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Homosexualité, lesbianisme…au Bénin : Du tabou à la controverse

Une récente publication de l’ambassade des États-Unis à Cotonou ouvertement en faveur de la reconnaissance des « droits des homosexuels, lesbiennes et transgenres », a déchaîné les passions. Les critiques essuyées par la représentation diplomatique américaine reflètent la controverse que suscite la question de l’orientation sexuelle dans une société hautement conservatrice.

Par Sêmèvo B. AGBON

« La violence et la discrimination contre les personnes lesbiennes, gays, bisexuelles, transgenres et intersexuées (Lgbti) non seulement violent les droits de l’Homme, mais contribuent également à la pauvreté et à la mauvaise santé. L’Usaid s’est engagée à travailler avec des partenaires béninois pour améliorer la santé et le bien-être à travers le pays-pour réaliser cette vision, il faut mettre fin à la discrimination ! ». Globalement, les internautes voient en mal que les États-Unis soutiennent ainsi les orientations sexuelles jugées ‘’contre-nature’’ surtout en Afrique. Et pire, de les inscrire dans la coopération avec le Bénin. « C’est vrai que le Bénin est un pauvre, mais ce n’est pas en faisant la promotion des Lgtbi, que les pays africains vont se développer. La Chine concurrence les États-Unis quand bien même les personnes Lgtbi, sont opprimés là-bas », critique un usager.

Si une minorité appelle à respecter le « choix » des gens, « du moment où ils sont heureux dans leurs choix et ne dérangent pas la vie des autres », la majorité s’insurge. « Au nom des droits de l’homme aujourd’hui, on se permet tout. Lgbti c’est loin de nos réalités. Malheureusement vous faites tout pour inculquer cette culture chez nous, et tout ce qu’on dira ne vous découragera pas. Mais sachez aussi que nous ferons le contraire de cette lutte », réagi un internaute. Un autre enfonce le clou et fait observer que les Etats-Unis ont mieux à promouvoir que l’homosexualité et le lesbianisme : « La discrimination contre les Noirs aux États-Unis fait-elle partie des priorités de vos gouvernements ? Finissez d’abord de résoudre vos problèmes là-bas ! ».

Au Bénin, ces sujets restent tabous. Les évoquer indispose et divise profondément. La conscience populaire les a frappés de la connotation négative de « contre-valeurs à ne pas permettre ». Car « la pire des choses que va connaitre l’humanité et qui, à coût sûr va déboucher sur sa perte vertigineuse est d’encourager les personnes de même sexe à se marier », comme l’exprime un internaute sur la page Facebook de l’ambassade américaine à Cotonou.

Colonisation culturelle

Pour désapprouver l’homosexualité, ses contempteurs évoquent l’histoire biblique du Jardin d’Eden où Dieu n’a formé qu’un couple hétérosexuel (Adem et Eve). Par conséquent, toute autre orientation n’est qu’une rébellion envers Dieu, la nature. Ainsi, l’homosexualité et toutes les orientations du même acabit sont perçues comme une abomination, une perversion morale et spirituelle que l’Occident s’acharne à répandre en Afrique. Le même sujet a d’ailleurs enrhumé la renégociation de l’Accord de Cotonou entre les ministres des pays ACP (Afrique Caraïbes Pacifique) et l’Union européenne (Ue). Le web média Teria rapporte, que le volet politique, symbole de l’ingérence de l’UE, a été le plus difficile de la phase finale. Puisque l’Ue fait des droits de l’homme, les libertés fondamentales, la démocratie, l’État de droit et la bonne gouvernance des “priorités stratégiques”. Priorités au nom desquelles Bruxelles désire que soient inscrits dans le texte final comme principes, la reconnaissance de l’orientation sexuelle et de l’identité de genre. Des sujets qui ont fâché car « Les pays du groupe ACP y sont hermétiquement fermés », souligne le média.

