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Ministère pastoral féminin : 30 ans de rupture du tabou à l’Epmb

La traditionnelle retraite annuelle des pasteures de l’Eglise protestante méthodiste du Bénin (Epmb) a coïncidé cette année, avec les 30 ans du ministère pastoral féminin. Sous la coordination de la Révérende Docteure Fifamè Fidèle Houssou Gandonou, ces noces de perle ont été célébrées à travers une série d’activités au Temple Béthanie de Dangbo, du vendredi 18 au dimanche 20 septembre. Moments d’histoire, de bilan, et de regard sur l’horizon…

Par Sêmèvo Bonaventure AGBON

Dans la vigne du Seigneur, Dieu a appelé tous les Hommes indépendamment de leur genre. Pourquoi alors seuls les hommes ont été pendant longtemps acceptés dans le ministère pastoral ? Qu’est-ce qui dicte cette discrimination ? Sexisme ou phallocratie ? Le Révérend Raphaël Houessou pointe des appréhensions et pesanteurs socioculturelles : « Plusieurs appréhensions et questions ont été soulevées lorsque les décisions d’autoriser des femmes ont été exprimées. Au nombre desquelles : Comment la femme pasteure peut-elle concilier le ministère pastoral avec le foyer ? Parce que lorsque vous êtes pasteure vous êtes appelée à visiter et à être visitée à tout moment. Alors, celle qui vit au foyer comment peut-elle faire face à toutes ces contraintes, exigences ? L’autre question est que la femme telle qu’elle est biologiquement faite pour certaines questions de commodités ne peut être pasteure. Pour d’autres, la psychologie de la femme ne lui permet pas de résister aux affrontements et conflits qui existent au sein des églises. Est-ce qu’elle peut tenir, être à la hauteur des exigences du ministère ? Aussi, la pasteure, est-ce qu’elle peut être affectée partout ? Est-ce qu’elle peut parcourir de longues distances pour visiter les temples à sa disposition ? »

Autant de questions que plusieurs communautés religieuses éludent encore aujourd’hui. Mais de son côté, l’Epmb a brisé le tabou. Trente ans après, ces craintes ont été dissipées par l’engagement et le sérieux des femmes dans la mission. « Tous ces défis ont été relevés. De la première pasteure jusqu’à la dernière, l’Église a été globalement satisfaite de leurs prestations », témoigne le pasteur Houessou.

Interprétation erronée

Première confession chrétienne au Bénin depuis 1843, soit déjà 177 ans, il aura fallu attendre 1990 pour enregistrer dans l’Église méthodiste la première pasteure. Dorcas Okiri Dosseh, est celle à partir de laquelle l’histoire du ministère pastoral féminin s’écrit dans l’Epmb. « La tâche n’avait pas du tout été facile : non acceptée dans le corps pastoral, objet de stéréotypes, de préjugés, de rejet, de dénigrement et que savons-nous encore », se souvient-elle. Issue de l’École de théologie de Porto-Novo, elle était la seule femme de sa promotion. Elle a été ensuite affectée au Temple de Gbégamey à Cotonou où elle resta pendant quelques années avant de rejoindre son époux, pasteur lui aussi, à Lomé. La mission étant la même partout l’Église du Bénin l’autorisa à servir ailleurs. Ironie du sort, cette Béninoise devint aussi la première pasteure de l’Église méthodiste du Togo. Cette première pasteure a son doctorat en théologie et continue son ministère en Europe. « C’est bien après elle que l’Église méthodiste du Togo,  a eu des togolaises comme pasteures », souligne Fifamè Houssou Gandonou.

Cette dernière, pasteure, docteure en théologie dans les spécialités éthique, féminisme, genre et développement croit dur comme fer que la longue stigmatisation de la femme vient d’une lecture erronée de la Bible qui « accrédite l’idée de son infériorité congénitale par apport à l’homme ». Anticonformiste reconnue, elle milite donc pour que « les églises cessent d’être des lieux où les femmes sont réduites au mutisme, à une soumission aveugle et à la violence sous toutes ses formes ».

