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Joël Atayi-Guèdègbé A/S statut de chef de file de l’opposition : « Ça nous grandit tous de reconnaitre la légitimité de l’opposition »

En application du décret n°2021-183 du 28 avril 2021 et conformément à l’article 7 de la loi portant statut de l’opposition, Paul Hounkpe, secrétaire exécutif du parti Force cauris pour un Bénin émergent (Fcbe), a été confirmé chef de file de l’opposition béninoise. Sa nomination est intervenue dans un contexte de crise politique ayant divisé les partis d’opposition au gouvernement de la Rupture avec des questionnements sur la reconnaissance de ce dernier par ses pairs. Joël Atayi-Guèdègbé, politologue et acteur de la société civile, estime que l’effectivité de ce poste permet aux opposants d’être rassurés dans leur droit et d’avoir un minimum de garantie pour continuer d’assumer leur statut. Le poste de chef de file de l’opposition dit-il, est perfectible à la lumière de la pratique. Comme chantier urgent pour Paul Hounkpè, il l’appelle à travailler à « fédérer un tant soit peu l’opposition ».

Propos recueillis par Raymond FALADE

Bénin Intelligent : Votre avis sur la nomination du chef de file de l’Opposition

Joël Atayi-Guèdègbé : C’est une très bonne chose que notre pays aboutisse un tant soit peu sur le statut de l’opposition. C’est quasiment un serpent de mer qu’on trainait depuis un certain nombre d’années. On n’a pas manqué d’avoir un statut de l’opposition dans les années antérieures mais avec des ambigüités, avec des dispositions qui n’étaient pas de la convenance de ceux qui étaient opposants à l’époque. Sans doute que substantiellement, des choses ont changé ou alors que dans les circonstances actuelles, ceux qui ont accepté de jouer le jeu vont commencer à bénéficier de ce statut-là qui a été relativement rénové. Il est possible qu’il soit perfectionné encore à la lumière de la pratique ou des amendements de ceux qui n’ont pas beaucoup participé à la prise de ces lois-là. Mais c’est une bonne chose que ceux qui font profession d’être de l’opposition soient rassurés dans leur droit et aient un minimum de garantie pour continuer à assumer ce statut, qu’ils peuvent être une alternative, qu’ils peuvent représenter et incarner l’alternance. La démocratie n’a pas de sens sans application d’un certain nombre de mécanismes relatifs à la minorité et à la reconnaissance des droits de la minorité, à la possibilité pour cette minorité, pour cette opposition de pouvoir devenir majoritaire et accéder au contrôle du pouvoir. C’est en cela que ça nous grandit tous de reconnaitre la légitimité de l’opposition dans notre pays, de lui aménager au tant que faire par les voies et moyens pour prospérer et éventuellement compléter la majorité sinon être un partenaire du chef de l’exécutif en le consultant sur des questions d’importance nationale ou internationale pour le pays. Cela va dans le bon sens quelle que soit la personne qui l’incarne, c’est l’application des lois et non la tête du client que ce statut a échu à celui qui le porte aujourd’hui comme chef de file de l’opposition. Mais au-delà de lui, les militants de l’ensemble des partis de l’opposition doivent pouvoir y trouver des garanties pour assumer leur position divergente.

La tâche sera-t-elle facile à Paul Hounkpè quand on sait que l’opposition n’est pas unie et qu’il y a une frange qui refuse de le reconnaitre comme leur porte-parole direct auprès du président de la république ? Le cas de Eric Houndété, président du parti Les Démocrates qui a affirmé que « c’est un non-événement ».

