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Légalisation de l’avortement : Le choc des convictions

Au Bénin le sujet d’actualité a pour nom : l’avortement. Faut-il le légaliser ou non ? La question divise profondément au moment où un projet de loi sur sa légalisation est au Parlement. Religieux, parlementaire et sociologues s’affrontent.

Par Sêmèvo Bonaventure AGBON

Le chef du Législatif béninois est contre. Louis Vlavonou est certain de voir un complot de l’Occident derrière. Selon lui‚ l’avortement est contraire aux valeurs culturelles du Bénin. «L’avortement est la mort d’un “tout petit”»; «La législation sur l’avortement est un axe du complot de l’Occident»; et «L’avortement est une idéologie qui ne rejoint pas notre culture». Tels sont les propos phares qu’il a tenus, vendredi 8 octobre à Grand-Popo à l’ouverture des travaux du séminaire de renforcement des capacités des parlementaires sur l’amélioration de l’environnement institutionnel et législatif en faveur des droits à la santé sexuelle et de la reproduction du Bénin. A sa suite, c’est l’Église Catholique qui s’est aussi exprimée sur le sujet. La Conférence épiscopale du Bénin (Ceb) est, elle aussi, partisan du non catégorique au nom de la protection de la vie. Elle invite fermement les députés à ne pas adopter le projet de loi sur la légalisation de l’avortement au niveau du Parlement.
Déjà‚ un député a promis voter contre. Il s’agit de l’He Bonaventure Natondé Aké. Le député de la 24ème circonscription électorale a dévoilé sur sa page Facebook les raisons de son opposition à la loi autorisant les interruptions volontaires de grossesse : « parce que la vie humaine est sacrée, il ne nous revient pas de légaliser une industrie de la destruction en série dans l’espace et dans le temps des âmes innocentes qui constitueront demain la force de travail et de développement du Bénin»‚ a-t-il écrit. Et de poursuivre : «parce que nous devons sauver nos filles des affres d’avortements pouvant conduire à leur stérilité ou même à leur mort, nous devrions ranger ce projet de loi; parce que d’un point de vue économique, la population du Bénin qui ne compte que moins de 12 millions d’âmes ne peut être soumise à une cure de restriction des naissances quand on connaît la démographie des pays de la sous-région notamment le Nigéria; parce que le Bénin doit dire non au diktat des bailleurs de fonds qui veulent contrôler jusqu’à notre respiration, il convient de dire non à une telle loi; parce que la loi de 2003 sur la santé sexuelle et la reproduction règle les problèmes liés aux grossesses à risque et aux grossesses issues des cas de viol, ce projet n’a pas sa raison d’être; et parce que la libéralisation de la vente des médicaments provoquant les avortements qui désormais seront vendus sans ordonnance médicale constituera un problème de santé publique qui risque d’être plus meurtrier que la Covid-19».

Des sociologues contrattaquent

Au regard de la n°2003-04 du 03 mars 2003 sur la santé de la reproduction, l’avortement n’est autorisée qu’à trois conditions ayant un fondement beaucoup plus éthique, l’éthique sanitaire. Suivant l’article 17; il s’agit de, primo, lorsque la poursuite de la grossesse met en danger la vie et la santé de la femme enceinte; secundo, à la demande de la femme lorsque la grossesse est la conséquence d’un viol ou d’une relation incestueuse; et, tertio, lorsque l’enfant à naître présente une malformation congénitale. Ces trois conditions ne suffisent pas, du moins de l’avis de sociologues du Laboratoire d’analyse et de recherche religions, espaces et développement (Larred-Uac) du professeur Dodji Amouzouvi. Puisque, soutiennent-ils, un “marché noir” de l’avortement prospère malgré l’interdiction. Ce qui est dû à bien d’autres mobiles qui contraignent aujourd’hui à cette pratique, même au sein des couples mariés. C’est la position du docteur en Sociologie Emile Comlan Badevou qui n’occulte pas les grossesses survenues à l’issue de relations extraconjugales et dont on ne veut pas. «Combien d’hommes mariés n’ont pas enceinté leurs maîtresses et après supplier pour avorter juste parce qu’on ne veut pas avoir d’enfants à l’extérieur ou parce que ce n’est pas dans les clauses ou au motif qu’on ne veut pas détruire son foyer. Combien de jeunes et de célibataires n’ont pas supplié leurs copines d’avorter parce qu’ils ne sont pas encore prêts pour l’aventure d’être père ? L’avortement clandestin tue non seulement le fœtus mais aussi la mère quand ça se passe mal», fait-il observer. «Bien que l’avortement soit interdit, le taux d’avortement clandestin dans la communauté serait certainement très élevé ce qui dénote de l’hypocrisie des Hommes face à cette question très sensible»‚ a-t-il enfoncé. Et de conclure qu’«Il y a plus à gagner en légalisant l’avortement qu’à le réprimander». Tout en admettant qu’une unanimité n’est possible sur la question Mantikpon Vuldano Venance Adounvo‚ dont la licence en socio-Anthropologie/option Santé a porté sur le sujet‚ pense qu’il vaut mieux se débarrasser d’un embryon qui‚ lorsqu’il naîtra‚ sera “jeté sur un tas d’ordures” ou livré à la rue “à la merci de ceux qui les éventrent pour en faire des sacrifices”. Situation que l’assistance sociale défaillante peine à soigner.
De son côté‚ le doctorant en sociologie, Fidèle Ballo Guèdè estime que «La position de l’Église Catholique est une position moralisante qui n’a pas besoin d’être argumentée en principe. Le fait est que ce qu’elle dit n’est pas un point de vue intellectuel en soi mais, juste une posture éthique dictée par le dogme chrétien. Évidemment, cette posture peut être guidée par des réalités elles-mêmes logiques ou légitimes.» Toutefois, lui interroge : «Au regard des représentations et usages actuels du sexe, chez les jeunes surtout, l’Eglise trouve-t-elle réaliste d’interdire l’avortement ?» Il reconnaît, certes, que «La morale chrétienne tente de préserver les valeurs humaines. Cependant, dans les faits, tout ne se passe pas comme l’église veut». Il demande alors si «L’Eglise acceptera-t-elle de récupérer tous les enfants nés de grossesses non voulues?».

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