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Gnonnas Pedro : Célébrité, décès…et après ? La mémoire d’une icône

Il est reproché au Bénin de ne pas souvent honorer ses dignes fils. S’il en est l’un d’eux aujourd’hui circonscrit à nos pensées, c’est bien Gnonnas Pedro. Le salsero béninois à la voix captivante, est immortalisé par le musée éponyme dans lequel des vestiges redonnent vie à sa riche carrière et à son passage terrestre.

Par Sêmèvo Bonaventure AGBON

Sur la voie de Lokossa en direction de Doukonta, impossible de passer sans remarquer le portrait de ce grand homme. Vous êtes au musée ‘’Gnonnas Pedro, Gnoinsopé’’, là où tout de lui s’est retiré pour n’être que souvenir et héritage. Une imposante statue de l’homme, est en cours d’érection par le projet Circuit touristique du Mono (Cirtoum) financé par l’Union européenne à travers le Programme d’appui au développement du territoire (Padt). Le lieu de mémoire encore en chantier, est un complexe à trois compartiments : un bar, une salle de podium, et le centre musée même. Ce dernier est d’ailleurs le compartiment le plus important qui donne aux autres, leur raison d’être. « C’est la résidence du chantre qui a été simplement intégré au projet de musée », explique Maxwel Soglohoun, médiateur culturel rencontré sur les lieux. « Le musée s’anime un peu. Ceux qui font du théâtre viennent répéter. Des touristes arrivent aussi », témoigne-t-il.
A notre passage le 9 septembre, une exposition organisée par ‘’Art d’Afrique’’ et autres structures, est encore en cours au salon de l’artiste. Intitulée ‘’Gnonnas Pedro, Nԑ nͻ leke mi gblon doa… !’’, elle donne à contempler des trophées et portraits du disparu et à réécouter six numéros phares de son répertoire. « ‘’Nԑ nͻ leke mi gblon doa…!‘’ c’était un mot de passe de l’artiste. Quand il finissait de s’entretenir avec ses amis, il prononçait souvent cette phrase », clarifie le médiateur culturel. Six morceaux phares de l’artiste sont retenus et accompagnés de tableaux explicatifs. A commencer par ‘’Davôlabomè’’, du nom de ce style vestimentaire identitaire et très prisé au Bénin. Du mina, langue du sud-Bénin et du Togo, il signifie en français « Jeter le pagne dans le creux du cou et sur l’épaule ». Pedro fait l’éloge de ce style africain dans plusieurs chansons. Sa riche carrière est inséparable du mythique groupe Africando créé en 1993 et qu’il a intégré en 1995. Une des plus grandes rencontres qui propulsera l’artiste sur le plan international. Aux côtés d’autres férus du rythme afro-cubain comme Sékou Bambino, Médoune Diallo et Ronnie Barro Grâce, il a assez promu les cultures africaines notamment avec ‘’Sauce gombo’’ ou encore ‘’Azô nkplon dou wè ndé’’ (Je vis du métier que j’ai appris), repris avec ledit groupe. Des compositions en écoute dans de petits casques au sein du musée.
L’exposition a aussi retenu les titres ‘’Atin mon non win da ganmasi’’ (La branche ne se casse pas dans la main du caméléon) qui rappelle le Général Mathieu Kérékou ; ‘’Von von non non oun’’ (crains-moi) « pour montrer le courage des africains. Les Eperviers du Togo continuent jusqu’à aujourd’hui d’écouter cette chanson avant de monter sur le terrain ; c’est une chanson qui les galvanise », confie Maxwel Soglohoun ; et enfin, « Journée de la femme », cette chanson composée à l’occasion de la promulgation de la journée de la femme, le 8 mars 1984.

Des vestiges de haute portée

Mausolée de l’artiste

Accessible à visiter, la maison abritant son mausolée, les restes de « son » manguier et sa chambre à coucher. Dans cette pièce, sont minutieusement conservés, le lit de Gnonnas Pedro et la tenue verte dans laquelle il a rendu l’âme au Cnhu le 12 août 2004. Accrochée au mur sur un fond noir, elle est l’élément le plus sacré du musée. « Nous l’avons mise sur un fond noir pour non seulement la visibilité de la tenue mais aussi pour symboliser le deuil », décrypte le guide. Dans la seconde chambre, des chaussures et vêtements de l’artiste lui redonnent présence. Au salon, un portrait de sa maman ; le sombrero, ce chapeau noir à larges bords très prisé des salsero est accroché au mur aux côtés d’instruments de musique. Quelques-uns des nombreux trophées ayant illustré les succès musicaux du regretté sont restés pour souvenir. Ils vont des trophées reçus au Conavab au Bénin, au Koundé au Burkina en 2001 au ‘’tamani’’ reçu en 2003, compétition qui n’existe plus.
« L’artiste même avait prévu beaucoup de choses que nous essayons de mettre en œuvre », avoue Maxwel Soglohoun. Gestionnaire du patrimoine culturel et chargé de programme du projet Cirtoum, Comlan Pacôme Alomakpé a prodigué entre autres conseils, de replanter un manguier non loin du vestige du « Manguier de Pedro ». La légende qui accompagne un dessin de manguier sur l’un des murs renseigne, en effet, que « Gnonnas Pedro avait un manguier qu’il a planté lui-même. Il aimait beaucoup les mangues. Lorsqu’il devait voyager à l’extérieur du pays, il lui arrivait d’exporter sur lui quelques fois les fruits du manguier. Ce tronc d’arbre est ce qui reste du manguier de Pedro ».

Le lit et la tenue mortuaire de Gnonnas Pedro

Pedro était un chanteur polyglotte. Il a diffusé les valeurs, la philosophie africaine et les langues de chez lui. Il a abordé des thèmes variés comme l’amour, la traite négrière, la femme, le travail, la vie aussi bien en Fon, Mina, Adja qu’en français, anglais et espagnol. Du succès sans successeur est un succès vain ! Gnonnas Pedro n’est pas mort sans laisser de « tresseurs » dont son fils Kwamy Mensah Gnonnas. « J’ai été invité un jour par mon  feu père qui aurait appris que j’étais un bon bassiste, à jouer avec lui. Donc à partir de ces trente ans de carrière musicale j’étais son bassiste jusqu’à son entrée dans Africando et même quand il était au sein de ce groupe, il retournait sur Cotonou et pour toutes ses prestations indépendamment d’Africando je lui jouais la basse », se souvient l’artiste-chanteur reggae en Espagne.

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