Une action en faveur des Lgbti au Nigeria

Le pasteur évangélique Franck Houétèhou, qui a lu aussi la publication controversée de l’ambassade américaine, est très en colère. L’Occident a fini, critique-t-il, de désintégrer ses sociétés et s’acharnent maintenant à faire de même en Afrique, analyse-t-il. « On a déjà nos délires parce qu’on a trop faim et nous essayons de les combattre vaille que vaille. Pourquoi nous forcez-vous à accepter ceux que vous avez du fait que vous êtes trop rassasié ? Combien de fois vous nous avez vu vous forcer vous autres à adopter nos délires ? Vos désordres de l’Occident ne nous conviennent pas. Si vous n’avez pas autre chose derrière la tête pourquoi agissez-vous comme si on doit forcément les adopter ? Pourquoi y mettez-vous des milliards ? Et pourquoi êtes-vous si acerbes envers ceux qui disent “nous n’en voulons pas ? » interroge l’homme de Dieu. Sa position est sans ambages : l’homosexualité n’a pas droit de cité. « Le mariage entre deux personnes de même sexe est un péché. Rien de plus. Et le salaire du péché, c’est la mort ». Alors, même si l’Occident (France, USA, Angleterre…) et l’Afrique peuvent se croiser sur « des causes données parce que nous vivons tous dans le même monde », pas question de « sacrifier notre dignité et nos convictions sur l’autel de l’argent », tranche-t-il. Et de prêcher que « Tel doit être la devise de tout africain bien avisé ».

Dignité humaine

L’homosexualité est-elle une déviance qui enlève à l’individu sa dignité humaine ? La réponse à cette question paraît essentielle pour dénouer les colère et condamnation, le rejet et la discrimination/stigmatisation dont les partisans sont victimes.

Très modérée à propos de la communauté Lgbti, Fifamè Fidèle Houssou Gandonou, est docteure en théologie dans la spécialité éthique, féminisme, genre et développement. Elle estime que « la question de l’homosexualité se présente d’abord à nous sous l’angle de la dignité humaine ». Ce qu’elle définit en citant le jésuite et théologien moraliste Olivier de Dinechin comme « une convenance envers soi que nul ne peut interpréter. Elle relève de la liberté de chacun. Personne ne peut en juger à sa place. C´est le regard sur lui-même qui compte et non celui que pourraient porter les autres ».

Quant à l’orientation sexuelle source de toutes les polémiques, elle « se comprend comme l’aspect le plus personnel de la sexualité. Elle prend en compte les préférences sexuelles d’une personne et se définit comme une attirance sexuelle et affective envers des personnes du même sexe que nous ou, encore, envers des personnes de sexe différent. L’orientation sexuelle connaît donc une variété indépendante de la détermination physiologique : hétérosexualité, homosexualité, féminine et masculine, bisexualité, transsexualité ».

Selon la théologienne, l’homosexualité n’est pas seulement donnée par la nature comme le prétendent certains. « Elle se construit aussi au fil de la vie et est influencée par l’environnement, l’éducation, les relations parents-enfants etc. Cela nous oblige à une démarche éthique qui n’est qu’une recherche et une réflexion sur les normes et principes qui guident l’action humaine dans ce domaine et auxquels l’on peut se référer pour prendre une décision éthique face à un conflit de valeurs. Car ce qui était mal hier peut être bien aujourd’hui ».  Fifamè Fidèle Houssou Gandonou soutient qu’« A priori, l’homosexualité qui se fonde sur une base d’amour et sans l’aliénation du partenaire ne pose aucun problème mais c’est au moment où les bases éthiques sont erronées qu’elle doit être combattue sous toutes ses formes ». Elle avoue rejoindre alors la tendance de ceux qui prônent l’accueil des homosexuels. « L’homosexualité ne doit pas être un obstacle dans notre dynamique de foi et du respect de la dignité humaine. De même, la foi et la dignité humaine ne doivent pas être utilisées pour bafouer l’homosexualité/l’orientation sexuelle dans sa diversité, ni pour encourager et défendre. L’éthique universelle, avec son exigence de dignité pour tous, nous oblige à l’accueil et au respect de l’Autre quelle que soit son orientation sexuelle et sa foi.  C’est dans une démarche harmonieuse pour la vie que convergent la foi, l’homosexualité et la dignité humaine », conclut-elle.

En Afrique, seul le Gabon de Ali Bongo a dépénalisé l’homosexualité. Dans l’ensemble, le continent reste très fermé et sévère envers la pratique.

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