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Forum culturel du Bénin, acte 25 : Une destination Bénin attrayante d’ici 15 ans (La gouvernance touristique sous la Rupture disséquée)

-José Pliya : « Pas de tourisme spontané »
-Ousmane Alédji : « Il faut un modèle économique pour faire fonctionner les musées »

L’acte 25 qui inaugure la saison 3 du Forum culturel du Bénin s’est déroulé, samedi 7 décembre au centre Artistik Africa à Agla, Cotonou. Pendant trois heures d’horloge, José Pliya, directeur de l’Agence nationale de promotion des patrimoines et développement du tourisme (Anpt) et Faïzatou Gbian Moukaïla, Conseillère technique au tourisme et à l’hôtellerie du ministère du Tourisme, de la culture et des arts ont édifié et échangé avec les acteurs du secteur sur les efforts pour améliorer et révéler la Destination Bénin.

Par Sêmèvo Bonaventure AGBON

« Amélioration de l’offre touristique du Bénin : états des lieux, enjeux et perspectives ». C’est autour de ce thème que journalistes, acteurs culturels et gestionnaires des patrimoines ont échangé samedi dernier. Pour les instruire des efforts du gouvernement en vue d’une révolution touristique au Bénin, José Pliya, directeur de l’Agence nationale de promotion des patrimoines et développement du tourisme (Anpt) et Faïzatou Gbian Moukaïla, Conseillère technique au tourisme et à l’hôtellerie du ministère du Tourisme, de la culture et des arts étaient présents. Modérateur, Pacôme Comlan Alomakpé les a amenés à satisfaire la curiosité du public sur les matières premières à exploiter ou capitaliser dans le secteur touristique au Bénin, les services connexes pour une parfaite et prospère capitalisation, les acteurs impliqués et les modalités de leurs actions dans la conception, la promotion et la fourniture de l’offre touristique au Bénin et ce qu’espérer au terme de l’amélioration de l’offre touristique.

José Pliya : « On a le potentiel mais l’offre n’est pas performante »

L’occasion a été donnée au public de poser des questions auxquelles les deux autorités ont répondu. De leurs explications, il ressort globalement que le Bénin a de la richesse à montrer et à vendre. « On a le potentiel mais l’offre n’est pas performante, la machine n’est pas prête », a souligné José Pliya. Pour l’avenir, le gouvernement pose le cadre pour l’amélioration de l’offre touristique. « Le gouvernement est en train de mettre en place les projets structurants à travers le Pag. Le but de ce programme est de créer une industrie touristique à part entière, un secteur qui nourrit ses acteurs, privés et publics, et qui puisse bénéficier aux localités dans lesquelles les aménagements seront faits et ensuite créer de l’emploi et générer de la richesse sur toute l’étendue du territoire », a rassuré la Conseillère Faïzatou Gbian Moukaïla. A José Pliya d’indiquer qu’il revient au privé de prendre le relai. Le gouvernement peut leur accorder deux sortes d’appui : accompagnement technique et aide incitative à travers le Fonds des arts et de la culture (Fac). Sur ce il a invité le privé à être plus professionnel et à se former, à être innovant, et donc à proposer des projets qui sortent des chemins battus. « Nous devons être attentifs au tourisme international. Le tourisme de masse est par exemple combattu, contesté puisqu’il pollue l’environnement. Désormais, il faut peu de monde mais les gens paient cher pour être seul et dans l’exclusif », a-t-il soutenu.

Faïzatou Gbian Moukaïla : Il y a un existant qu’on met à niveau »

En attendant que les gros chantiers que cuisine le gouvernement n’éclosent, pas question d’abandonner l’existant. C’est ce qu’a répondu Faïzatou Gbian Moukaïla au gestionnaire du patrimoine qui a objecté que les projets du gouvernement sont trop calqués sur le long terme. « Il y a un existant qu’on met à niveau », a-t-elle déclaré. Ce qui passe, par exemple par les signalétiques pour donner plus de visibilité aux sites touristiques et aussi la construction de toilette pour assurer du confort aux visiteurs.

