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Alexis Amègnonglo Fangninou, anthropologue culturel : « Le musée a un pouvoir d’éducation au patrimoine »

Musée -Ce mercredi 18 mai, c’est la Journée internationale des musées (Jim). L’édition 2022 porte sur le thème « Le pouvoir des musées ». Depuis l’Égypte où il prépare un master professionnel international en gestion du patrimoine culturel à l’Université Senghor, l’anthropologue culturel Alexis Amègnonglo Fangninou parle dans cet entretien, de l’origine et le bien-fondé de la Jim et son impact sur le rayonnement des musées béninois.

Propos recueillis par Sêmèvo Bonaventure AGBON

 

Bénin Intelligent : Quelle est l’origine et le bien-fondé de la Journée internationale des musées (Jim) ?

Alexis Amègnonglo Fangninou : Pour parler de la Journée Internationale des Musées‚ il faut d’abord qu’on s’entende sur le contenu qu’on peut donner au terme musée.

Le Musée est «Une institution permanente sans but lucratif au service de la société et de son développement, ouverte au public, qui acquiert, conserve, étudie, expose et transmet le patrimoine matériel et immatériel de l’humanité et de son environnement à des fins d’études, d’éducation et de délectation ». C’est ainsi que le Conseil international des musées (Icom), principale organisation internationale représentant les musées et les professionnels des musées à l’échelon mondial le définit.

 

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Pour revenir donc à la Journée Internationale des Musée, elle est créée en 1977 par l’Icom dans le but de diffuser le message selon lequel les musées sont un moyen important d’échanges culturels, d’enrichissement des cultures, et un facteur de compréhension mutuelle, de coopération et de paix entre les peuples.

Ainsi, chaque année, tous les musées et les professionnels des musées du monde sont invités à interagir et à réfléchir de façon constante à de nouvelles stratégies de conservation, de valorisation pour mieux éduquer les publics autour des collections qui sont présentes dans les institutions muséales, et surtout de démocratiser l’accès à la culture puisque chaque personne à droit de connaître son patrimoine culturel. En résumé, c’est une journée de renouvellement de contacts, de relations entre l’institution muséale et le public.

De 1977, date de création de la journée par l’Icom, à nos jours, quel a été l’impact de la célébration de cette journée sur le rayonnement des musées béninois?

Au Bénin, la célébration de la Jim est devenue une tradition. Cela se célèbre chaque année et les professionnels du musée, le gouvernement, le ministère de la culture, tout le corps culturel béninois célèbrent cette journée. Notre pays accorde une grande importance à l’institution muséale à travers l’organisation de différentes activités qui mettent au cœur la problématique de la mise en valeur de l’institution muséale, les acteurs du secteur culturel et particulièrement les professionnels qui veulent faire grandir le musée. Ces derniers travaillent pour que le musée ait une place de choix dans la vie des Béninois.

Cependant, on constate que les différentes recommandations, suggestions et les stratégies proposées par les éminents experts et les professionnels du corps muséal sont difficilement intégrés dans les politiques stratégiques de développement de l’institution muséale au Bénin.

Il n’y a qu’à faire une rétrospective sur les différents conférences, séminaires et ateliers organisés jusqu’ici, et remarquer que si leurs résultats divers avaient été pris en compte ne serait-ce qu’à 30 %, l’institution muséale serait mieux valorisée que ce que l’on voit aujourd’hui. Vous conviendrez avec moi que la scénographie au Palais de la présidence offerte aux biens culturels restitués par la France à notre beau pays le Bénin n’est pas comparable par exemple à celle du Musée d’histoire d’Abomey, ou encore moins à celle du musée Honmè à Porto…

Mais nous avons bon espoir qu’avec le gouvernement actuel et l’appui technique de l’Ecole du patrimoine africain (Epa) et la Direction du patrimoine culturel du Bénin (Dpc) et surtout avec la mise à contribution des professionnels du musée, les résultats seront améliorés d’ici quelques années parce qu’aujourd’hui, grâce aux interpellations des professionnels du secteur, on note une volonté publique et politique émergente à travers les vastes projets museau-culturels qui sont en cours de mise œuvre actuellement.

Ces projets, pour ne pas tous les citer concernent entre autres le Musée de l’épopée des Amazones et des rois du Dahomey, la restauration de la cité historique de Ouidah, l’ancien fort portugais dont les travaux sont presque terminés, le palais du gouverneur associé à la création du Musée International pour la Mémoire de l’Esclavage (Mime), et même la restructuration de l’École du Patrimoine Africain de Porto-Novo qui assurera la montée en compétences des conservateurs et des gestionnaires de musées béninois.

