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Festival ‘’Afrique du rire’’ à Cotonou : Satire sociale sur fond d’humour

Le Bénin a accueilli, samedi 15 février à Canal Olympia la troisième édition du Festival ‘’Afrique du rire’’ initié par le comédien Ouallas. Pendant plus de trois heures d’horloge, onze comédiens de plusieurs nationalités se sont succédés au podium pour faire rire, grâce à des dérisions et anecdotes, des centaines de spectateurs. A la fin, on a pu découvrir que quoique éloignées, les populations africaines se ressemblent dans leurs valeurs comme dans leurs déviances…

Par Sêmèvo B. AGBON

L’attente a été un peu longue, le temps de permettre à l’équipe technique d’apprêter toutes les commodités. Lorsque tout fut prêt, les spectateurs commencent par affluer en solo ou en duo. Les femmes tiennent des fleurs à leur offertes par le staff pour coller à l’actualité de la Saint Valentin. En un laps de temps, la salle de cinéma de Canal Olympia bonde, au point que des gardes de corps ainsi que d’autres personnes ont manquèrent de sièges.

Digbeu Cravate et Gohou Michel

Devant, le podium est une simulation écolo réussie pour donner l’impression d’un milieu naturel. On y voit, en fond de scène, à l’extrême droite un tableau rectangulaire renvoyant à une forêt, à l’extrême gauche, deux sièges blanc disposés près de géantes fleurs vertes comme dans un jardin public. Le milieu est libre, et c’est delà que les artistes comédiens feront leur apparition et retour sous la grimace des lumières éblouissantes et la direction du Dj marocain, les mains agiles sur les boutons de la platine.

A ce rendez-vous africain du rire, trois humoristes ont porté les couleurs du Bénin. Pacheco (Pascal Atoukou), Fridaousse Iffabi et Avaligbé Judicaël (Kromozom). Comme l’indiquait Digbeu Cravate lors d’une conférence de presse le mercredi 5 février, le festival vise surtout à promouvoir les jeunes talents. Samedi dernier, ces trois ambassadeurs du Bénin ont montré aux spectateurs ce dont ils sont capables. Et leurs passages ont comblé les attentes. En témoignent les éclats de rires interminables qu’ils ont suscités régulièrement. Au moyen d’anecdotes et d’ironie ils ont montré que la relève de l’humour africain est assurée.

« Le Bénin est le seul pays au monde où quand tu te promène tu vois un chemin de fer mais jamais le train », ainsi parlait Pacheco, déclenchant des acclamations. Celui-là qui se sent « indigné qu’on dise que le Bénin est un pays de sorcellerie où on mange la chair humaine ». Un silence glacial envahit alors la salle, mais à la surprise générale, l’indigné se rétracte pour confirmer ce qu’il condamnait. « Au fait c’est vrai ! Les sorciers béninois donnent aujourd’hui des masters class aux autres sorciers de la sous-région ». Tonnerre bruit de rires ! Et ce n’est pas tout, car Pacheco s’est montré assez pétri d’idées pour dénoncer subrepticement le snobisme chez ses compatriotes. « Je vois des Ivoiriens qui vont en France et des années après reviennent au pays en gardant toujours leur accent ivoirien. Mais tu envoies un Béninois en France pour deux jours, tout le village saura qu’il a été en France. Ma cousine a fait deux mois de stage à l’ambassade de France ici au Bénin, plus personne ne lui adresse de bonjour dans la maison. Parce que quand tu lui dis bonjour : c’est bonjourrr… » L’usage abusif des klaxons n’a pas échappé à la critique de Pachenko. « J’ai appris qu’en Angleterre on n’utilise pas le klaxon n’importe comment. Tu vas dire aux Béninois de ne pas utiliser le klaxon de la voiture qu’il a achetée avec son argent ? Chez nous c’est avec ça nous on salue en circulation : pin pin pin ça va ? pin pin pin vi lèè loo (les enfants) ? Laissez le Bénin aux Béninois. Le Bénin est formidable », a-t-il conclu.

