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« Les enseignants du Supérieur, ces « super-héros » : Une Réflexion du Docteur (MC) Raymond Assogba

Instauration de l’inspection au Supérieur et évaluation des enseignants par les apprenants. Deux réformes que le candidat Talon en quête d’un second mandat prévoit opérer. Il les a exposées aux étudiants, vendredi 26 mars lors du lancement de sa campagne électorale. « (…) il faut l’avouer, je m’excuse auprès des enseignants du Supérieur qui sont dans la salle, que l’Enseignement supérieur n’est pas challengé, que les enseignants du Supérieur pour un grand nombre, sont laxistes, beaucoup sont mal formés eux-mêmes. oui ! J’assume ! Beaucoup sont mal formés eux-mêmes et beaucoup font peu d’efforts. » L’un des enseignants ainsi indexés, le Sociologue-Boologue Raymond Coovi Assogba, Maitre de Conférences (Cames) décrypte ces propos du chef de l’Etat, dans le fond et le ton. Voici l’intégralité de sa réflexion. 

 

LIBRE PROPOS

Les enseignants du Supérieur, ces « super-héros »

Bienvenue à la nation, sur la Terre de l’Université d’Agbomε Kanɖofi, Colline abritant le haut lieu du Savoir du Danxomε ; ici, notre emblème, celui du Savoir est symbolisé par la Flamme allumée, jamais éteinte. Un enseignement est attaché à ce flambeau : le corps en est le souffle des enseignants, et la flamme, jaune vive, tirant parfois sur le rouge, est la métaphore de la Gnose ou « nu nywɛn » ; la loi qui dérive de cet ensemble est « l’héritage » ; c’est la loi qui régit les rapports entre les étudiants et les enseignants : transmettre l’héritage du savoir accumulé aux héritiers ; ceux-là même qui ont été témoins de la méthodologie par laquelle, l’acquisition de la Gnose s’est faite ; ils en sont les meilleurs gardiens ; car, devant reproduire le système de l’enseignement supérieur. Mais, ceci dit, quelle est l’utilité du savoir supérieur ou enseignement supérieur à promouvoir de viser haut, toujours plus haut ?

Il nous est revenu que le premier magistrat du pays s’est fendu, pour annoncer un futur atelier, d’une parole belliqueuse sur les compétences que les enseignants ne transmettraient pas aux étudiants ! Il semblerait qu’il reproche le « laxisme » aux enseignants ; il se susurre, à écouter l’enregistrement partagé tous azimuts, sur les réseaux sociaux, les propos du lancement de sa campagne électorale présidentielle, que les enseignants sont trop libres : « ils ne seraient pas challengés…mal formés…ils doivent être contrôlés…contrôle de présence, d’activités…ce sont des sortes de super-héros…pour qui un dispositif complémentaire de contrôle avec intervention des étudiants devrait être mis en place… » C’est heureux que l’enseignement supérieur soit un morceau choisi des priorités dans l’action gouvernementale.

Je n’y trouve rien à redire ; sinon que la manière de jeter l’opprobre sur une corporation intègre, avant de la rencontrer n’est pas une pédagogie que nous apprenons aux étudiants ; les étudiants sont une matière trop fragile dont les règles philosophiques héritées de nos ancêtres nous en a prévenu de la causalité : «  celui qui apprend aux enfants d’autrui à jeter la pierre sur le toit du voisin, en subira, un jour le retour du bâton » ; voilà, à peu près dit, la sagesse philosophique et la morale attachées à cette parole de la campagne électorale lancée dans le paysage morose de la vie nationale.

L’acquis de l’évaluation des enseignants du supérieur

D’abord, le système Licence, Master et Doctorat dit système LMD, a déjà prévu une évaluation des enseignements par les étudiants ; c’est un secret de polichinelle ; tout le monde en est au parfum, et nul n’en s’est montré offusqué. C’est une lapalissade ; un lieu commun du sens de l’éducation. Encore qu’on sait que l’enseignement est un lieu de liberté imprescriptible. Peut-être faut-il noter la confusion dans les propos, entre l’enseignement « secondaire » et celui du supérieur ; la confusion était patente, dans les propos ; mais, peuple béninois, l’enseignement supérieur est au service de toute la nation ; et l’enseignement supérieur est un moyen aux mains du gouvernement, puisqu’il constitue un démembrement couvert par le « ministère » du même nom : ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique.

