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Interdiction de la campagne électorale physique : Entêtement des candidats, timide répression

La campagne électorale des élections communales et municipales 2020 censée être exclusivement médiatique ne se passe pas qu’ainsi. Sur le terrain, des candidats continuent de drainer du monde pendant que force peine à rester à la loi pour la préservation de la santé des populations peu conscientes de l’enjeu.

Par S. B. A.

Dans la commune de Toffo, des candidats ont eu plusieurs contacts physiques avec les populations le weekend écoulé. Des hommes et des femmes, des jeunes et des enfants massivement sortis ont formé des regroupements serrés de pas moins de 100 personnes dans les quartiers sillonnés. Le dimanche 10 mai à Aclonmè (Sèhouè), collés l’un à l’autre, peu d’entre eux sont munis de masques. Pour les rares qui en ont, cet outil de protection est encore simplement descendu sous le menton. L’ombrage d’un arbre aux branches larges aidant, ils écoutent religieusement les candidats souhaiter d’abord « bonne fête aux mères » avant de laisser des consignes de vote. « Ce jour-là, le 17 mai 2020, qu’ils sortent massivement voter pour le cheval, seule manière de nous donner le pouvoir de réaliser à leur profit, nos projets », déclare un candidat introduit par une femme.

C’est ainsi que, dans le Littoral, l’Atlantique et au-delà, de nombreux acteurs politiques en lice pour les communales et municipales, habitués à faire le chaud sur le terrain pour haranguer les populations en vue d’obtenir leurs voix, peinent à s’adapter aux nouvelles réalités dictées par la crise sanitaire liée au Covid-19. Parmi les mesures de riposte prises par le gouvernement, figure en effet, l’interdiction des regroupements de plus de 50 personnes. En tout lieu, la distanciation physique, le port de masque et la désinfection ou le lavage des mains doivent être observés. Mais depuis le début de la campagne électorale confinée aux médias du fait de cette menace sanitaire, de nombreux rassemblements politiques ont toujours cours sur le territoire national.

A Sèhouè, des populations mobilisées autour des candidats malgré l’interdiction des campagnes sur le terrain

Dans certains cas, la descente est bien planifiée et les sages et notables de telle ou telle localité sont annoncés pour n’être que les concernés ou invités. Même si à l’arrivée, ce n’est pas exactement le cas. Les populations se bousculent sur les lieux comme à Agla, dans le Littoral avec un candidat d’un des deux blocs de la mouvance. Dans la semaine du lundi 4 mai, des citoyens ont été également aperçus autour de candidats en pleine campagne parfois nuitamment à Akpakpa et à So-Ava.

Par contre, et c’est généralement le mode opératoire par ces temps, l’autre astuce des candidats est d’improviser une sortie sur le terrain. Alors, les populations qui n’étaient pas invitées sortent spontanément pour s’agglutiner autour d’eux. Sur plusieurs images et vidéos qui ont futé sur les réseaux sociaux, des femmes, des enfants à moitié nus et des hommes sont ainsi aperçus massivement mobilisés. C’est le cas avec l’ancien député Désiré Vodonou. Le jeudi 7 mai, une vidéo montrant ce dernier au milieu d’une foule surexcitée a inondé la toile. Pour répondre aux voix qui y ont vu une violation flagrante des mesures de riposte contre le coronavirus, la Cellule de communication du Br-Zogbodomè a rendu public un communiqué. La manifestation n’était pas un meeting sciemment organisé, a réfuté la Cellule. Il s’agirait plutôt de « jeunes gens (une dizaine à motos), qui étaient venus l’accueillir » et qui « ont été rejoins par des femmes et d’autres jeunes de son village natal, venus l’accueillir, suite aux intoxications, qui faisaient état de ce qu’il n’était pas sur le territoire national ». Pourtant, l’ex-député n’a pas manqué de profiter de l’occasion. Dans la vidéo, microphone aux lèvres, il s’est adressé avec engouement à la foule « inespérée ».

Timide répression

Pour le moment, pas de prompte répression. Tout est resté à l’étape d’injonction. Malgré les dénonciations, images à l’appui, de rassemblements clandestins en violation de l’interdiction, les auteurs ont été très peu inquiétés pour dissuader d’autres. Ce n’est que le vendredi 8 mai que le préfet du Zou et des Collines a tapé du poing sur la table après à l’arrestation à Abomey, des acteurs politiques épinglés pour ce motif. « Il m’a été donné de constater que certains hommes politiques, toutes tendances confondues, continuent de faire mobiliser les populations aux fins d’organisation de meeting dans nos villages et quartiers en dépit des mesures barrières prises par le gouvernement dans le cadre de la lutte contre la propagation de Covid-19 sur le territoire national. Ce comportement qui viole ces mesures qui sont d’ailleurs d’ordre public, ne saurait continuer d’être tolérés », a-t-il prévenu dans un communiqué. « C’est pourquoi, j’appelle au sens de responsabilité de tous les acteurs politiques des départements du Zou et des Collines pour le respect strict de l’interdiction de la campagne électorale au contact physique des populations et d’opter pour une campagne électorale médiatique. En tout état de cause, des instructions fermes sont données aux forces de sécurité publique pour décourager tout acter politique qui continuera de se donner à cette pratique préjudiciable à nos paisibles populations en ce qui concerne leur protection contre une contamination du coronavirus », a menacé Firmin Kouton.

Avec la levée du cordon sanitaire dès le 11 mai pour un retour progressif au cours normal de la vie, ces mobilisations politiques, profitant d’une timide répression, pourraient anéantir tous les efforts déployés jusque-là pour contrer le Covid-19. Encore que la réouverture des classes fait craindre le pire !

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