Vous êtes ici
Accueil > Actualité > Marcel Kpogodo, journaliste culturel : « Le Bénin aura du mal à imposer un autre nom à la place du Fitheb »

Marcel Kpogodo, journaliste culturel : « Le Bénin aura du mal à imposer un autre nom à la place du Fitheb »

Marcel Kpogodo est journaliste culturel. Depuis plusieurs années, il aborde les questions liées à ce secteur et est connu de ses acteurs. La dissolution du Fitheb ne le convainc pas. A son avis, « il suffisait de régler les problèmes que traînait l’édition précédente et de mettre en place les institutions réglementaires émanant des réformes » pour sauver ce Festival devenu un label. Sinon, il prédit que la même mentalité « de gestion hasardeuse et pourrie des structures étatiques » pourrait décevoir avec l’expérience du Centre national de théâtre nouvellement crée sur les cendres du Fitheb.

Propos recueillis par Sêmèvo Bonaventure AGBON

 

Bénin Intelligent : C’est partagé de tous que le Fitheb avait du plomb dans l’aile. Certains ont proposé sa réforme. Le gouvernement a plutôt opté pour sa dissolution. Est-ce bien fait ?

Votre constat se vérifie : le Festival International de Théâtre du Bénin (Fitheb), tout le monde l’a constaté, s’est emmuré dans des difficultés depuis la tenue de sa 14ème édition, du 16 au 24 novembre 2018, avec, à la clé des dettes qui, jusqu’ici, n’ont pas encore été remboursées aux acteurs de tous ordres qui ont effectué des prestations pour le compte de l’événement biennal.

En réalité, la dissolution du Fitheb au profit du Centre national de théâtre (Cnt) ne me semble pas convaincante parce que, le Fitheb, au fil des années de son déroulement, est devenu un label. Il s’est constitué un nom dont la prononciation au niveau de plusieurs cercles liés à l’univers du théâtre à travers le monde signifie quelque chose, évoque un pays qui l’organise, permet de se référer à un événement d’une existence de plus de 25 ans. Le Bénin aura du mal à imposer un autre nom à la place du Fitheb.

Il suffisait de régler les problèmes que traînait l’édition précédente et de mettre en place les institutions réglementaires émanant des réformes, sans oublier de trouver de nouveaux membres pour occuper les postes requis. Le changement de dénomination ne résout rien puisque ce sont les mentalités de gestion, qui sont corrompues.

On a le Cnt qui sera dirigé par qui ? Par des Béninois de quelle mentalité ? La même que celle que nous décrions et qui conduit, tout le temps, à la débâcle dans la gestion des institutions, des ressources qui les alimentent et du personnel d’animation. C’est triste ! Pire, l’événement est annoncé pour être géré par la fameuse Agence nationale des événements culturels, sportifs et des manifestations officielles (Anecsmo). C’est à ce niveau que se trouve la catastrophe ! On ne doit jamais perdre de vue que le Fitheb était un office public à gestion autonome ! Qui a pu faire commettre cette grave erreur au Gouvernement ?

Le Président Patrice Talon et son Gouvernement viennent encore de se faire prendre au piège des mauvais conseillers de l’ombre. Après, on viendra en faire porter le chapeau de l’échec de la réforme au pauvre Chef de l’Etat !

Faut-il redouter que les mêmes problèmes, les mêmes difficultés (dont le financement), tuent aussi le Centre qui vient de naître ?

Avec le Cnt, je ne souhaiterais pas être un oiseau de mauvais augure, en dépit de ce que j’ai évoqué ci-dessus. Faisons-en l’expérience. Comme je vous l’ai fait savoir, tant que la mentalité de gestion hasardeuse et pourrie des structures étatiques ne change pas, aucune réforme ne viendra résoudre les problèmes.

Que proposez-vous pour que ce centre contribue vraiment à un théâtre béninois rayonnant ?

Concernant le Cnt, les lignes de son fonctionnement ont déjà été arrêtées par le Gouvernement. Face à cela, qu’apporteront mes propositions concernant ce qui sera difficile à faire : éviter la prise des décisions publiques par le biais du copinage, proscrire la gestion des affaires du théâtre par des clans et par des réseaux qui se livrent des guerres terribles sans que l’essentiel soit au centre des débats, plus précisément, le Festival béninois de théâtre et son rayonnement sous-régional et international.

 

Laisser un commentaire

Top