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”Le 10 janvier : et après ?” Ce qu’en disent les socio-anthropologues (Pr Raymond Assogba)

En prélude à la célébration de la fête des religions endogènes, le professeur Raymond Assogba a organisé ce jeudi 09 janvier une conférence publique à l’Université d’Abomey-Calavi sur le thème « Le 10 janvier : et après ? » pour déconstruire le mythe autour du Vodoun pour le développement durable.

Par Sabirath AWO (Stag.)

Jusque-là, c’est silence radio pendant un an après chaque 10 janvier avant que les Vodounsi et Vodoun ne sortent à nouveau. Une telle célébration annuelle, qui montre la vitalité du Vodoun n’est pas suffisante pour son développement. A travers le thème “Le 10 Janvier : et après ?” le professeur Raymond Assogba développe qu’il faut bien d’autres actions après les démonstrations cultuelles et artistiques des cultes endogènes en vue de leur rayonnement au service du développement durable. Par exemple, faire connaître les différents aspects du Vodoun, faire tomber les multiples préjugés à lui assigner et montrer son rôle dans le développement de notre pays. Et c’était justement l’objectif de ladite conférence qui a drainé, jeudi 9 janvier à l’Université d’Abomey-Calavi plusieurs socio-anthropologues. Le professeur enseignant au département de ”Boologie”, Raymond Assogba envisage d’initier un colloque scientifique qui va traiter de la question de ”l’après 10 janvier.
Mais avant, le président du comité d’organisation François Zavier Goï, a mis l’accent sur la place réservée à nos religions endogènes et a espéré que cette conférence contribue à lever le voile sur tout le mythe autour de ces valeurs. Pour lui, « le thème nous permettra de réviser le lien dynamique que peuvent entretenir religion et culture dans l’ensemble des projets de développement sur un territoire ». Aussi a-t-il invité les uns et les autres à unir leurs forces pour conserver les acquis de nos patrimoines endogènes gage d’un développement durable.
Plusieurs communications ont meublé cette conférence au cours de laquelle les différents aspects du Vodoun ont été appréhendés. A travers les enseignements de maître Bobos, premier communicateur, le Vodoun n’a rien de mystique, il est juste une religion comme toute autre qui n’a pas besoin d’être dénigré mais dont on doit faire l’expérience avant toute critique. Ces différents échanges ont permis aux participants de connaitre les éléments essentiels quand on parle du Vodoun. Il a aussi donné la signification du choix de la date de célébration des cultures endogènes qu’est le 10 janvier. Ses successeurs tel le professeur Julien Gbaguidi et Raymond Assogba, initiateur de la conférence, ont beaucoup plus approfondi les notions de culture Vodoun et développement.
Outres les différents aspects du Vodoun abordés, des propositions d’activités rentrant dans le cadre du développement ont été faites. Il s’agit entre autres d’explorer les valeurs cultuelles et culturelles du Vodoun dans la production cinématographique, a soulevé le professeur Julien Gbaguidi dans sa communication. Il a précisé que c’est une manière de vendre les arts et la culture du Bénin. « Pourquoi ne pas faire des dessins animés avec le Zangbéto et les Egoun-gouns pour amuser nos enfants comme les Spidermans que nous proposent les occidentaux » a-t-il suggéré.
Le sociologue du développement, Raymond Assogba note que « le 10 janvier vient mettre l’accent sur le développement de notre histoire ». Il poursuit qu’au-delà des danses et autres cérémonies festives qu’on connait au Vodoun, il a un caractère économique en ce sens qu’autour du Tolègba il y a toujours des activités commerciales. « Là où se trouve le Vodoun il y a toujours du monde, de l’ambiance, profitons de celle-ci pour produire de la valeur ajoutée à notre économie » propose le professeur. “On ne se développe pas, insiste-il, sur l’histoire d’un autre peuple. Les français, les allemands, les américains ont leurs histoires. Mais les béninois ont aussi leur histoire, et l’histoire des béninois c’est le Vodoun dont il faut prendre conscience. Vodoun donne la liberté d’échapper au diktat de la banque mondiale, du Fmi et des grandes puissances. Il faut que les jeunes sachent que si ce pays existe c’est le Vodoun qui a permis à nos ancêtres de s’organiser. Le Vodoun est utilisé comme un concept pour organiser, photographier la réalité. Quand on dit Vodoun Dan, Vodoun Toxossou, ce sont des concepts. Ce sont des mots qu’on peut élever au rang de concept pour réorganiser la vie. Car la plupart des idées que nous avons aujourd’hui sont des idées que les missionnaires nous ont inculquées au catéchisme dans les églises”.
Les participants à la fin de la conférence n’ont pas manqué d’exprimer leur satisfaction et de sortir de cette amphithéâtre avec une nouvelle idée, cette fois-ci positive du vodoun. Pour Hélène Yayi, chacun est libre de ses choix vis-à-vis de la religion. Elle se dit beaucoup plus rassurée désormais par rapport aux histoires inventées autour du Vodoun pour faire fuir ses adeptes. « Ce que j’ai le plus retenu, c’est que le Lègba n’est pas là pour faire du mal mais plutôt pour protéger ses enfants que sont les humains et particulièrement les Béninois ». Quant à Friedel Adjatin, étudiant en 3e année de Lettres modernes l’essentiel des échanges et débat concurrent à une meilleure utilisation de nos valeurs endogènes pour faciliter le développement. « Cette conférence vient apporter beaucoup d’éclaircissements sur cette date et nous permet de connaitre les bases du Vodoun parce que nous sommes d’une époque de marginalisation de la culture béninoise », a-t-il ajouté. En clair, tous reconnaissent que le développement du Bénin ne se fera pas sans revenir à notre seule source : notre culture.

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