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Dada Houndadjo Houncassoudonon Ahinadjè : « Doter la religion Vodun d’un livre saint signifie unifier son langage »

L’aube d’une ère nouvelle - Dada Houndadjo Houncassoudonon Ahinadjè

En marge du lancement de « L’aube d’une ère nouvelle », l’auteur Dada Houndadjo Houncassoudonon Ahinadjè revient plus amplement sur son projet de rédaction du livre saint du Vodun.

 

Propos recueillis par Sêmèvo Bonaventure AGBON

 

Bénin Intelligent : On sait que la religion Vodun existe avant toutes les autres religions. Nous sommes au XXIe siècle, pourquoi la doter aujourd’hui d’un livre saint ?

 

Dada Houncassoudonon : Doter la religion Vodun d’un livre saint signifie unifier son langage. Sans l’unification du langage d’une croyance donnée, cette croyance ne peut jamais avoir de la valeur. Il faut que son langage soit unifié et c’est ce travail que nous avons commencé après plus de 30 ans de recherche. Le document qui est à la vedette ce jour tient lieu de l’esquisse du vrai document repère, le livre saint de la croyance Vodun.

Ce document annonce que le support écrit qui va tenir lieu d’écriture sainte de la croyance Vodun existe déjà et est déjà là et peut être édité, publié et vulgarisé dans un avenir proche ou lointain.

 

Quelles sont les grandes lignes de cette esquisse ?

 

On peut retenir de ce document que le Vodun est une croyance à part entière qui doit avoir son document repère à l’instar de ces jeunes sœurs, c’est-à-dire les autres religions qui sont nées après elle. Toutes ces religions ont déjà leurs documents repères et à côté de ces dernières la croyance Vodun se présente nue parce que n’ayant pas un livre saint, un support écrit digne du nom capable de la faire connaître, capable de faire sa promotion, capable de la représenter partout où besoin sera.

 

Vous parlez de livre saint. Cela suppose que tous ceux qui se réclament de la croyance Vodun s’y reconnaissent et l’adoptent comme tel. Dans ce sens quelle est votre démarche auprès des autres dignitaires, des adeptes… ?

 

Tout le Bénin est dans ce palais dans ce sens. Après 31 ans de recherche on a fait encore des enquêtes et des recherches dans les couvents, dans les lieux saints privés du Vodun. On est passé partout, dans tous les départements même dans les pays limitrophes du Bénin. On a recueilli toutes ces informations auxquelles sont ajoutés les listes de présence, les albums qui ont été réalisés sur le terrain, les photos. Tous ces documents qui constituent des documents témoins sont ici au lieu saint historique d’Agomè.

Les fruits de ces travaux s’ajoutent à la richesse, à la grande source des grands secrets, des produits spirituels, l’histoire des origines de la croyance Vodun conservés au lieu saint historique d’Agomè depuis plusieurs millénaires avant l’ère chrétienne. Voilà les réalités ! il faut s’y approcher pour mieux comprendre ce qui se passe. Si on ne s’y approche pas on ne peut pas comprendre. On ne parle pas seulement. Nous demandons aux gens de venir.

 

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Mais avant d’écrire l’esquisse [« L’aube d’une ère nouvelle », ndlr], on est passé dans tout le Bénin pour leur dire que d’abord c’est l’esquisse qui va paraître avant de l’écrire. Dans le cadre de la vulgarisation de l’esquisse nous avons organisé plusieurs versions d’ « Agomè 2020 » en différé, un atelier qui permet de former les pionniers qui vont vulgariser ce document esquisse de la croyance Vodun. Ils ont travaillé pendant un an. Après un an de vulgarisation des documents sur le terrain la coordination nationale de Prcm Dovèmè a encore fait le tour de tout le Bénin pour voir comment le travail se passe et quelles sont les inquiétudes des gens, quelles sont leurs angoisses. Tout cela a été planifié. Nous avons fait le point dimanche dernier avant de publier à notre Hounlissa ce travail que la coordination nationale conduite par Dah Akachichi a fait. Tout le monde est content.

Nous sommes en train de faire la volonté de la communauté spirituelle et religieuse de la croyance Vodun. Parce que, à côté des autres religions, même sur le plan politique, quand les hommes politiques ne veulent pas écouter, régler les problèmes des pratiquants du Vodun ils disent « Non, vous n’avez pas de livre saint ». Donc c’est une honte pour toute la communauté.

 

livre saint du Vodun - L’aube d’une ère nouvelle - lancement

 

Un livre saint du Vodun qui paraîtra dans une langue étrangère, le français en l’occurrence. Pourquoi pas le Fongbè ou une langue nationale ?

 

Est-ce que 60 ans après l’indépendance de notre pays l’État béninois a pu introduire la langue Fon -qui est la langue la plus parlée dans notre pays- dans le cursus scolaire ? Voilà la grande question ! C’est pourquoi j’ai écrit l’esquisse et le livre saint en deux langues. Ce n’est pas seulement en français. C’est écrit en français et en Fongbé. Il y a des mots qui ne trouvent pas leurs répondants dans la langue française ; ces mots-là sont maintenus, on les écrit en Fon dans les deux ouvrages.

En dehors de ces ouvrages, nous avons plus de 130 ouvrages à notre actif aujourd’hui. Donc l’école « hounnun » sera ouverte et ce sont des manuels qu’on va utiliser dans ces écoles. Le système éducatif est écrit. L’Église catholique donne l’enseignement religieux, les musulmans aussi le font. Mais nous aussi ne pouvons le faire sans un document repère, sans un livre saint.

 

Mais les écoles du Vodun ne sont-ils pas les couvents (Hounkpamè)? Quel est votre planning ? A partir de quand peut-on assister à l’ouverture des écoles dont vous parlez ?

 

L’effectivité de cette réalité n’est plus tellement loin. C’est proche, parce que, il faut d’abord éditer et publier le document repère lui-même. L’esquisse qui est publiée maintenant annonce le livre saint. Maintenant il nous faut une imprimerie. Ce que nous avons dit à nos partenaires, notamment la dame qui a assuré la traduction lors de ce webinaire. Car sans ce document on ne pourra pas commencer à enseigner dans ces écoles. Il fait partie des ouvrages pédagogiques les plus importants.

L’esquisse, le document repère et d’autres documents seront des manuels scolaires. Parce que l’école là a déjà son système, un système bâti conformément aux trois aspects de la croyance Vodun. Le monde du Vodun présente trois aspects dont il faut tenir compte pour le faire. Il y a l’aspect secret, l’aspect sacré et l’aspect culturel. Ce sont ces trois aspects que nous autres nous respectons. C’est pourquoi nous ne sortons pas en désordre, nous ne faisons rien comme nous voulons. Tout se repose sur ces aspects qui constituent le socle des principes fondamentaux de la croyance Vodun.

 

Une dernière question : avant publication, avez-vous soumis cet ouvrage à l’appréciation des universitaires ou spécialistes de la religion (du Vodun) ?

 

Est-ce que ce sont les universitaires qui ont écrit la Bible ? Ce ne sont pas des universitaires qui ont contrôlé ou lu le Coran avant sa sortie. C’est la communauté spirituelle et religieuse de chaque croyance qui essaie de faire le travail sans l’aide des universitaires. Même ces universitaires doivent encore apprendre et beaucoup avant de venir à ce que nous sommes en train de dire. Il y a un point qui a été réservé à cette question au niveau de l’esquisse.

 

Merci.

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