C’est de bonne guerre. En se mettant à sa place, nombre de militants de son parti ont affaire à la justice et sans même que les procès aient commencer. A la rigueur, cela peut être plus préoccupant que de vouloir jouer immédiatement ou de vouloir faire allégeance à un chef de file de l’Opposition. Toujours est-il que la loi portant statut de l’opposition reconnait comme en tant que chef de l’Opposition, les responsables des formations politiques de l’opposition qui acceptent de rentrer dans ce cadre-là ; et de voir ceux-là qui font la déclaration d’appartenance à l’opposition, participer aux élections et en fonction de leur score acceptent que le plus méritant des partis et celui qui a le plus de représentant à l’Assemblée nationale voire dans les conseils communaux voit son premier responsable assumer la fonction de chef de file de l’Opposition. A charge pour celui-là de trouver les moyens d’animer son office en menant les concertations qu’il faut, en essayant d’être le plus fidèlement possible le porte-parole ou en quelque sorte de faire la synthèse des préoccupations des autres chefs de l’Opposition qui l’entourent pour avoir une légitimité et aussi pour porter de manière pertinente la parole de cette frange de la vie politique qui ne se reconnait pas dans la conduite des affaires du pays. Et le chef de l’Exécutif en a bien besoin d’autant plus que le chef de file de l’opposition est un de ses interlocuteurs privilégiés auxquels il peut avoir facilement accès, encore qu’il est consultable sur un certain nombre de questions, seul ou avec les autres. Donc à terme, je doute qu’il y ait à redire sur la nécessité d’avoir de telle disposition. Mais je peux comprendre que dans la conjoncture actuelle certains qui n’ont pas pu participer aux élections par manœuvre, par refus, par exclusion comme ils le disent, qu’ils aient du mal à aller allègrement à la volonté de jouir de ce statut-là.

Quelles sont les actions urgentes que doit mener le chef de file de l’Opposition à l’heure actuelle ?

Son mandat n’aurait pas sens s’il n’arrive pas à refléter quelque peu, les propositions faites par l’ensemble des partis qui se réclament de l’Opposition. Il ne s’agit pas de faire l’unanimité. Ce n’est même pas évident d’ailleurs, d’organiser et d’assurer un minimum de consultation et de cohérence à travers ce qui, à priori devrait avoir un minimum de convergence. Donc, c’est un défi pour lui que de pouvoir incarner cela. Il est clair que vu les divergences qui opposent certaines franges de l’Opposition, la tâche ne sera pas forcément facile et qu’il aura tendance à se porter plus facilement vers la majorité, vers le pouvoir pour entamer ce qui peut être comme discussion pour garder le contact et peut-être chemin faisant, montrer son utilité. C’est l’avenir qui dira si oui ou non ce pari peut être gagné.

Comment voyez-vous les premiers pas du chef de file de l’opposition notamment avec sa tournée au cabinet des présidents des institutions de la république ?

Ce qui est juste notable dans ces rencontres qui sont fondamentalement des rencontres de prise de contact, c’est qu’elles donnent le signal qu’il ne doit pas y avoir d’ostracisme dans la vie de notre pays. Et tout opposant qu’il soit, qu’on puisse être fréquentable et qu’on puisse aussi fréquenter les institutions du pays sans crainte de confusion, de collusion possible. C’est le minimum de civilités auxquelles on devrait même s’attendre dans une démocratie digne de ce nom où on se respecte, où chacun est dans son rôle sans jeter à tout prix l’anathème sur l’autre. Mais cela ne peut pas être l’essentiel de la fonction d’un chef de file de l’opposition. Quand je prends la Haute autorité de l’audiovisuel et de la communication (Haac), on peut comprendre que sur la question de l’accès aux médias de service public, qu’il y ait des situations à régler, un plaidoyer à mener et le chef de file de l’opposition ne mènerait encore mieux ce plaidoyer s’il était davantage accompagné des préoccupations des autres opposants. Cela donnerait plus de poids, plus de crédit et amènerait probablement même l’opinion nationale à abonder dans leur sens sinon à mieux comprendre le bien-fondé de leurs revendications. Maintenant, il est libre de demander audience partout où il veut. Il doit pouvoir même fréquenter les chancelleries étrangères, rencontrer à l’étranger d’autres chefs d’Etat, d’autres partis politiques pour faire entendre la cause de l’opposition. Donc, il n’y pas de mal à cela. Le vrai travail c’est de fédérer un tant soit peu l’opposition et pour être légitime à porter la parole.

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