C’est dire que l’enseignant est non seulement un transmetteur de connaissance à l’image d’un micro-processeur, mais également, un « chercheur » ; et cela, personne ne l’ignore, puisqu’il existe le cadre de l’évaluation continental de ses trouvailles : le conseil africain et malgache de l’enseignement supérieur (CAMES). Et, faut-il le dire, c’est en tant que chercheur que nous exprimons ici, les retombées sociales de la tentative d’indexation de la corporation ; les paroles font tâche d’huile, à l’image de la « pierre qui roule amasse mousse ». La poussière d’avalanche que soulève les propos ne jette pas un opprobre sur la renommée de la corporation ; puisque aussi bien enseignants que politiciens, sont un produit de l’enseignement tout court. L’enseignement supérieur forme un profil, et non des compétences ; encore moins la recherche scientifique dont le but est de veiller sur le patrimoine génétique de la conscience historique afin de préserver les politiques de contre-performance universelle.

L’héritage des aînés

Au-delà du cadre politique de l’indexation de l’enseignement supérieur, je me propose de rappeler l’identité de ces maîtres dont nous assumons aujourd’hui l’héritage. Beaucoup sont déjà morts ; paix à leur âme ; mais, nombreux, sont ceux qui vivent dans les souvenirs du savoir que nous professons à cette jeunesse qui manque d’emplois et d’opportunité de réaliser le rêve du choix de la filière dans laquelle ils ont obtenu leur diplôme, et dont le profil a été homologué nationalement. L’enseignant que je suis, sait par excellence, que l’université, dans la tradition de la lignée immémoriale de la gnose, est un lieu où « il est interdit d’interdire » ; c’est pourquoi, au-delà des bibliothèques, le phénomène sociologique de l’ « internet » apparaît comme la garantie de cet aphorisme de la liberté. L’enseignant apprend à l’étudiant à réaliser sa nature : un Dieu qui s’ignore i.e. « étudiant » ou participe présent de la prose suivante « et tu es un dieu en devenir » ; voilà rétablie, la véritable identité de ceux-là qui ont leurs diplômes, et pour qui le gouvernement déploie l’énergie d’exorciser la « pagaille », la « corruptibilité » d’une élite politique devenue plus une problématique que soucieuse de créer des emplois, avec en prime, la fermeture d’emplois au grand dam de l’esprit capitaliste qui sauvegarde l’emploi considéré comme la respiration sociale des ménages.

Il faut se féliciter que les propos sur les enseignants du supérieur aient reconnu et magnifié l’intérêt du gouvernement à accorder une priorité aux conditions d’optimisation des infrastructures et des ressources humaines; car, j’ai noté la déférence, lors de cette séquence de ralentissement  de l’ardeur de déni, qui a suivi la diatribe, sur ce que le premier magistrat reprocherait aux enseignants du supérieur, qualifiés à ce moment-là « d’une sorte de super-héros ». Et oui, nous sommes des super-héros. C’est bien là, le tribut qui a été payé comme prime au droit d’interpeller la corporation. Et oui, je rends grâce pour une telle vérité, l’enseignant est un super-héros.

Les super-héros universels du Mandɛn

J’ai pendant un cours instant, revu en pensée la compagnie Marvel qui produit les films sur les super héros qui ont bercé mon adolescence lorsque nous lisions les bandes dessinées comme Blek, Akim, Rodéo, Capitaine Miki, Zembla, Tarzan, et les fameux Araignée, Hulk et les quatre fantastiques (Richard, Jane et son frère Johnny ou la Torche vivante), etc. Tous ces super héros qui sont portés à l’écran aujourd’hui, et pour qui, les adultes disputent les télécommandes aux enfants et adolescents. Oui, monsieur le premier magistrat en campagne électorale, les enseignants du supérieur sont des super-héros, à commencer par leur ministre de tutelle, les différents recteurs et chefs de facultés et de départements ; l’université est une « école des sorciers », pour vous rappeler encore un super héros : Harry Potter ! N’oublions pas le super-héros national des contes de notre enfance : le petit Dan ! Un nom qui a occulté « vodùn Dan ». Le vodùn est un sacrement réservé aux super-héros panafricains comme Honorat Aguessy, Georges Niangoran-Bouah, Moustapha Diabaté, etc.

Vraiment, à ce candidat à sa propre succession, je suis reconnaissant d’avoir, en un moment de recueillement, rendu un vibrant hommage sans le dire, aux enseignants du supérieur, ces super-héros mais, qui meurent vivants ! Oui, peuple béninois, nous mourons vivants, de transmettre la connaissance à une masse d’étudiants dont même une escouade de soldats chargés de la sécurité publique ne pourrait affronter les émotions. Chaque jour que Dieu fait, dans les amphithéâtres surchauffés, surchargés, les enseignants du supérieur, à Flash Adjarra dans le Ouémé, à Abomey-Calavi ou à Parakou « affrontent », les mains garnies de craie et non de kalachnikov, de camions à citerne d’eau chaude, de grenades lacrymogènes, les attentes des étudiants. Ce sont des mégatonnes d’émotions que nous utilisons pour formaliser leurs rêves d’aujourd’hui en un profil que les curricula ont défini. Les compétences s’acquièrent dans les emplois, à l’intérieur des usines, des administrations de mobilisation de leur profil.

