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Grossesses non désirées : Les méthodes contraceptives, une solution otage de ses effets secondaires

Des jeunes filles qui présentent un besoin non satisfait en matière de contraception, ne disposent pas d’information correcte et complète. La peur des effets secondaires les dissuadent à recourir aux méthodes contraceptives, antidotes des grossesses non désirées, notamment en milieu scolaire.

Par Nadège Sènan WANGNANNON

Le Bénin a enregistré 1122 cas de grossesses au cours de l’année scolaire 2018-2019. La promotion des méthodes contraceptives fait partie des actions que préconise Nourou Adjibadé, pour lutter contre ce phénomène. « L’ignorance des principes de santé de la reproduction, …sont également des risques aggravant pour les grossesses en milieu scolaire », constate le directeur de l’Ong Ceradis.
L’absence contraceptive chez les femmes célibataires sexuellement actives est justifiée par la peur d’effets secondaires et les préoccupations de santé (17%) selon l’Insae. Des femmes qui ont eu une expérience (un peu) fâcheuse avec les méthodes contraceptives les déconseillent à d’autres.
Sètondji D., 26ans, mariée, n’a recommandé à sa sœur de 17ans, « qui vient d’avoir son premier rapport sexuel », que « la prudence, car les méthodes contraceptives font peur ». Pour cause, relate-t-elle : « Je fais l’injection ‘’Laafia’’ de 2 mois depuis la classe de Terminale. Mais je n’ai pas constaté un effet secondaire jusqu’en ce moment où sous le toit de mon homme je viens de perdre la troisième grossesse. J’ai donc appris que l’effet des injections reste toujours dans mon organisme ».
Le vécu de Méola, 29ans, est plutôt lié à l’implant ‘’Jadelle’’. Elle confie avoir « attrapé », une grossesse à 21 ans. « Après l’accouchement, mes parents ont voulu que je fasse la contraception afin de me consacrer aux études. Mon premier enfant étant un « sans père ». C’est pourquoi je ne me suis pas opposée aux parents », se souvient-elle. «Après cinq ans, je n’ai pas renouvelé. Car j’avais rencontré un homme et nous avons convenu du mariage. Alors je me suis retournée à l’hôpital. A ma grande surprise on m’a annoncé que l’implant s’est perdu dans mon corps. Depuis que je suis avec mon mari je n’ai pas encore conçu », relate-elle, toute triste. « Contraception, le mot même me fait peur aujourd’hui », conclut-elle.

 

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Chez Gloria A., étudiante de 26 ans, c’est plutôt un dérèglement des menstrues qu’elle a connu. En classe de 3ème elle était tombée enceinte et a voulu se prendre au sérieux après parturition. « Je suis allée voir une sage-femme qui m’a parlé des méthodes contraceptives qui existent, et j’ai fait un choix. Tout allait bien jusqu’au jour où j’ai retrouvé mes menstrues. D’habitude, elles durent 4 jours mais je suis allée jusqu’à 10 jours, le saignement était très abondant. Je ne suis plus retournée à la clinique. Je l’ai traîné pendant environ 2 ans. Finalement j’ai arrêté. Il y a plein d’autres témoignage qui me font peur ».

Mises au point

Saignement abondant, retardement de conception, dépérissement, « disparition » de Diu (intra-utérin)… De quoi retournent ces « maux » collés aux méthodes contraceptives ? Laurence Gbaguidi, inspectrice d’action Sanitaire et Sage-femme d’État ne les nie pas. « Effectivement ce sont des effets secondaires presque négligeables, mais qui existent quand même », reconnaît-elle.

 

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Toutefois, « cela ne doit pas être des raisons pour ne pas avoir recours aux méthodes puisque tout traitement hormonal peut ou pas avoir des effets secondaires ». Elle persiste à l’endroit des jeunes filles « qu’il vaut mieux être sous une méthode contraceptive quand on a une activité sexuelle que de se retrouver avec des grossesses non désirées qui conduisent aux avortements clandestins et dont on connaît toute la panoplie de conséquences ».
« Il existe, dit-elle, un traitement spécifique aux saignements. Si malgré tout, cela persiste on change de méthode », clarifie Laurence Gbaguidi. « Grossir ou maigrir, cela dépend de l’organisme de chaque femme. Si cela constitue un handicap à la femme elle peut toutefois décider d’arrêter la méthode mais ce n’est pas un fait absolu », indique-t-elle.
Par ailleurs, certaines femmes adoptent des méthodes contraceptives par mimétisme/affinité. Nicole G., 20 ans, se plaint de prendre « tellement du poids». Elle fait les injections (Sayana) chaque 3 mois, sur conseil d’une amie qui l’a amenée à l’adopter avec elle.
«C’est une copine qui m’en a parlée. Elle a magnifié cette méthode, qu’on pourra adopter les mêmes car nous avons toutes deux la même apparence (mince). Mais depuis près d’un an je prends du poids. Ma copine, elle, elle maigrit. J’ai décidé d’arrêter », confie-t-elle, dépitée.
Cette attitude n’est pas appropriée, déconseille Bella Hounkanrin, Sage-femme d’État elle aussi. « Toutes les méthodes ne sont pas applicables aux personnes ayant une prédisposition familiale à l’obésité » par exemple, illustre-t-elle. La bonne démarche pour en adopter une, consiste à se soumettre d’abord à un examen physique et gynécologique. Cela permet de « voir si la méthode choisie correspond effectivement au profil de la femme », renchérit Laurence Gbaguidi.

