’ai toujours été contre le fait que les jeunes ne soient utiles que pour coller des affiches. Il faut dire aussi que c’est un problème de manque d’éducation, d’honnêteté envers soi-même et de dignité. La jeunesse d’aujourd’hui à deux défis à relever. En premier lieu, il s’agira de l’autonomisation et de l’emploi. En second lieu, le manque de formation. Parce qu’en politique, il n’y a pas de génération spontanée. Donc on aura à apprendre toujours d’eux. Soit de leur échec pour pouvoir mieux revenir sur l’échiquier politique soit de leurs bonnes actions qui serviront d’échelle, de mode de conduite pour nous. À l’endroit de la jeunesse, je la convie à être résiliente, sinon elle se fera vite marcher dessus. Aussi, la jeunesse doit avoir des objectifs réalistes et réalisables sur le long terme. De même que se battre pour être autonome.

Comment changer le regard des jeunes vis-à-vis de la politique qu’ils considèrent majoritairement comme un terrain où règnent la méchanceté, la machination, et où la loi du plus fort est la meilleure ?

La politique, c’est faire le vœu de servir sa communauté. Alors, ils doivent s’attendre à tout. La politique est un sacerdoce. C’est une passion qu’il faut vivre à fond. Rien qu’en s’engageant, on peut perdre sa vie. Comme on peut vivre toute sa vie rien qu’en faisant la politique. Il n’y a pas de cause pour aller en politique. Il n’y a que des défis. Si quelqu’un y va parce qu’il a pour objectif qu’on lui demande plus son curriculum vitæ, il doit avoir aussi en tête qu’il ne sera exploité que par quelqu’un. Personnellement, je rêve d’une classe politique éprise de justice sociale, de paix, et d’amour. Parce que nous avons réussi à faire de la méchanceté une valeur au sein de la classe politique béninoise. Pour les jeunes passionnés de la politique, ils ne doivent pas s’attendre à une rémunération. Ils doivent savoir que la politique est comme un jeu d’échec.

Quelle appréciation faites-vous de la représentativité des jeunes au sein des grandes instances de prise de décisions sous l’ère de la rupture ?

Le pouvoir en place a donné la chance aux jeunes d’être représentés. Mais la question qu’il faut se poser est de savoir ce que font réellement ceux qui ont été portés haut par le président Talon pour que d’autres jeunes émergent… Sur ce point, il reste à faire. Et si les jeunes qui sont en position de force aujourd’hui ne pensent pas à leurs confrères, lorsqu’ils seront en position de faiblesse ce ne serait pas beau à voir.

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