Que vivons-nous, lorsqu’un étudiant, fatigué de suivre les cours depuis le matin, sur sa table, s’affaisse pour piquer un roupillon ? Ou que vivons-nous de l’entrepreneuriat de celles-là des étudiantes qui vendent sous couvert de la masse, du bonbon et des gâteaux (les étudiants s’y mettent aussi) ? Et que dire à la nation de ces yeux qui vous regardent, scrutant chacun de vos gestes, quêtant le moindre réflexe dans votre manière de proférer les paroles d’enfantement de  la connaissance ? Ou parfois, que dire quand un regard vitreux témoigne de la faim qui tenaille un ventre qui n’alimente plus le cerveau d’un étudiant affamé ? Le super-héros se fabrique à travers ces situations de vie universitaires. Mais, qui est-il, en fait ce super-héros ?

Le héros est un personnage réel ou fictif de l’histoire, exemplaire des qualités qui font la vie, et dont les actes valent qu’on chante leurs gestes (Wikipédia, consulté le 29/03/2021). Les qualités de l’enseignant-chercheur, véritable héros se découvrent dans ses performances scientifiques et conquêtes sociales pour révéler à une nation, ce qui est nécessaire à la régulation de l’unité de sa diversité. Le super-héros est un type de héros doté de pouvoirs surhumains. Les supers-pouvoirs sont attachés aux capacités intellectuelles mobilisées pour résoudre un problème dont la résolution favorise des avancées de la science (il est reconnu par la corporation) ou permet d’améliorer la vie sociale (il est reconnu par la corporation et les populations). Les caractéristiques du super-héros sont : d’abord, ses capacités extraordinaires à manipuler la rhétorique ou les savoirs pour positionner une logique technique ou littéraire ; ensuite, une double identité i.e. celle d’un individu normal et celle, secrète de chercheur ; puis, un équipement (laboratoire, financement, etc.) qui lui permet de résoudre les problématiques de la science qui couvre les besoins des populations; et enfin, une tenue sociale marquée par sa simplicité, son humilité et son éthique par laquelle rien de ce qui est humain ne lui est étranger.

La certitude d’une vie

Et pourtant, les étudiants sont les futurs super-héros ! Car, j’ai pris par-là, il y a un siècle, un millénaire. Et les enfants des membres du gouvernement ne connaissent pas ces odeurs de l’émotion synthétisée du partenariat entre enseignant du supérieur et les étudiants. D’ailleurs, j’ai noté comme le commentateur de la retransmission filmée de la Cène politique, le flottement qui a accueilli les premières paroles de dénigrement des enseignants du supérieur ; c’est un étonnement qui a accueilli l’amorce de la parole. Les jeunes ne s’attendaient pas à ce thème sur l’enseignement supérieur ; ils étaient venus faire le show comme on le dit en langage commun ; les jeunes étaient venus vivre une illusion de la réalité de leur dénuement, de celui de leurs parents sans emploi, sans ressources. Mais, surtout, les jeunes qui ont après, applaudi sur une initiative politique orientée, savent que demain, ils se souviendront, en tant qu’héritiers des super-héros, de l’esbroufe dont ils avaient été victimes dans leur adolescence ; car, parmi eux, il y avait des diplômés des universités privées et publiques.

Tant qu’à se faire, peuple du Bénin, les super-héros ne meurent pas ; ils pansent leurs blessures, le temps d’un autre épisode ; nous attendons l’épisode de l’atelier pour servir la nation autrement; à l’image des vivants recteurs, ministre, doyens de faculté et chefs de départements tout comme de celle des morts que sont Jean Pliya, Fagla Dénis AHOUANGAN, Mathias OKE, Cossi Jean-Marie Apovo, etc. Les super-héros ou enseignants-chercheurs du supérieur ne meurent jamais ; ils survivent dans leurs œuvres scientifiques ignorées par l’administration et les politiques qui préfèrent embaucher des étrangers, véritables agents secrets  au service des intérêts contraires à ceux de la nation. Les super-héros sont des personnages historiques que fantasment la jeunesse panafricaine et les adultes parents.

Dr (MC) Raymond ASSOGBA

Maître de Conférences des Universités/CAMES

B.P. 770 Abomey-Calavi

Tél : (00 229 95 84 06 05)

E-mail : raskas2011@gmail.com

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