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Judas n’est pas rasta

« Silence ! Ici, maison sacrée du Seigneur. Indésirables sont les rastas » : Parole du saint Seigneur tirée du règlement intérieur du curé. Un texte fictif pas assez vulgarisé, certes. Mais la loi étant la loi, qu’on l’ignore ou non, un pauvre photographe a subi la sanction : renvoyé de l’église. Il ne fallait pas qu’il déconcertât les fidèles : seul le Christ, du haut de sa légendaire sainteté, a le droit et le privilège de polariser les paroissiens !

 

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Avis au reggeman Sabba Nazaire, au slameur Sêminvo Xlixè sans oublier Rodrigue Ako, le photographe personnel du chef de l’État Patrice Talon et tous les autres. Nous savons maintenant qu’à la lumière du « dictionnaire du curé », le rasta est une menace pour la foi, un nuisible sujet de « déconcentration ».

Quel écho dans le public lorsqu’un « homme de Dieu » en vient à diaboliser ce style ? Sans doute un renforcement de la mauvaise connotation dont déjà il est étiqueté. En mai 2010, deux rastas considérés comme des criminels ont été brûlés vifs à Abomey. L’un d’eux, Joël, artiste plasticien était attendu en France pour une exposition. Nous voici dix ans plus tard, surpris de noter que les mentalités n’ont pas évolué même chez les « akowé ».

Dans l’imaginaire populaire, le portrait moral de la coiffure rasta est celui du gangstérisme, du banditisme. Adopter cette coiffure, c’est se voir assimiler d’office à un divorcé social. À cause de cette “coquetterie” capillaire, certains adeptes du “rastafarisme” ont dû – hélas ! perdre leur contrat de travail ! Bonjour la traque aux cheveux emmêlés.

Mais, le rasta fait-il le brigand, le bandit, le mécréant ? La prison civile de Cotonou serait-elle infestée de rasta plutôt que de bien-pensants ? Les grandes douleurs de ce monde sont-elles l’œuvre des rastas ? Judas Iscariote, le célèbre « vendeur de Christ » jamais égalé, était-il rasta ?

Se laisser scandaliser par l’aspect extérieur des choses est le drame de ce siècle. La nausée que certains éprouvent à propos des dreadlocks relève soit d’un conservatisme débridé soit d’une méconnaissance maladive de l’histoire de ce style singulier. Attardons-nous plutôt sur cette dernière.

Quoique effrayants pour les uns, extravagants pour d’autres, les locks illustrent une noble philosophie. Le mouvement né dans les années 1930 en Jamaïque prône un retour aux sources culturelles africaines et à cette musique reggae. Les adeptes portent des locks soit pour manifester leurs croyances politiques nationalistes ou panafricains soit comme un symbole d’unité, un refus de l’oppression raciste et de l’impérialisme.

 

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Visiblement, les Seigneurs d’aujourd’hui sont de sournois saigneurs ! Ils savent chasser un photographe qui vit de « mouvements intempestifs ». Ils savent distinguer les bons grains de l’ivraie. Pas comme leur maître lointain qu’on appelle Christ ; un certain Jésus caduc qui mélange tout, accueille tout le monde et qui se révèle incapable de refouler la prostituée devant les intimes apôtres. Rastas de tout le Bénin, courage !

Sêmèvo Bonaventure AGBON

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