Vous êtes ici
Accueil > Actualité > Fiff Cotonou 2021 : Les femmes prennent leur revanche dans le secteur du cinéma

Fiff Cotonou 2021 : Les femmes prennent leur revanche dans le secteur du cinéma

Initié par l’association EcranBénin, la deuxième édition du Festival international des films de femmes (Fiff) de Cotonou a démarré hier, mardi 8 février 2022 par une riche cérémonie d’ouverture à Canal Olympia. Et c’est parti pour quatre jours de projections, de formation en critique cinéma, de speeds datings et des activités de découverte.

Par Sêmèvo Bonaventure AGBON

Des femmes les plus haut placées ont fait le déplacement. Non seulement pour soutenir une jeune femme, Cornelia Glèlè, 24 ans, directrice du Fiff Cotonou mais aussi et surtout pour porter la cause des femmes dans un secteur où elles sont restées numériquement faibles. Dans le lot, Mariam Chabi Talata, la vice-présidente de la république ; Véronique Tognifodé, ministre des Affaires sociales et de la microfinance ; Carole Borna‚ représentante du ministre du Tourisme‚ de la culture et des arts; Sylvia Hartleif, l’ambassadrice de l’Union européenne ; et Fatou Jupiter. Cette dernière est la guest star du Fiff 2021. « Je suis honoré d’être invitée », a-t-elle confié. Tout en avouant qu’elle ne pourra rester jusqu’au dernier jours, l’actrice sénégalaise a incité le public à la fête : « Fêtons le cinéma. Fêtons les femmes », a-t-elle scandé. « Aucun rêve n’est trop grand », a-t-elle enfin adressé aux femmes.
Le moment le plus alléchant de la cérémonie d’ouverture a été l’hommage aux cinq réalisatrices pionnières du cinéma béninois. Le mérite de chacune d’elle a été reconnu à travers un trophée. À commencer par Laure Agbo, première femme réalisatrice béninoise. La dame d’une « éternelle jeunesse » malgré ses 76 ans, a encore de bons souvenirs. Elle est devenue réalisatrice en 1978 après sa formation à l’Institut national de l’audiovisuel (Ina) de Paris. « À l’époque, la formation c’était dure pour une femme », rappelle-t-elle. « Le cinéma est un secteur masculin », a-t-elle déploré. En ce sens que « Les hommes ne supportaient pas d’être dirigés. Quand ils arrivaient, ils me demandaient « Vous êtes la monteuse ? », a-t-elle illustré. Mais les choses évoluent, note-telle. « Être à un Fiff montre que nous avons fait un grand pas ».
Ont été également honorées, Christiane Chabi Kao, pionnière de la fiction au Bénin ; Jemima Catraye, ancienne journaliste à l’Office de radiodiffusion et télévision du Bénin (Ortb) ; Carole Lokossou, conteuse, actrice ; et Tella Kpomahou, actrice béninoise qui joue dans ‘’Crocodile de Botswanga’’ et qui s’est fait représenter. « Elles ont ouvert la voie alors qu’aucune femme n’osaient s’aventurer dans le monde du cinéma », a témoigné à leur sujet Cornelia Glèlè lors de la conférence d’annonce, mardi 1er février dernier. Ces propos ont été confirmés par les concernées. Le cinéma « c’est très difficile pour les femmes », a témoigné Christiane Chabi Kao. « C’est cette année que j’ai été rémunérée pour l’écriture de scénario. D’habitude on travaille gratuitement », a-t-elle avoué. Mais « L’espoir est permis », même si elle s’est dite gênée de voir de jeunes formés dans le domaine du cinéma mais sans débouchés. Même s’il existe des rôles, des péripéties que la société a tendance à réserver aux hommes, Jemima Catrayé a martelé que les femmes doivent se dire : « Les femmes sont des hommes avant d’être des femmes ». Car, tout le potentiel des hommes « vient de nous », a-t-elle soutenu. Carole Lokossou‚ 44ans, s’est vraiment saisi de la présence de la ministre des Affaires sociales et de la microfinance. « Nous vivons la précarité dans notre métier », lui a-t-elle avoué maintes fois. « Dans d’autres pays j’aurais déjà eu une belle maison pour mes vieux jours. Dans d’autres pays j’aurais déjà une assurance pour mes vieux jours… », a-t-elle égrené. Toutefois, « Malgré la précarité je suis fière de faire ce métier‚ je suis fière de porter mains à des jeunes », a-t-elle conclu.
Les femmes ne sont pas une minorité dans le monde mais leur présence dans le cinéma dans le monde et en Afrique en dit le contraire, a relevé l’ambassadrice de l’Union européenne. C’est pourquoi, la promotion de l’égalité des genres‚ a-t-elle rappelé, est une priorité pour l’Ue. « Nous avons inscrit tout cela noir sur blanc dans notre 3e plan d’action pour l’unité genre », a-t-elle indiqué. Elle dit apprécier le choix du thème de cette édition, à savoir « Regard du cinéma africain sur le pouvoir économique de la femme rurale ». « 70% des femmes vivent en milieu rural. Ce sont des femmes engagées », a salué l’ambassadrice Sylvia Hartleif. « Au-delà du cinéma, ce festival est une opportunité pour promouvoir et faire avancer les droits des femmes notamment rurales. Nous plaidons donc pour toutes ces filles qui, au nom de la culture ou à cause de la précarité n’ont pas la chance de développer leur plein potentiel ou de concrétiser leurs rêves », a appuyé Cornelia Glèlè.
La ministre des Affaires sociales, Véronique Tognifodé a prononcé l’allocution d’ouverture du Fiff Cotonou 2021. Ella a également déploré le mauvais traitement que subissent les femmes dans le secteur du cinéma. En 70 ans par exemple, la palme d’or n’a été décernée qu’à une seule femme au Festival de Cannes, a-t-elle regretté. Revenant sur les contenus, elle a attiré l’attention sur le fait qu’à l’ère du numérique‚ des Tic, les médias participent à l’éducation des filles. Qu’on cesse alors de porter à l’écran les histoires qui donnent à voir les femmes comme des êtres de seconde zone. Elle a exhorté désormais que les femmes soient montrées dans toute leur valeur et non dans un rôle de chosifiée et sexualisée.

