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Mort massive de migrants noirs africains au Maroc : Des faits qui accablent la Gendarmerie royale marocaine

Des dizaines de migrants noirs africains (Mali, Côte d’Ivoire, Guinée Conakry…) sont morts au Maroc, vendredi 24 juin, près de l’enclave espagnole de Melilla en territoire marocain. Des témoignages et entretiens réalisés par la direction Maghreb de l’Ong Bénin diaspora Assistance laissent croire que les policiers marocains les ont délibérément massacrés sur fond de racisme.

Par Sêmèvo Bonaventure AGBON

Que s’est-il réellement passé ce vendredi 24 juin pour que des vidéos de migrants morts et étalés massivement au sol inondent les réseaux sociaux ? Deux versions s’affrontent. À en croire les officiels, le drame serait survenu « lorsqu’un groupe de plusieurs milliers de migrants a commencé à s’approcher de Melilla.

Plus de cinq cent (500) d’entre eux auraient ensuite forcé l’entrée du poste frontalier à l’aide d’une “cisaille”. Finalement, cent trente-trois (133) migrants auraient réussi à rentrer en Espagne », rapporte l’Ong Bénin diaspora Assistance citant des agents de la préfecture.

Les autorités de la province de Nador font elles aussi une déclaration similaire. Selon elles, « Les victimes ont trouvé la mort dans la bousculade et pendant la chute de la clôture de fer de la frontière ».

 

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Située sur la côte Nord du Maroc, Melilla, faut-il le rappeler, est une enclave espagnole qui fait régulièrement l’objet de tentatives d’entrées par les migrants cherchant à rejoindre l’Europe. «”Seulement” treize (13) migrants en situation irrégulière blessés lors de l’assaut contre la ville de Melilla sont décédés dans la soirée des suites de leurs graves blessures » ; c’est le chiffre qu’avancent les autorités.

Mensonge ?

Ces déclarations des officiels ne concordent pas avec les révélations des victimes elles-mêmes. La délégation de la direction Maghreb de l’Ong Bénin diaspora Assistance a rencontré le lundi 27 juin, les migrants rescapés, dont certains blessés dans les hôpitaux et une partie des migrants arrêtés et ceux encore présents dans la forêt de Nador.

Ils réfutent la thèse de l’assaut ou de la bousculade évoquée par les autorités. Les rescapées sont formels que « les éléments de la Gendarmerie royale marocaine ont procédé délibérément au massacre des victimes et pour dissimuler les preuves ils fouillent systématiquement chacune des dépouilles mortelles des victimes (130 environ), en prenant soin de retirer de leurs poches tous documents d’identité, les téléphones portables et tous les contacts personnels qu’ils avaient sur eux avant leur mort », rapporte l’Ong dans un communiqué parvenu à notre rédaction.

Les gendarmes marocains sont même accusés d’avoir emporté délibérément « plus d’une centaine de dépouilles mortelles de migrants vers des destinations inconnues » afin de camoufler le nombre inquiétant de morts. Interrogée sur ce volet, une source de la Gendarmerie royale marocaine a reconnu face à la délégation de l’Ong « qu’une partie de migrants morts des suites de cette bousculade serait déjà précipitamment enterrée du fait que le corps de beaucoup d’entre eux serait dégradé et sans pièces d’identité ».

 

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D’autres témoignages confirment les sévices infligés aux migrants par les policiers marocains. « À Nador, nous avons été battus d’une manière inhumaine », a déclaré à l’Agence française de presse Omar, migrant soudanais qui a fui « la guerre et la prison » dans son pays.

L’Ong Bénin diaspora Assistance regrette une attitude suspecte des autorités marocaines, à savoir « que sans qu’il n’y ait aucune enquête ni autopsie des corps des victimes de l’assassinat de masse de Melilla, les autorités marocaines aient commencé par enterrer dans plusieurs cimetières les corps des victimes afin de dissimuler les preuves de leurs actes ignobles ».

Ouvrir une enquête

L’Ong Bénin diaspora Assistance tire de cette barbarie, que « les politiques migratoires marocaines de garde côte en échange du soutien financier de l’Union européenne sont obsolètes avec des frontières et des barrières mortifères ».

Elle soutient l’Association marocaine des droits de l’Homme (Amhd), qui a publié les vidéos du drame qu’elle a qualifié d'”inhumain” et surtout dénoncé la manière dont s’est déroulée la détention des migrants rescapés. Cette dernière réclame « l’ouverture d’une enquête sérieuse et indépendante et internationale afin de déterminer les circonstances de ce bilan très lourd » de plusieurs dizaines de mort.

Même son de cloche de la part de l’Onu. Elle a accusé l’Espagne et le Maroc d’un « usage excessif de la force » contre les migrants et a exigé une enquête indépendante sur ce drame, le plus meurtrier jamais enregistré aux frontières entre le Maroc et les deux enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla, seules frontières de l’Union européenne sur le continent africain.

 

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« L’usage excessif de la force est inacceptable », a dénoncé Stéphane Dujarric‚ porte-parole de l’Onu. « Les droits humains des personnes qui migrent, y compris celui de demander asile, doivent être entièrement respectés », a-t-il rappelé.

La justice espagnole a annoncé mardi avoir ouvert une enquête.

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