Pas de tourisme spontané

Les Béninois font-ils du tourisme ? La question s’est posée lors des discussions. Réponse affirmative pour Pliya. « Les Béninois commencent par s’intéresser au tourisme », pense-t-il. Pour que cela soit renforcé, la seule stratégie est la formation et l’éducation au tourisme. Car « pas de tourisme spontané », a-t-il soutenu. « Pas de génération autochtone spontanée qui va visiter son patrimoine. L’éducation est fondamentale. C’est à travers les sorties scolaires, vacances… qu’il faut infuser la pratique du tourisme », a poursuivi le directeur de l’Anpt. Et de proposer qu’on mette en place « des programmes d’éducation de manière structurelle ». Sinon, on ne peut rien espérer. D’autant que dans nos langues nationales dont le Fon, le touriste (Sàditô) est assimilé à celui qui se promène, se balade, et donc mal vu. Or aujourd’hui « ça rapporte de l’argent ».

Retour des objets culturels : prêt ou non ?

La polémique après l’annonce que le Bénin n’était pas prêt à recevoir les 26 œuvres déportées et restituées par la France, n’a pas été éludée lors de ce rendez-vous mensuel culturel. Le mardi 20 août 2019, Nouréni Tidjani Serpos, président du Comité sur la coopération muséale et patrimoniale entre la France et le Bénin avait soutenu le contraire. « Le Bénin est prêt à accueillir les 26 œuvres », déclarait-il. Interpelé, José Pliya qui avait annoncé l’incapacité d’accueillir ces biens s’est réjoui de l’agitation suscitée par cette nouvelle. Elle « montre que les gens s’intéressent au patrimoine ». Toutefois, il faut de la sérénité pour mener à bout le processus, a-t-il nuancé. En réalité, a-t-il éclairé, le gouvernement était dans une dynamique et une vision claire en formulant la demande de restitution de son patrimoine. Alors, « que ce ne soit pas la France qui nous dicte son agenda », a-t-il argumenté. Rappelons que quelques 5000 objets culturels du Bénin sont en France, le président Français Emmanuel Macron n’a promis que 26.

Tourisme transfrontalier

Dans le secteur touristique, le gouvernement compte faire bénéficier au Bénin, sa proximité avec le Nigéria. Ceci à travers un projet de tourisme transfrontalier. « Une agence a été recrutée pour concevoir des projets touristiques uniquement pour la cible nigériane », a révélé Faïzatou Gbian Moukaïla.

Ousmane Alédji : « un modèle économique pour faire fonctionner les musées »

Présent au Forum, Ousmane Alédji, acteur culturel reconnu et conseiller à la culture du Chef de l’Etat, a abordé le fonctionnement des musées. Très indigné, il a dénoncé que « Nos musées sont souvent des espaces morts ». Et pour cause, les partenaires financiers au développement ne vont pas au-delà des infrastructures. C’est-à-dire qu’ils ne financent que la construction des musées, se foutant de ce qui adviendra d’eux, de comment animer le cadre construit. Conséquence, les musées sont à rénover de façon cyclique car faute d’animation tout tombe vite en ruine. « Ce modèle de financement qui amène à reprendre chaque fois n’est pas efficace. Il faut avoir un modèle de résilience, un modèle économique pour faire fonctionner et rentabiliser les musées », a martelé Ousmane Alédji, promoteur du Centre Artistik Africa.
En résumé, l’acte 25 du Forum culturel du Bénin a été un moment riche, de contribution et de communication participative. Les deux invités rassurent que l’ambition du gouvernement, est de faire du tourisme un secteur qui nourrit ses acteurs et pour cela, il pose les fondations et est prêt à appuyer le privé. Il ne faut surtout pas être pressé de récolter les fruits. « Tout demande du temps. C’est minimum 10 ans, 15 ans. Nous avons les moyens ; un budget colossal nous est attribué pour cela », a conclu José Pliya.

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