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Lutte contre le terrorisme : Les groupes de la société civile détiennent le sésame

Face à l’allure expansionniste du terrorisme au sahel et en Afrique de l’Ouest, la solution militaire a exposé ses limites. La considération des groupes de la société civile par les gouvernants dans la lutte contre le terrorisme est nécessaire vu leur « proximité » avec la crise.

Par Arnauld KASSOUIN

Plusieurs types de menaces sécuritaires pèsent sur les pays du sahel et de l’Afrique de l’ouest. Au nombre de ceux-ci, figurent le terrorisme, l’extrémisme violent et religieux, la criminalité et le grand banditisme. Ces fléaux sont à l’origine de plusieurs morts dont plus de 2057 civils au Mali, au Niger et au Burkina Faso de janvier 2022 à ce jour.

Des milliers de déplacés se comptent aujourd’hui au Sahel. « Les violences extrêmes et aveugles, perpétrées contre les civils par des groupes armés ont forcé plus de 2,9 millions de personnes à fuir dans l’ensemble de la région, à la fois dans leur propre pays et vers l’étranger », renseigne l’Agence des Nations-Unies pour les Réfugiés.

Une définition universelle du concept ” Terrorisme” n’existe encore nulle part. Gilles Yabi, directeur exécutif du think tank Wathi, estime à ce propos que le plus important aujourd’hui « c’est de savoir que le terrorisme, c’est davantage un mode d’action d’un groupe ». L’objectif de ceux-ci étant de « terroriser d’une certaine manière une population plus large et éventuellement donc l’État, en donnant le signal de cette capacité à user de la violence pour atteindre un objectif politique » poursuit-il.

 

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Le terrorisme désigne une forme de violence émanant d’un groupe ou d’individus avec pour intention de modifier les décisions d’un gouvernement encore moins influencer des acteurs. Mais il est indispensable d’utiliser le thème terrorisme avec prudence. Car, il est à la fois relatif et subjectif. Relatif en ce sens que « les terroristes d’hier peuvent devenir les dirigeants de demain, de même que les dirigeants d’aujourd’hui peuvent devenir les terroristes de demain. Subjectif, parce que l’étiquette de « terroriste », c’est aussi le cas du concept de “malfrat “. Concept souvent utilisé pour « discréditer l’adversaire et mettre en doute sa légitimité » alerte Aimé Protais Bounoung, conseiller en médiation politique, communautaire et spécialiste des questions liées à la sécurité, la défense et la paix.

Il est à noter également que malgré les multiples menaces sécuritaires qui font bloc contre la paix et la stabilité, que tous les concepts ayant trait aux menaces sécuritaires ont en commun, des vocables à charge émotionnelle. Mais ils doivent être appréhendés comme étant des facteurs d’insécurité, des cadres de fragilisations et de résilience des crises sécuritaires.

Expansion de la menace

Au regard des défis auxquels les États du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest font face en matière de gestion de crise sécuritaire et au vu de la recrudescence des attaques terroristes, il est clair que le prisme militaro-sécuritaire semble n’enregistrer que peu de résultats. Pour le professeur d’études stratégiques et de sécurité aux écoles militaires de Cotonou et d’Abidjan, Oswald Padonou « l’approche militarisée en tant que solution en soi n’est pas suffisante, et nous l’avons vue échouer dans d’autres pays ».

 

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Aussi, le principal facteur expliquant donc la montée en puissance du terrorisme « est la position géographique même de cet espace » et la soumission « à une gouvernance de type archipélagique » fait constater Aimé Protais Bounoung. Et d’ajouter que « l’acharnement contre-terroriste » ou les errements et les contradictions « des régimes internationaux et des stratégies domestiques de lutte contre le terrorisme » fait également partie des nombreuses causes de la recrudescence des attaques terroristes.