Dissuasion périlleuse

Au Bénin, une fille (en apprentissage ou scolarisée) qui tombe enceinte étant encore sous le toit de ses parents est souvent « renvoyée » à l’auteur. Emile Comlan Badevou, économiste et docteur en sociologie avec une thèse sur la prostitution, soutient cette pratique voulue dissuasive chez d’autres adolescentes.

 

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« La sexualité, dit-il, n’est pas un jeu d’enfant. Celui ou celle qui s’adonne à l’activité sexuelle se considère déjà comme une grande personne. Étant une grande personne il faut assumer ses responsabilités (…) Si ma fille ne finit pas son apprentissage ou sa scolarité avant de tomber enceinte, c’est qu’elle m’a désobéi ».
La juriste Miguel Houeto n’est pas d’avis. « Le jeune homme à qui on renvoie la fille enceinte peut être un immature, un désœuvré. Rien ne présage que les deux formeront un couple sérieux », critique-t-elle. Il vaut mieux encourager l’adoption des méthodes contraceptives auprès des jeunes adolescentes au lieu d’en arriver là, propose-t-elle.
Une jeune fille de 15 ans devrait être en classe de 2nde si elle est scolarisée. Du moins si les étapes sont respectées (pas d’inscription précoce ou saut de classes) telle que prévues par la loi n°2003-17 du 11 novembre 2003 portant orientation de l’éducation nationale. Or, c’est à cet âge que la plupart des filles font leur première expérience sexuelle souvent sans protection. L’éducation des filles, reconnue comme un pilier essentiel du développement durable, se trouve ainsi handicapée par le phénomène de grossesse en milieu scolaire.
L’Institut national de la statistique et de l’analyse économique (Insae), estime que 62% de jeunes filles ont leur premier rapport sexuel avant 18 ans. 12% de filles âgées de 15-24 ans ont eu leur premier rapport sexuel avant l’âge de 15 ans, dont 3% l’ont eu avec au moins deux différents partenaires sexuels les 12 derniers mois ayant précédé l’Enquête démographique et de santé au Bénin (Edsb-5).
Avenir meilleur
En se dotant d’une loi sur l’avortement sécurisé, le Bénin a clairement exclu l’Ivg comme « un moyen de contraception », rectifie Brian Sossou, activiste féministe. Que des témoignages liés aux effets secondaires des méthodes contraceptives ne repoussent alors les jeunes encore pleines d’avoir, sensibilise Delouh Eternité, gynécologue obstétricienne exerçant dans le privé à Abomey-Calavi.
« Beaucoup de personnes critiquent les méthodes contraceptives. Mais ce qu’il faut savoir c’est qu’il n’y a pas de médicament sans effet secondaires et c’est cela que les gens critiquent. Parlant donc de méthodes contraceptives, ce n’est pas quelque chose qu’on adopte pour aller s’asseoir sur ses deux lauriers. On supporte tout, on va régulièrement en contrôle. Si cela n’est point respecté, vous verrez toujours le mauvais côté de son adoption », commente-t-elle. « Les méthodes contraceptives ne sont pas une mauvaise chose, au contraire c’est une très bonne chose. Tout dépend de ce qui est adapté à chaque type de personne », ajoute Delouh Eternité.
Les femmes qui renoncent après une première expérience, sont celles qui ne se soumettent pas à un suivi post-adoption, observe Delouh Eternité. Alors que, il faut « revenir en contrôle qui varie selon la méthode adoptée ». Car, « c’est au cours de ces contrôles que les effets secondaires seront signalés et en fonction de cela, la sage-femme ou le gynécologue essaie de gérer avec la patiente ou dans le pire des cas, demander à la patiente de faire le choix d’une autre méthode ».
Le besoin non satisfait en matière de contraception au Bénin a augmenté, passant de 35% à 50% parmi les célibataires sexuellement actives (Insae, 2016). Il est indispensable que toutes jeunes filles adoptent une méthode contraceptive tout en consultant un gynécologue. « Pour éviter les désagréments liés aux grossesses non désirées, il urge que les jeunes filles se mettent sous une méthode contraceptive adaptée pour un avenir meilleur », conseille la gynécologue obstétricienne Delouh Eternité.
Des facteurs cultuels restent à lever également. Dans le culte ‘’Thron Goka Wudja’’, recourir à une méthode contraceptive constitue un interdit, une faute dont la commission entraine une amende et une purification. Les fautives sont identifiées à travers le ‘’Fâ’’.

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