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Jean-Michel Abimbola : «Le Vodun s’est affirmé, au fil du temps, comme une source multidimensionnelle de l’altérité africaine» (Discours)

Monsieur le préfet de l’Atlantique ;

Monsieur le Maire de la commune de Ouidah ;
Sa Majesté, Pontife Daagbo Hounon ;
Sa Majesté Daagbo Hounan II ;
Mesdames et Messieurs les hauts dignitaires, Chefs de cultes à divers niveaux de nos religions endogènes ici présents ou représentés ;
Mes chères sœurs et chers frères Hounnon, Hounvi et Vodounsi ;
Chers Frères et sœurs venus de la diaspora, Chers festivaliers ;
Distingués invités, en vos titres, rangs et grades respectifs ;
Mesdames et Messieurs de la presse ;
Mesdames et Messieurs ;
Aujourd’hui, 10 janvier, jour de grâce dans le calendrier national des religions ancestrales, jour béni pour les adeptes des divinités tutélaires des couvents et temples du Bénin.
En prenant la parole ici, sur cette plage historique, j’imagine que le monde du vodun dont notre pays est une des principales terres d’expression, est fort enthousiaste, porté par la ferveur de la foule des croyants, inspiré également par la passion des curieux et des touristes toujours demandeurs d’émotions et de connaissances…
Permettez-moi, dès l’entame de mon propos, de vous souhaiter la bienvenue à cette manifestation, tout en profitant, par la même occasion, de vous adresser mes vœux les meilleurs de santé, de paix profonde et de prospérité pour cette année 2022.
Mesdames et Messieurs ;
Après deux (02) années de célébration fort modeste de la fête de nos religions endogènes en raison des mesures restrictives imposées par la pandémie de la COVID 19, nous voici rassemblés ce jour à la plage de Ouidah autour de l’immense patrimoine commun de notre pays, le vodun.
En effet, grâce aux efforts continus du Gouvernement de notre pays et aux sacrifices consentis par les uns et les autres sur la nécessité d’observer sans relâche les gestes barrières et de se faire vacciner, nous avons la possibilité de nous retrouver, pour communier autour de ces croyances, de nos croyances, celles qui font foi dans les traditions séculaires de nos ancêtres.
Vous me permettrez alors de profiter de cette tribune pour vous exhorter une fois encore à redoubler d’ardeur dans les prières et invocations, à solliciter la sagesse et la vigilance des prêtres et dignitaires religieux afin qu’ils continuent à éclairer les populations sur les comportements sains, sur les gestes barrière à observer en tout temps et en tout lieu. Les divinités protectrices, les esprits ancestraux nous veulent toujours forts, toujours robustes, pour poursuivre et accompagner le Président de la République dans les multiples chantiers de constructions qu’il a mis en branle depuis son avènement.
En effet, dans son Programme d’actions 2021 – 2026, le PAG 2, le Président a fait l’option d’intensifier les efforts dans les secteurs du tourisme, de la culture et des arts ; efforts articulés autour d’une dizaine de projets aussi structurants qu’ambitieux afin de mettre sur orbite la « Destination Benin ». Le tourisme, faut-il le rappeler ici, constitue le deuxième secteur d’investissement le plus important avec son attelage « culture et art » qui donne sens à ce projet. Au titre des offres importantes que ce secteur va implémenter, figurent la Route des couvents et le musée Vodun.
Si l’immersion dans les temples et couvents peut permettre au public, quel qu’il soit, de vivre les cultes, les rituels et l’ambiance caractéristiques de ces lieux sacrés, le musée, lui, offrira aux visiteurs une variété de connaissances sur le sujet avec des images et des représentations des différentes déités à travers une scénographie spécifique. Il s’agit de montrer la complexité de la spiritualité de nos aïeux, de rendre hommage à la façon dont ils pratiquent leurs religions.
Loin de l’image caricaturale qu’en a donné le cinéma hollywoodien, débarrassé de l’étiquette du satanisme qu’on lui a longtemps collée, le Vodun s’est affirmé, au fil du temps, comme une source multidimensionnelle de l’altérité africaine. On y découvre une science du savoir, un creuset de tolérance, un ensemble de croyances philosophiques, un savoir-faire artistique. Cette école de la vie qui prône des valeurs fondamentales comme l’amour, l’humanisme, la tolérance, le respect de la nature, demeure encore et heureusement, la vitrine identitaire de la plupart des peuples du Golfe du Bénin en général et de leur diaspora.
Et quand on parle de diaspora, on pense forcement aux millions de nos frères et sœurs que la tragédie de l’histoire a dispersés aux quatre horizons du monde et plus précisément dans les Amériques. Dans la quasi-totalité des pays de ce continent, le vodun s’est régénéré, plus éclectique, intégrant, à chaque fois, les apports des éléments des cultures locales. Malgré l’hostilité, la chape de plomb et le mépris dont elle a souffert, cette religion reste toujours vivante, pratiquée par beaucoup d’afro-descendants qui ont trouvé en elle les réponses à leurs interrogations identitaires, l’apaisement à leurs angoisses spirituelles. Mais ce qui est extraordinaire aujourd’hui, c’est que le vodun a gagné le cœur de nombreuses personnes dans le monde, au-delà des communautés africaines et de leurs diasporas. On ne compte plus les travaux scientifiques qu’il inspire aux chercheurs, ni les films documentaires qu’il suscite chez les réalisateurs, ni la fascination qu’il continue d’avoir sur des millions de curieux à travers le monde. Et le Bénin qui en est le berceau, rêve d’en devenir la Mecque, la capitale mondiale, pour y drainer la foule des adeptes, des dignitaires, des chercheurs, des créateurs et des touristes. Et l’écosystème qui permet de le réaliser, se met progressivement en place, pour permettre aux industries touristiques et culturelles de prendre le relais afin d’alimenter les offres les plus crédibles, les plus attractives, les plus originales dans le respect et la dignité.

Mesdames et messieurs ;
Chers invités
Quand je vois ce monde aussi coloré autour de moi, quand je vois la ferveur qui monte au sein de l’assemblée, je ne peux m’empêcher de penser aux valeurs de diversité, de tolérance et de partage que prône le vodun. Ces valeurs avaient trouvé déjà écho dans les créations de nos frères de la diaspora, en l’occurrence chez celui qui est considéré comme le plus grand guitariste de tous les temps, Jimmy Hendrix. Sa fameuse chanson « voodoo child » qu’à reprise notre compatriote Angélique Kidjo, célébrait, il y a plus de cinquante ans, la tolérance et le partage avec l’homme blanc. Il disait ceci
Enfant Vaudou
Je me tenais fier, entouré de ces hautes montagnes
Quand je les gravis une à une de mes mains nues
Je me suis senti, très grand, dominant le monde
Parce que j’suis un enfant vaudou
Un jour, je l’espère nous marcherons ensemble
Et si je ne te revois plus dans ce monde
Alors, je t’attendrais dans le suivant
Et ne sois pas en retard pour une fois,
Parce que je suis un enfant vaudou
Dieu sait que je suis un enfant vaudou

Vive les religions endogènes !
Vive le patrimoine culturel au service du développement !
Vive le Bénin !
Je vous remercie.

[Allocution du Ministre Babalola Jean-Michel H. ABIMBOLA]

Ouidah, le 10 janvier 2022

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