Vu la complexité du phénomène, Gilles Yabi estime qu’Il est quelque peu « difficile de fournir une sorte d’explication générale de la montée du terrorisme en Afrique de l’ouest et au sahel » à l’opposé de Aimé Protais Bounoung qui indique qu’il existe une possibilité d’interprétation.

Toutefois, en absence de réaction efficace des États dès lors que « ces groupes ( Al-Qaïda au maghreb islamique, mouvement de soutien à l’islam et au musulman… ndlr) objectes des actions contre la paix ou la stabilité dans une région, ils commencent par mener des opérations pour plus tard accumuler des ressources ou soit pour s’installer.

De plus, l’absence des États dans certaines zones a favorisé l’émergence de certains groupes terroristes. En effet, le désespoir des habitants du sahel reste la misère et la pauvreté. Ce qui les amène sans doute « à céder au chant des sirènes du désert et à effectuer des choix extrêmes, dont le terrorisme » indique Amzath Abdoulaye, analyste géopolitique.

Repenser les mécanismes de coopération

Compte tenu de la menace sécuritaire au sahel et en Afrique de l’ouest, les mécanismes de coopération doivent être repensés. Surtout pour mieux s’inspirer des réalités socio-sécuritaires de chaque pays en vue d’ adapter des solutions efficaces. Dans cet ordre d’idée, Le directeur exécutif du think tank Wathi, argue qu’il y a « des pays qui sont depuis des années confrontés à la présence et à l’activité des groupes terroristes comme le Mali, le Niger et le Burkina Faso (…) » Il est très clair donc, selon lui que dans ces pays, « on est plus dans la prévention. Mais plutôt dans la réponse à une situation sécuritaire extrêmement dégradée et à la nécessité de stopper la dégradation de la situation ». Il est vrai que la plupart des pays du Sahel ont en commun une situation sécuritaire fragilisée. Mais ce n’est pas pour autant que les stratégies de lutte contre le terrorisme se doivent d’être uniforme. Tout simplement parce qu’il n’est pas « évident que les causes de la présence des mouvements terroristes au nord du Mali soient les mêmes au niveau de tous les États du sahel et de l’Afrique de l’ouest » explique Bouko Chabi Dramane, enseignant-chercheur de géopolitique et de sécurité internationale.

Importance des groupes de la société dans la lutte contre le terrorisme

En situation de menace terroriste, toutes les couches de la société civile sont touchées. Les citoyens, eux-mêmes ou ceux-là qui sont représentants d’associations ou de diverses organisations. Puisque ce ne sont pas seulement, les décideurs politiques, les forces de défense et de sécurité qui subissent des attaques lorsqu’une région est touchée par le terrorisme, mais l’ensemble de toute la société dans sa diversité. « Et comme c’est l’ensemble de la société qui est impacté, c’est une raison suffisante pour que l’ensemble de cette dernière soit légitime pour participer à la recherche des solutions », décrypte Gilles Yabi.

 

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La lutte contre le terrorisme, passe aussi bien alors par l’implication des acteurs de la société civile que par les groupes de la société civile. Ils peuvent mettre en place des systèmes d’alerte précoce par exemple. L’importance du rôle des groupes de la société dans la lutte contre-terroriste est dûe à « sa proximité avec les populations et de son agilité à disposer d’instrument d’alerte précoce, d’anticipation, de prévention et de gestion post-crise au besoin » précise Régis Hounkpè, analyste géopolitique. Ils peuvent mettre en place des systèmes d’alerte précoce pour lutter contre l’extrémisme violent et toute forme de menace sur la paix et la sécurité. Ils vont pouvoir « jouer un rôle très important dans la sensibilisation des populations à l’existence des menaces, sur les comportements à adopter », renchérit Gilles Yabi.

Mais, pour jouer un rôle conséquent, et avoir d’impacts, ils doivent « adopter la position de marginal sécant, qui est une position de collaboration visant à prolonger l’action de l’État et à pallier ses insuffisances », critique Aimé Protais Bounoung.

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