Kromozom

A son tour Kromozom a lui aussi tenu en haleine. Déjà pour se présenter, il a émerveillé la salle restée muette lorsqu’il est monté sur scène. « Je suis trop sapé pour un humoriste, je sais », commença-t-il pour rompre le silence. « C’est dans le sang. Même notre chat porte Louis Vitton ». Puis de continuer « je suis le seul humoriste qui ait fait sept ans d’études après le Bac. 2 ans en 1ère année, 2 ans en 2ème année, etc. » Et pendant ces années de ‘’redoublement’’, il dit avoir fait « une découverte », à savoir que « l’argent est beau ». Alors, «C’est qui le salaud qui a dit que l’argent ne fait pas le bonheur ? Quand tu as l’argent tout change. Quand tu as l’argent tu ne parles plus, tu déclames ; quand tu as l’argent tu ne marches plus, tu démarches ; quand tu as l’argent tu ne dors plus, tu siestes ; quand tu as l’argent tu ne manges plus, tu te restaures », a-t-il enchainé. Déclamation Une sorte de déclamation suave qui a enflammé la salle. « Mais l’argent il faut se préparer pour l’avoir sinon tu pète les câbles », conclut-il.

La touche des grands

Avec les ”grands”, le registre du fou-rire s’est poursuivi. A côté de la génération montante, Gohou Michel, Adama Dahico et Ouallas n’ont fait que confirmer le niveau qu’on leur connait. Sans oublier L’Observateur, Sacko Camara, Redouane Bougheraba, Ahmed Sparrow et Kenneth Yannick. Samedi dernier, Gohou a presté en duo avec Digbeu Cravate. Le premier dont l’entrée sur scène a augmenté la tension dans le public s’est fait passer pour celui qui a « enseigné le français aux petits Français de France ». Le second a donc voulu le tester par des questions  de définition. Suivant la logique des préfixe et suffixe, comme Gohou aime à rappeler sans cesse, une ”Démarche bancale”, c’est « la démarche d’un homme politique dans une chambre d’hôtel »; une « République bananière (banane) passe pour celle « qui exploite le plus de bananes », exemple la Côte d’Ivoire; le ‘’Contrebandier’’ est présenté comme celui « qui lutte contre les bandits (exemple le policier) » et le ‘’vagabond’’ est « celui qui va toujours au Gabon ; exemple Ali Bongo ». Et le ”compas” devient la « démarche d’un homme politique d’un point à un autre », exemple Compaoré.  Les spectateurs comprirent très vite la figure de style ainsi employée par l’humoriste pour se moquer d’un dirigeant qui, surpris par la rage de la rue, a fui le Burkina pour se réfugier à Abidjan depuis sa chute du pouvoir.

Pacheco

Dans l’ensemble, à l’étape de Cotonou, l’histoire retiendra que le festival du rire a été l’occasion pour les icônes de l’humour de peindre des réalités sociales, bonnes ou mauvaises. Ils ont montré ainsi combien ils sont attentifs à leurs entourages proches ou lointains. Que ce soit en Algérie, en Tunisie, au Maroc, au Sénégal, en Côte-d’Ivoire ou au Bénin les réalités sociopolitiques sont presque identiques ; les hommes et les femmes présentent presque les mêmes défauts : les femmes aiment trop l’argent, les hommes (maris) aiment tromper leurs femmes, les Chefs d’État aiment s’éterniser au pouvoir, les citoyens conduisent très mal en circulation, des équipes de football recourent aux pratiques mystiques (bo, gri-gri) pour dominer leurs adversaires…Les humoristes ont donc puisé dans toutes ces réalités pour épater les spectateurs qui ont eu d’inoubliables moments de détente pour oublier les ennuis et soucis. Objectif atteint !

Bourses marocaines

Trois apprenants Béninois ont été choisis fortuitement et ont bénéficié de bourses de l’Agence marocaine de coopération internationale, partenaire du Festival ”Afrique du rire”. Il s’agit de Capo-Chichi Sègnissè Adriano (18 ans, première année en Assistanat de direction), Zimé Kpérégui (16 ans, première année de cinéma audiovisuel) et Sominsin Adégnikpo Crépine (première année de cinéma audiovisuel). « Travaillez bien là-bas, soyez notre fierté et revenez avec les qualifications pour lesquelles ces bourses vous ont été offertes », les a exhortés Aurélien Agbenonci, ministre des Affaires étrangères et de la coopération (Maec).

‘’Afrique du rire’’ est un festival itinérant qui démarre principalement au Maroc sous le parrainage du roi Mohamed VI pour ensuite s’étendre dans d’autres pays africains. Il se tient du 6 au 21 février. Le mercredi 19 février, c’est l’étape de Dakar au Sénégal et le 21 février le tour d’Abidjan en Côte-d’Ivoire.

Jean-Claude Houssou, ministre de l’énergie, Oswald Homeky, ministre des Sports et Jean-Michel Abimbola, ministre du Tourisme, des arts et de la culture ont aussi pris part au festival.

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