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Fiff Cotonou 2021, 2ème journée : Six différents regards féminins sur des sociétés oppressantes

Le cinéma a bien d’adeptes parmi la population béninoise. Après une matinée de rencontre avec la guest star Jupiter Touré, le Festival des films de femmes de (Fiff) Cotonou 2021 s’est poursuivi le soir du mercredi 8 février au centre culturel Artisttik Africa d’Ousmane Alédji, à Agla, où six films en compétition ont été projetés. L’œuvre des réalisatrices issues de différentes contrées se rejoignent sur les laideurs de la société à exorciser.

Par Sêmèvo Bonaventure AGBON

Respect scrupuleux de l’heure fixée. La salle d’environ deux cents places s’est très vite comblée sans que des cinéphiles ne cessent d’affluer encore. Toutes lumières éteintes, le documentaire ‘’ConfidentiELLES’’ de la malgache Rotsy Koloina Andriamanantsda ouvre le bal. 25min de concentration, de silence rompu de temps en temps par des émotions irrépressibles. La réalisatrice de 29 ans plonge le public dans la situation des femmes dans la Grande île. « Ici, nous, femmes, sommes considérées comme étant l’inférieur de l’homme. D’où le célèbre dicton malgache ‘’fanaka malemy’’ traduit grossièrement par « meuble fragile » ou encore ‘’ravaky nytokantrano’’ signifiant « décoration du foyer ». À Madagascar, la femme est considérée comme un « meuble au foyer » dans la société en général ; un meuble ne parlant donc pas, une femme se doit alors de garder ses opinions si elle se donne le droit d’en avoir une. Les exprimer en public est vu en tout cas comme une honte. À travers ‘’ConfidentiELLES’’, film lauréat du Zébu d’Or du documentaire panafricain lors du festival des Rencontres du film court de Madagasikara en 2020, la féministe et humaniste Andriamanantsda lutte contre les pressions sociales.

S’en est suivi ‘’Le sel de Djègbadji’’. La seule œuvre béninoise savourée cette soirée-là est un documentaire de 13min produit dans le cadre d’une soutenance de licence à l’Institut supérieur des métiers de l’audiovisuel (Isma). Sa réalisatrice, Christiana Juliette Amie de Souza, 23 ans, s’en réjouit. « Pour moi, c’est un honneur de faire partie des femmes qui participent à ce festival. Je ne suis pas la seule à avoir déposé de dossier. Nous sommes nombreuses. J’en connais qui ont déposé mais nous sommes seulement deux à avoir été retenues, l’autre est dans la catégorie fiction. Je suis la seule femme béninoise qui participe à ce festival avec un film documentaire. Pour moi c’est vraiment un plaisir et j’espère remporter l’un des trophées », a-t-elle confié. « Le sel de Djègbadji », c’est l’illustration même de la femme béninoise entreprenante, combattante. Ce « sel » étiqueté du lieu de sa production, avant d’atterrir dans nos maisons, a bénéficié de la détermination des femmes qui en tirent leurs revenus de subsistance. « Ce sont des femmes qui font ce travail et les sous engrangés servent à nourrir leurs enfants, leurs familles. Parce qu’il y en a qui sont veuves. Donc lors des fêtes, les cotisations…ce sont les revenus issus de cette activité qu’elles injectent. D’où pendant la période pluvieuse c’est difficile pour elles », appuie-t-elle.

Tous les films projetés ont en partage de déconstruire des stéréotypes et de révéler la femme dans sa dignité et son travail dans la société. Mais les sujets peuvent être aussi tout simplement humains que les réalisatrices traitent à travers leurs objectifs. « Ethereality » de la rwandaise Kantarama Gahigirl, projetée en troisième position, s’intéresse ainsi à la question de l’immigration et du sentiment d’appartenance. « Stranded in space for 30 years. How does it feel to finally come back ? » ou « Échoué dans l’espace depuis 30. Quel effet cela fait-il de rentrer enfin à la maison ? », interroge le documentaire de 14:41 minutes. Parfois, le foyer peut s’avérer une prison d’où s’évader devient une obession. Ce sentiment, Lilia dans « Et …si » l’a éprouvé. Le personnage de la tunisienne Imen Abou El Wata, incarne toute ces femmes anticonformistes qui se rebellent contre leur « quotidien monotone » où « l’unique rôle consiste à être mère ou épouse ». Avec « L’enfant de l’autre (n’est pas toujours ton esclave) » de 13 : 36 minutes, on est plein pied dans la satire de la famille africaine. La franco-camerounaise Patricia Kwende dans un récit fictionnel, présente Élodie, une jeune africaine venue poursuivre ses études en Europe. À son arrivée, elle s’installe chez son oncle dont la famille va la réduire en esclavage.

Public séduit

Le nom influence celui qui le porte. « La dernière danse » en est (peut-être) la confirmation. Diffusé en dernière position, ce premier film de la sénégalaise Fatoumata Diallo réalisé dans le cadre de l’opération ‘’7 jours pour 1 film’’ organisée au pays de Léopold Sédar Senghor et dont elle a été l’heureuse gagnante, a pour actrice principale Noor. Mourante, cette dernière reçoit la visite d’une voix qui lui propose un choix parmi trois propositions qui arrivent à terme à minuit. Histoire de sentiment ! La ronde et teint clair Marlène‚ étudiante en gestion de l’information en a été particulièrement affectée. « Je suis émue. J’ai aimé surtout le dernier film où la femme a préféré mourir par amour pour son mari », confie-t-elle au dehors. Cette décision vue à l’écran, elle est prête à la prendre si la vie réelle l’y invite. « Je serais prête à faire de même, dans le film c’est quand même un cas assez délicat. Je ne peux pas accepter un mal ou une maladie à un proche que j’aime ».

Le réalisateur Arcade Assogba n’a manqué aucune des projections. D’abord content de les avoir accueillies au centre Artisttik Africa dont il est le directeur exécutif, l’homme est satisfait à la fin. « Nous avons vu des films aussi bien du Bénin que du Maghreb, de Madagascar. On a traversé l’Afrique du cap au Caire, et cela, c’est génial avec des propos de femmes, des sujets pas toujours féminins mais des sujets portés par des femmes. Je trouve que c’est très intéressant. Vu l’engouement du public, on a vu des gens qui ressentaient des émotions, de l’endroit où j’étais assis je pouvais voir les rires spontanés. C’est une opération réussie à mi-parcours ».

De son côté, Clovis Agbahoungba estime que l’option de retenir et diffuser rien que des films de femmes n’est pas discriminatoire. « Non, c’est original et je pense que cela mérite d’être encouragé », salue-t-il. Tout en refusant de trop parler, au risque d’influencer les appréciations du jury, il a avoué avoir été emporté. « Tous les films qui ont été présentés ce soir sont très bons. Je me suis senti emporté par l’émotion, le message véhiculé par ces films ». Et de conclure qu’avec le Fiff, les femmes sont en train de prendre leur revanche dans un secteur du cinéma longtemps dominé par les hommes.

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