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Guillaume T. Houmpehe, président des réfugiés de Côte d’Ivoire au Bénin : « Être réfugié n’est pas une fatalité et une fin en soi »

Des milliers d’Ivoiriens sont au Bénin depuis bientôt 11 ans. Ce sont les réfugiés de Côte d’Ivoire ayant fui la crise post-électorale de 2010-2011 opposant Alassane Ouattara et Laurent Gbagbo. Après environ 11 ans passés en terre béninoise, ils sont désormais en fin de séjour. Plusieurs vagues sont déjà rentrées avec la collaboration des autorités béninoises et ivoiriennes soutenu par le Haut-commissariat pour les réifiés (Hcr). Guillaume Tchedjememon Houmpehe est le président central des réfugiés au Bénin et président des réfugiés ivoiriens. Il parle de leur séjour au Bénin.

Propos recueillis par Raymond FALADE

Bénin Intelligent : Vous êtes réfugiés urbains au Bénin. Qu’est-ce que cela signifie ?

Tchedjememon Houmpehe : Les réfugiés de Côte d’Ivoire sont au Bénin depuis 2011. Nous sommes dans notre 11ème année. Nous sommes tous des réfugiés urbains au Bénin. Un réfugié urbain est un réfugié qui vit dans la population et non pas sur un site spécifique aux réfugiés. C’est-à-dire nous sommes confondus à la population ; nous ne vivons pas sur un site désigné aux réfugiés par le pays d’accueil.

Qu’est-ce qui vous a poussés à fuir votre pays, la Côte d’Ivoire ?

Tous ces réfugiés sont sortis du pays à cause de la crise post-électorale de 2010-2011 dans un premier temps et ensuite, les réfugiés sortent d’une zone de guerre de peur des représailles des vainqueurs sur les partisans des vaincus.

 

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C’est cette méthode de règlement de compte qui est la plus difficile à gérer dans un conflit de ce genre, d’où la fuite en cascade des réfugiés à travers le monde pour chercher refuge.

Peut-on avoir une idée du nombre de réfugiés de Côte d’Ivoire ici au Bénin ?

Le nombre des réfugiés et demandeurs d’asiles était environ 5410 en son temps pour ceux qui étaient reconnus par le Haut-commissariat pour les réfugiés (Hcr) et la Commission nationale chargée des réfugiés (Cnr).

Si on devrait catégoriser ces réfugiés, c’est-à-dire le nombre d’enfants, de jeunes, de personnes adultes, des femmes, etc. Que peut-on retenir ?

Je ne saurai vous dire plus sur cette catégorisation des réfugiés. Seules les autorités compétentes du Hcr et la Cnr peuvent vous donner ces renseignements de catégorisation.

Aujourd’hui, certains sont en fin de séjour ici au Bénin. Ils sont au nombre de combien ?

Je ne saurais vous dire le nombre pour le moment. Mais la majorité est déjà rentrée.

Combien ont-ils décidé de rentrer en Côte d’Ivoire et combien ont-ils décidé de rester au Bénin ?

Tous les réfugiés ivoiriens ont opté pour le rapatriement volontaire (Rapvol). Mais aucun n’a fait une réintégration locale. Tous ont décidé de rentrer chez eux en Côte d’Ivoire.

Quelles sont les dispositions prises pour faciliter leur retour en Côte d’Ivoire ?

Selon les accords et les conventions de 1951 de Genève et celle de 1969 de Loua, pour nous qui sommes au Bénin, nous sommes pris en charge, une fois arrivés au pays par l’État ivoirien avec notre famille.

Quelles sont les dispositions prises pour faciliter l’insertion de ceux qui ont décidé de rester ici au Bénin.

 

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Pour le moment, nous ne savons pas, d’abord.

Comment s’est passé votre séjour au Bénin ?

Un séjour très parfait à cause de l’hospitalité légendaire de ce grand pays frère à la Côte d’Ivoire. Nous avons appris beaucoup sur le plan culturel, social et éducatif. Car le Bénin nous a donné la facilité de mettre nos enfants à l’école gratuitement conformément à l’ordonnance de 1975. Cette ordonnance donne droit aux réfugiés au même titre que les nationaux.

Qu’est-ce que vous avez à dire aux autorités de la Côte d’Ivoire et celles du Bénin qui vous liraient ?

Dans un premier temps, je rends toute ma gratitude au peuple béninois, à la Cnr, au secrétaire permanent, au Hcr et au premier magistrat de ce pays, Son excellence Patrice Athanase Guillaume Talon pour leur hospitalité légendaire reconnue à travers les actes posés envers nous durant notre séjour. Un trophée de reconnaissance, de paix et de réconciliation nous a été donné par les autorités béninoises pour nous féliciter.


Nous considérons ce trophée comme une mission que viennent de nous confier les autorités du Bénin pour transmettre les germes de la paix auprès des autorités ivoiriennes en vue d’une réconciliation réussite dès notre retour. Nous pouvons vous confirmer que nous partons pour prendre en marche la réconciliation qui est déjà en cours. Nous disons merci au gouvernement ivoirien pour les efforts consentis pour notre retour en Côte d’Ivoire. Nous souhaiterions une bonne réinsertion à tous. Que Dieu bénisse la Côte d’Ivoire. Mais plus jamais ça dans notre pays.

Que pensez-vous faire une fois en Côte d’Ivoire pour la consolidation de la paix ?

Nous souhaiterions une tournée de paix et réconciliation organisée par les réfugiés eux-mêmes pour mieux expliquer l’importance de la paix et la cohésion sociale dans un pays après la crise. Car nous serons les bons acteurs de cohésion avec nos frères d’en face.

Vous êtes au Bénin en tant que journaliste réfugié ou en tant que citoyen ivoirien tout simplement ? Autrement dit, est-ce votre métier de journaliste qui vous a fait fuir la Côte d’Ivoire ou bien vous avez quitté là-bas comme tous les autres réfugiés ?

Je suis un photojournaliste, reporter-réalisateur formé par le Bénin depuis mon séjour en exil. Sinon, pendant la crise ivoirienne, je suis reconnu comme le président des chorégraphies et compagnies de danse artistique de Côte d’Ivoire. Donc un artiste et citoyen ivoirien. C’est une fois ici que j’ai fait cette formation de la presse qui me passionne beaucoup depuis la crise ivoirienne. Donc, je suis ici en tant que citoyen ivoirien, exilé politique au Bénin.

D’autres comme vous ont-ils aussi suivi des formations pendant leur séjour au Bénin ?

Bien sûr que oui. Pour ceux qui sont conscients et qui veulent apprendre. Car pour moi, être réfugié n’est pas une fatalité et une fin en soi. L’exil est une transition dans la vie d’un homme qui veut aussi devenir quelqu’un dans la vie politique dans son pays.

Ces réfugiés sont déjà tous partis ou il y en a qui sont encore là ?

Il reste la dernier vague de quelques familles dont les enfants sont en classe d’examen.

Merci.

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