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« Ils étaient presque tous “Charlie” » : Luc Gnacadja dénonce l’indifférence des dirigeants africains face au meurtre de George Floyd

On ne peut qu’être surpris voir fâché quand on a en mémoire la prompte réaction des Chefs d’Etat dont nombreux ont fait le déplacement en France pour pleurer et compatir au massacre des caricaturistes du journal satirique ”Charlie hebdo”. Mais depuis le meurtre par asphyxie du Noir américain Floyd par un policier blanc, très peu d’entre eux ont eu la même réaction. Ce que relève et dénonce l’ancien ministre Luc Gnacadja. Alors qu’en Europe, en Amérique et partout ailleurs, les manifestations parfois violentes pour réclamer justice pour la communauté noire ne faiblissent pas. Voici son indignation.

# JusticePourGeorgeFloyd implique aussi que les Africains rendent justice à l’Afrique.

George Floyd sera inhumé aujourd’hui. Que restera-t-il en Afrique du mouvement (presque) mondial (et peu africain) d’indignation que son meurtre a suscitée ?

Comment comprendre que les États-Unis, 1ère puissance du monde qui distribue beaucoup de leçons de bonne conduite de citoyenneté/démocratie et de respect des droits humains, ne puissent pas mettre un terme à cette tare de sa police ?

Et, pourquoi “les dirigeants africains sont-ils aussi atones et aphones devant cette ignominie ? Ils étaient presque tous “Charlie”, mais aujourd’hui (presque) aucun n’est “George Floyd”, l’Afro-Américain.”

L’Afrique a besoin de dirigeants décomplexés parce que guéris de leurs réflexes d’extravertis, et parce qu’étant pleinement responsables et redevables à leurs peuples. Des dirigeants qui donne à la jeunesse africaine et aux Afro-descendants une représentation positive d’eux-mêmes. Une Afrique dont les dirigeants et la jeunesse ne se posent plus en victimes de l’Histoire, mais en sujets de leur propre histoire pour reprendre les mots de Felwine Sarr. Car, un peu comme les chinois aujourd’hui, les Afro-descendants ne seront vraiment respectés que si l’Afrique est respectée comme l’a si justement écrit le Président Nana Ado du Ghana.

Les non-africains peuvent s’offrir le luxe d’être Afro optimistes ou pessimistes. Les dirigeants africains se doivent d’être Afro déterminés, guéris de la haine de soi, de cette forme d’aliénation insidieuse que Frantz Fanon a caractérisée de & conscience aliénée & dans son ouvrage & Peau noire, masques blancs & ; guéris du mythe de l’expert occidental ou & sorcier blanc & qui détient LA réponse, du mythe que ce qui vient de l’Occident est toujours meilleur.

Afin de se relever de l’épistémicide, de la négation systématique pendant près d’un demi-millénaire de ses formes de connaissance et de pratiques sociales dont elle a été victime et qui dans son ampleur est sans précédent dans l’histoire de l’humanité, l’Afrique se doit aussi d’être crédible dans son juste combat contre le racisme.

Combien de pays africains par exemple ont fait de l’esclavage un crime contre l’humanité dans leur arsenal législatif ? N’est-ce pas là un chantier évident ?

Il y a des chantiers qui sont nécessaires et devenus urgent. L’Afrique est le continent qui a le plus souffert de toutes les formes d’esclavage. Pourquoi l’UA n’a-t-elle pas encore convenu d’une directive à traduire dans la législation nationale de chacun de ses états membres et qui déclarerait l’esclavage comme crime contre l’humanité ?

Je pense qu’il faut activement construire le & Panafricanisme des consciences & en régénérant le capital humain africain à travers des programmes concertés à l’échelle continental (Education, Santé, Environnement, Culture) pour la jeunesse. Le panafricanisme des consciences pour une citoyenneté africaine active, qui permet la mobilisation des forces endogènes pour des disruptions pouvant faire de l’Afrique le moteur global du développement durable dont elle possède les potentialités. Autrement, même la construction de la ZLECAF (Zone de Libre Échange Continentale Africaine) se fera selon les schémas hérités de l’épistémicide, ceux qui entretiennent nos complexes et nous conduisent à exporter nos richesses et importer nos pauvretés.

L’Union Africaine et sa Commission ont besoin de programmes emblématiques à cet égard ciblant la jeunesse africaine. Comme par exemple un programme d’échange d’étudiants et d’enseignants entre universités et grandes écoles à l’échelle du continent et qui donnerait du sens et du contenu à un nouveau Panafricanisme 2.0. Aujourd’hui, ce type de brassage ne se fait au mieux que sur les campus des pays occidentaux.

Une mutualisation des ressources pour conforter la recherche africaine et valoriser ses résultats (observations et essais cliniques conjoints) sans attendre un exéquatur qui viendrait d’ailleurs. Le foisonnement en Afrique d’innovations et d’initiatives solidaires à l’occasion de la riposte face à la pandémie du Covid-19, ne constituent certainement que la pointe de l’iceberg.

“Je ne suis pas africain parce que je suis né en Afrique, mais parce que l’Afrique est née en moi”. (Kwame Nkrumah)

# JusticePourGeorgeFloyd, implique aussi que les Africains rendent justice à l’Afrique.

 

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