« Quand les cameras s’éteignent »

Le film projeté pendant la cérémonie d’ouverture est une production de deux étudiantes de l’École nationale des sciences et techniques de l’information et de la communication (Enstic). Christelle Azandémè et Egnonnoumi Tchaou l’ont co-réalisé dans le cadre de leur soutenance. Intitulée « Quand les cameras s’éteignent », elle montre les difficulté‚ les préjugés dont les actrices sont victimes dans leur quotidien du fait des rôles qu’elles ont incarné à l’écran.
Cinq trophées sont en lice à l’occasion de cette deuxième édition du Fiff Cotonou. Il s’agit de l’Amazone d’or, plus grand prix du festival attribué au meilleur film de fiction ; l’Amazone du documentaire, 2ème prix destiné au meilleur film documentaire ; l’Amazone du scénario décerné au film-fiction qui a le meilleur scénario ; l’Amazone du jury, prix coup de cœur du jury et l’Amazone Tella Kpomahou de l’interprétation attribuée à la meilleure actrice. Le jury est composé de Sandra Adjaho, actrice béninoise et militante des droits humains chez Amnesty International ; Ramatoulaye Mballo, chargée d’innovation et d’accompagnement ç Equipop; Charles Tesson, professeur d’histoire du cinéma à la Sorbonne-Paris et ancien directeur de la Semaine de critique du festival de Cannes ; et enfin, Faissol Gnonlonfin, producteur béninois, producteur du film haïtien à succès ‘’Freda’’ qui met en exergue la résilience des femmes dans un Haïti détruit par les gangs et la mauvaise gouvernance.
Le Fiff Cotonou 2021 se poursuit à « Blue Zone » pour les rencontres professionnelles et le centre culturel « Artisttik Africa » pour les projections de films.

Laisser un commentaire

Top