Même si « Aucune base théologique ne défend l’exercice du ministère féminin », la raison s’allie désormais à la foi. D’ailleurs, les défis contemporains de l’Église ne font guère le lit à ces discriminations au regard de leur majorité numérique écrasante. « Dieu a appelé des hommes et a aussi appelé des femmes et elles se battent convenablement pour faire avancer cette œuvre », relève l’actuel président de l’Epmb, le Révérend Docteur Amos Kponjesu Hounsa. L’ex-directeur des études à l’Université protestante d’Afrique de l’Ouest (Upao) ne cache pas sa fierté quant à « leur engagement, leur détermination, leur bonne volonté dans la foi pour accomplir le devoir missionnaire ». Il ne pouvait en être autrement. « Les défis de l’Église aujourd’hui ne sont pas des défis qui vont être relevés rien que par les hommes. Les femmes ont aussi un rôle déterminant à jouer dans la mission. Nous pensons que le Seigneur a accordé aux hommes des grâces qu’il a également accordées aux femmes pour relever les défis qui sont les nôtres aujourd’hui. Le défi est commun et les femmes doivent aussi les relever », tranche-t-il

Bilan

« 30 ans pour les pasteures, c’est le moment de faire le bilan et voir ce qui se passe au sein du ministère pastoral et particulièrement du côté des femmes”, souligne la pasteure Fifamè Houssou Gandonou, coordonnatrice du collège des pasteures femmes. Ce qui justifie le choix du thème de l’anniversaire : “Femmes, théologie et ministère pastoral : défis au 21e siècle ».

L’heure est donc au bilan du ministère pastoral féminin à l’Epmb. Et jusque-là, pas de témoignages foncièrement péjoratifs ou décourageants sur ce ministère. « La manière dont on se plaint parfois du ministère des hommes concernant certaines situations dans les églises, on ne se plaint pas ainsi quand la femme est en poste. Parce que la femme est douée d’une psychologie qui lui permet de maintenir autant que cela dépend d’elle la paix au sein de sa communauté. Là où l’homme est appelé à être dur, à s’imposer, à être chef, la femme, elle s’humilie, elle est flexible, elle use de tact, elle fait tout ce qui est en son pouvoir pour que la communauté soit en paix. C’est ça qui fait que l’Église est joyeuse de partager ces moments avec les pasteures », se réjouit l’homme de média, le Révérend Raphaël Houessou, directeur de la radio confessionnelle “’Hosanna, La Voix de l’espérance”’.

Des défis

Pour l’avenir, le ministère pastoral féminin doit relever des défis. Ils touchent son efficacité et sa viabilité. « Que les femmes se sentent dans le ministère comme être humain et non comme femme. Est-ce que dans le ministère, nous femmes, nous nous reprochons quelque chose par rapport aux hommes,  sinon, pourquoi cette particularité, à dire pasteure femme alors qu’on ne dit pas pasteur homme ? C’est là le premier grand défi que l’Église va relever et surtout les femmes. Le second, c’est que les femmes, nous-mêmes, nous puissions écrire l’histoire du pastorat au Bénin, le pastorat dans le complet. Et le troisième défi, c’est au niveau de l’Église même qui doit considérer l’être femme dans l’administration, en contournant tous les fers culturels de déshumanisation de la femme pour donner la chance aux pasteures selon leur compétence. L’autre défi à ne pas négliger est celui de la formation plurielle, personnelle, interne au niveau des femmes, elles-mêmes », résume la pasteure Gandonou.

Mais avant, de quoi la pasteure doit-elle s’armer ? « La pasteure doit être tenace aux convictions fermes, montrer sa résolution et son assurance face à l’adversité et dans ses prises de décision, elle progressera surement en faisant sienne la stratégie décrite dans Hébreux 12, 1 », prône Dorcas Okiri Dosseh.

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