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Mᴏɴᴅᴇ Vɪʀᴛᴜᴇʟ Sᴏᴜs Sᴄᴇʟʟᴇ́s

…puis tout s’arrête. Subitement !
Impossible de comprendre. Mon forfait internet s’était-il épuisé ? C’est à l’affirmative que j’ai vite pensé. Sans avoir le réflexe d’une quelconque vérification‚ je recharge le réservoir avant même de réaliser qu’un forfait était toujours actif. Mais, pourquoi donc je ne peux pas publier mon post ? Pourquoi ça tourne et tourne en vain ? Qu’y a-t-il ? Des vagues de colère en moi s’amoncellent contre MTN et Moov. Ces réseaux de téléphonie mobile‚ ai-je pensé‚ doivent avoir encore perdu la tête. Hélas ! j’ai péché deux fois.
Je m’acharne sur le pauvre appareil. En vain. Je m’en prends aux paramètres de configuration. Puis rien. Dans ma tête, tout est bifurqué. Mon pays n’organisait pas d’élections. Impossible de voir une raison politique liberticide derrière le dysfonctionnement simultané de Facebook‚ WhatsApp et Instagram. Et la confusion durait. Il y a bientôt une heure. Bientôt deux heures. Bientôt quatre heures… que je ne puis ni écrire ni commenter‚ ni prendre les nouvelles de tels ou tels amis. La catastrophe numérique venait de s’installer. Tout venait à s’effondre. Sans aucun avertissement préalable.
Je jette le téléphone dans le canapé‚ sors me balader. La promenade ne pouvait être gaie. Au bout d’environ dix minutes‚ je retourne vite au téléphone voir si tout est déjà rentré dans l’ordre. On dirait que j’avais commis un technicien infaillible au dépannage. Désolé ! le monde virtuel était toujours sous scellés. C’est là je deviens philosophe. Je me dis : il vaut mieux démordre que de devenir fou.
Je ressors. Une randonnée pédestre sans tête baissée me prend. Waouh ! Ça fait du bien. J’ai pu noter l’émergence de nouvelles boutiques malgré la morosité économique. J’ai pu remarquer également l’irruption de ces nouveaux bâtiments somptueux dans le quartier. Je me vois m’extasier devant les changements dans mon propre environnement.
Je retourne au bercail le crâne décontracté. Et décomplexé. Les appels directs étaient possibles. Dieu merci ! J’appelle dans les quatre coins cardinaux du Bénin. Il y a bien longtemps que j’avais ri à gorge déployée‚ “voix contre voix” avec tel condisciple‚ tel amour raté‚ tel offenseur d’antan ou tel ami intime.
« -Toi Agbon‚ m’appeler ? Tu as rêvé sur moi ? Certainement ! »‚ m’assomme une dame‚ vendeuse de “kom” très adulée dans notre école il y a quelques années.
-Mais‚ non maman. J’ai bien pensé à vous.
-Ah ! Ne le manque plus. Depuis votre départ j’avais cru que la vie‚ nos relations se sont éteintes »
-Oh ! Non‚ maman ».
Elle avait quand-même raison. Sans cette panne des Réseaux sociaux, jamais je n’allais revivre notre passé. Bizarrement, je me vois en train de constater que les réseaux sociaux ont fini par nous faire croire que le monde physique a disparu. Notre existence ne se déploie alors que vers et entre les connectés. Nous avons instauré sans le vouloir une sorte d’apartheid contre les rares personnes‚ amis ou parents qui ne sont et ne seront jamais branchés‚ faute d’instruction‚ de l’âge ou de condition sociale.
Nous avons supprimé de nos vies‚ de nos mémoires‚ de nos pensées‚ de nos cœurs‚ de nos affections des dizaines de vie qui devraient compter elles aussi. Les murs de la connexion nous coupent du monde. Nous ne voyons que celui qui est en ligne‚ celui qui est abonné à nos pages‚ ou celui qui a partagé une photo‚ posté quelques mots. Pendant que la distance‚ un oubli incurable règne entre celui dont la maison se trouve parfois à cent lieues de nous.
Surprise désagréable‚ réveil tardif. Ainsi, crèvent ceux qui laissent les choses de la vie submerger leur vie‚ leur humanité. Que les réseaux sociaux s’éteignent à jamais ou non‚ tirons les leçons d’une journée de confusion. Une bonne douzaine de nos problèmes s’en trouveront résolus. Il n’y aura plus de mots de passe plus chers que l’intimité sacrée partagée à deux dans le couple. Plus de tête baissée conduisant droit dans la tombe. Nous vivrons tous sur terre et non dans la vague. Les uns s’intéresseront aux autres comme faisant partie d’une même chair. Et vice-versa.
Vivement ces pannes de temps en temps qui nous ramènent à l’essentiel humain. En attendant‚ que tous les survivants à cette tribulation changent de vie.

Par Sêmèvo Bonaventure AGBON
4 octobre 2021

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