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Grand prix littéraire du Bénin : Des acteurs du livre fâchés contre la suppression du prix par catégorie

Le format du Grand prix littéraire du Bénin (Gplb) a profondément changé, du moins l’édition 2021. Ce que l’on célèbre déjà comme « les innovations de Jean-Michel Abimbola », ministre du Tourisme, de la culture et des arts, portent sur trois points dont une divise les acteurs. Le débat est houleux sur Facebook.

Par Sêmèvo Bonaventure AGBON

L’appel à candidature est lancé pour la 3e édition du Grand prix littéraire du Bénin. Dans le texte publié par beninlivres.org deux nouveautés attirent l’attention. Il s’agit de la création de deux prix spéciaux, le « Prix de l’éditeur » et le « Prix du journaliste littéraire », qui « visent à distinguer et à récompenser l’éditeur et le journaliste critique ou chroniqueur littéraire qui ont le plus marqué de par leurs productions la vie littéraire du Bénin ces trois dernières années », précise l’appel. Par contre, plus de Prix décerné dans chaque catégorie (roman, nouvelle, théâtre, poésie…) L’édition 2021 du Gplb « consacre…une œuvre littéraire de fiction écrite en français par des auteurs de nationalité béninoise » toutes catégories confondues.

Cette suppression du Prix par catégorie fâche plusieurs acteurs de la chaîne du livre. « Ce n’est pas une avancée ! C’est un recul ! Un seul genre dictera son hégémonie : le roman. Certains esprits étriqués n’ont d’yeux que pour ce genre-là ! Et ils considèrent les autres genres littéraires comme mineurs ! Un jury dominé par ces personnes chaque année, et presque jamais, on n’aura un auteur de recueil de nouvelles, de poèmes ou une même pièce de théâtre gagnant du Prix. Innover c’est aller de l’avant ! », crache Pelphide Tokpo, enseignant de lettres dans un post sur sa page Facebook. Et il est loin d’être seul. Ceux qui voient du recul sont en nombre. Dans un post au ton catégorique titré « Gplb : un grand recul », Chrys Amègan s’élève également contre cette « innovation ». L’homme de Lettres invite presque à se dénoncer, celui à qui il fait mal « qu’on prime chaque année le roman, la nouvelle et le théâtre… » Et de partager ses inquiétudes quant aux modalités ou critères qui présideront à la sélection de l’unique genre qui sera primé. « Qui va choisir ce genre ? Et il va le choisir en fonction de quoi ? de sa prédilection gonflée à lui ? » Chrys Amègan martèle que « Ce n’est pas une avancée. C’est un gigantesque grand recul ». Car, « Si on choisit le roman cette année, les autres genres ont commis quel péché pour qu’on les exclue de la compétition et conséquemment, nous priver nous, des meilleurs de l’année dans l’expression de ces genres ? »
Le poète et dramaturge Hermas Gbaguidi voit plutôt d’un bon œil la réduction des prix. Qu’on prime un genre par an ne le gêne nullement. Seulement, il souhaite que le Bénin adopte le modèle sénégalais. Modèle qui consiste à choisir chaque année un genre littéraire. « Et ce sont les auteurs de ce genre littéraire qui compétissent » et non tout genre confondu. Mais, peut-être, pense-t-il, que le Bénin voudrait faire économie. « C’est avec le même budget prévisionnel qu’on veut gérer les nouveaux prix », présume-t-il.

L’éclairage du conseiller spécial

Florent Couao-Zotti est connecté et a lu toute la bile déversée par ces jeunes acteurs. Le conseiller spécial à la Culture du ministre Jean-Michel Abimbola a été clair : il ne sert à rien d’instituer un prix pour chaque genre quand on reconnaît que certains genres ne fournissent pas de textes de qualité. Chaque année, dit-il, tel est le constat qui se dégage quand on interroge les jurys. « Parfois, c’est par défaut que certaines catégories sont primées. La faiblesse du niveau est telle que le jury 2019 a été obligé de ne pas décerner de prix en roman et en poésie ». Il soutient également que l’initiative locale doit nous faire gagner en crédibilité à l’internationale. Or, en ce sens un mauvais souvenir lui est resté mémorable. « Je me rappelle encore un jour à Paris un critique littéraire me parler d’une pièce de théâtre primée qui, selon lui, était d’un “niveau exécrable”. Il faut que ce que nous faisons tienne la route à l’internationale et donne de la crédibilité à nos auteurs », a-t-il exprimé.
A propos du soupçon d’économie, l’auteur de ‘’Les fantômes du Brésil’’ et de ‘’Western Tchoukoutou’’ Florent Raoul Couao-Zotti a démontré le contraire. « Avant, il y avait une récompense de deux millions pour chaque genre et l’on se retrouvait avec trois genres à six millions. Aujourd’hui, on a un seul prix à cinq millions. Mais d’autre part, on a deux autres prix : le prix de l’éditeur à trois millions et le prix du journaliste littéraire à un million, soit au total huit millions…je ne vois pas là où se trouve l’économie ». Même s’il reconnaît qu’« on aurait pu faire davantage », il faut, « au lieu de dire les mille choses qu’on aurait dû faire », « encourager ce qui se fait afin que d’autres progrès s’accomplissent », a-t-il tranché.
L’enregistrement des candidatures pour le compte de cette 3e édition du Gplb s’achève le 31 août prochain à midi au plus tard. Les œuvres recevables sont celles publiées entre le 1er janvier 2019 et le 30 juin 2021 inclus.

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