Vous êtes ici
Accueil > Actualité > Maintien de la langue française : « La grande majorité de la population…est exclue du statut de citoyen »

Maintien de la langue française : « La grande majorité de la population…est exclue du statut de citoyen »

Dimanche 21 février dernier, c’était la journée internationale de la langue maternelle. L’institution de cette journée par l’Unesco, vise à faire des langues maternelles, des langues d’instruction, d’administration et de justice, relève l’Iniref dirigé par le professeur Hounkpatin Capo. A travers un message, ce dernier critique alors le maintien de la langue française dans les anciennes colonies comme le Bénin. Il dénonce la dichotomie entre les discours sur le multilinguisme et l’hégémonie linguistique perpétuée à travers des institutions et accords. La langue française exclut plus de 80% de Béninois du statut de citoyens. Et comment ? Lire l’intégralité du message qui le démontre.

 

COMMEMORATION DE LA JOURNEE INTERNATIONALE DE LA LANGUE MATERNELLE, EDITION 2021

MESSAGE DE L’INIREF

 

La langue, c’est l’âme d’un peuple, d’une nationalité ! Nous le savons. Depuis l’an 2000, le 21 février de chaque année est commémoré à travers le monde comme Journée Internationale de la Langue Maternelle pour la promotion de nos langues et cultures. Le thème retenu cette année par l’UNESCO (Organisation des Nations Unies pour l’Education, la Science et la Culture) est : « Promouvoir le multilinguisme pour l’inclusion dans l’éducation et la société ».

Ce thème vient rappeler la place déterminante de la langue pour un pays et l’essor de la société.  Nous tenons à rappeler une fois encore que malgré ces progrès de l’humanité, affirmés depuis la déclaration de l’UNESCO de 1953, des pays refusent à d’autres le droit de jouir du multilinguisme, c’est-à-dire le droit de s’approprier sa langue dans les sphères de l’administration, de l’instruction, de la science et de la justice. Ils le font hypocritement, en reconnaissant du bout des lèvres ce droit, mais  en s’y opposant par maints accords et institutions logistiques et culturelles multiples. C’est le cas de la France avec ses anciennes colonies à travers la ‘ Francophonie ‘. Les gouvernements à la tête de notre pays, se soumettent à cette politique de l’ancien colonisateur dans le cadre du pacte colonial en maintenant le français comme langue officielle, langue d’administration, d’instruction, de science et de justice.

Or au Bénin, selon les statistiques officielles (RGPH 2013), seuls 41,7% des adultes (de 15 ans et plus) sont alphabétisés en français, donc 58 % d’analphabètes. Mais dans notre pays où toute la vie publique (politique, éducationnelle, administrative, scientifique, économique,) se déroule exclusivement en langue française, la proportion pouvant suivre un discours politique, administratif et scientifique en langue française, pouvant lire et déchiffrer un journal, ne peut s’élever au-dessus de 15% de la population, soit  85% de la population d’analphabètes réels.

Ainsi, « au plan politique et administratif : Cette écrasante majorité de la population (du fait que toute la vie publique se déroule en français) est exclue de la participation aux affaires publiques ; autrement dit, cette majorité se compose de personnes à statut de citoyen de second ordre, ou simplement de non-citoyens. Car est citoyen « celui qui a la possibilité de participer au pouvoir législatif et judiciaire » selon Aristote ; en termes plus simples, celui qui a la possibilité de participer de façon consciente et assumée aux affaires de la Cité (de l’Etat), celui qui est capable de déchiffrer un discours politique. Tous  les autres sont les Non Citoyens » (Philippe Noudjènoumè, in le journal La Flamme n° 365 du 04 septembre 2020)

Cette exclusion, en ce qui concerne les 15 % instruits en langue française, est actée dans leur milieu social et environnemental naturel.  L’instruction dans la langue française exclut l’enfant dès le bas âge de son milieu social, de son environnement naturel. Alors, plus tard, il répète les schèmes non inclus de son milieu, renouvèle et entretient le message colonial métropolitain.

Alors la « promotion du multilinguisme » signifie faire des langues nationales, les langues d’instruction, d’administration, de justice dans leur terroir. Cela est une exigence posée pour éliminer la principale et première barrière d’exclusion dans l’éducation et la société.

L’humanité a inscrit aujourd’hui la levée des barrières à l’inclusion dans tous les domaines. Elle exige la nécessité des actions pour l’inclusion de tous les handicapés dans l’éducation et la société. Les sourds doivent pouvoir suivre les discours à la télé et la traduction instantanée dans un langage à eux compréhensible est vulgarisée. Les rampes d’accès aux services publics dans l’administration, les transports, les hôpitaux, etc., pour les personnes frappées de handicaps divers sont devenus des normes. L’exclusion est devenue comme un crime contre l’humanité.

Et c’est pendant ce temps que la grande majorité de la population dans notre pays, du fait de la barrière de la langue, de par le maintien du monopole hégémonique du français dans l’éducation et la vie publique, est exclue du statut de citoyen. C’est en ce moment que les enfants dès leur bas âge sont exclus de la connaissance de leur environnement naturel et social, avec leur instruction dans une langue qui transmet une autre culture d’un  autre environnement handicapant  ainsi leur  imprégnation réfléchie et profonde dans l’environnement à transformer pour le développement accéléré de notre pays. La science et la techniques doivent être saisies dans nos cultures, être “inculturées” par nos peuples pour servir réellement à notre développement.

Cela impose à notre pays, à tous les patriotes, à tous les hommes épris de justice, à nos peuples, Rois, Reines, intellectuels traditionnels, le choix d’un droit à la révolte contre l’état actuel des choses, contre la domination linguistique française afin d’imposer nos langues pour faire de nous des hommes à part entière.

C’est pourquoi, nous proposons que le présent Colloque adresse une lettre de recommandation au Gouvernement du président Patrice TALON afin qu’il reconnaisse comme langues officielles toutes les langues parlées de notre pays dans l’instruction, dans l’administration et la justice sur leur terroir. Car, aujourd’hui, la preuve est faite, les matériaux existent, il s’agit de décider.

Vive la promotion du multilinguisme !

Vive l’Instruction, la Justice et l’Administration à travers nos langues maternelles !

Vive l’INIREF.

 

Cotonou, le 21 février 2021

Le Président de l’INIREF

 

Hounkpati C.B. CAPO

Laisser un commentaire

Top