Cette célébration porte sur le thème : le pouvoir des musées. Que cache cette thématique ?

À travers cette thématique, l’Icom veut nous amener à explorer le potentiel du musée et à apporter des changements positifs dans les communautés. Car les musées ont le pouvoir de transformer le monde qui nous entoure. Ce sont des lieux de découverte incomparable. Ils nous renseignent sur notre passé et nous ouvrent l’esprit à de nouvelles idées. Et d’ailleurs, un musée a réellement beaucoup de pouvoirs. Tenez :

Le musée a un pouvoir d’éducation au patrimoine. C’est une puissante institution qui participe à l’éducation des publics jeunes ou des publics adultes à la connaissance, à l’appropriation et à la compréhension du patrimoine culturel.
C’est un lieu par excellence permettant aux peuples de mieux explorer leurs histoires, leurs savoirs faires et pratiques liés à leur culture; de toucher du doigt le patrimoine que les ancêtres ont légué.

Le musée a un pouvoir d’accessibilité, c’est-à-dire que l’institution muséale est une instance qui reste ouverte à tout type de publics qui voudrait mieux connaître son passé, son identité pour mieux se projeter dans le futur.

Le musée enfin a un pouvoir de durabilité car si la culture est transversale à tous les objectifs du développement durable, et que l’humain se repose sur la culture pour atteindre ses objectifs, il faut des transformations sociale et humaine dans une cohésion sociale qui va favoriser ce développement.

C’est ainsi que le numérique vient à juste titre comme un outil d’aide à l’atteinte des missions du musée face aux défis inédits de mesure, de conservation, de gestion de réserve et de sécurité des collections et même la médiation et la numérisation.

En tant que gestionnaire du patrimoine culturel en formation comment évaluez-vous le pouvoir des musées béninois ?

J’ai répondu en partie à cette question plus haute. Mais je peux vous dire que je suis le fruit d’une culture. Avant de me retrouver aujourd’hui en Egypte comme auditeur d’un Master en gestion du patrimoine culturel, j’ai eu à parcourir les musées béninois, du Nord au Sud.

 

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Lorsque vous êtes au nord, au musée régional de Natitingou, on vous trempe dans l’histoire des tata Somba; à Abomey au musée d’histoire, vous comprenez comment le royaume a été créé et comment elle a évolué dans le temps, on vous parlera de la colonisation; à Ouidah, au fort portugais, vous comprenez la relation entre le Bénin et la diaspora et au Petit musée de la Récade du Doyen Dominique Zinkpè, vous trouverez une collection de biens constitués à partir des attributs du pouvoir des rois de Dahomey.

Ces éléments pour vous dire que, je connais en partie le pouvoir des musées béninois parce que quand vous y rentrez, vous ressortez aguerri; vous vous reconnaissez, vous savez d’où vous venez et vous découvrez l’histoire non corrompue de votre pays.

En tant que Gestionnaire du patrimoine en devenir, je puis vous dire que c’est un espace qui permet aux Béninois de connaître le vécu des ancêtres, de connaître leur tradition afin de comprendre les enjeux de la valorisation du Patrimoine culturel et de savoir qu’il y a encore du chemin à faire dans ce secteur au Bénin.

Le musée est simplement un espace de cohésion sociale, d’appartenance à une même nation et un espace de reconnaissance d’identité commune. Il permet simplement de se ressourcer.

Les musées ont le pouvoir de transformer le monde qui nous entoure. Selon vous, cette assertion est-elle vérifiée dans le contexte béninois, si oui qu’est-ce qui a été transformé dans le quotidien des béninois par les musées existant sur le territoire ?

Evidemment, c’est ce que j’ai essayé de démontrer un peu plus haut, même si les transformations ne sont pas encore perceptibles du point de vue social, l’existence des musées permet au béninois de connaître leur passé

On va finir par le listing des musées béninois.

Au Bénin, il y a une panoplie de musées. Au nombre des musées d’histoire on peut citer : le Musée historique d’Abomey dans les Zou-collines ; le Musée d’Histoire d’Ouidah dans l’Atlantique ; et le Musée Akaba Idéna dans l’Ouémé-Plateau. Nous avons aussi les musées ethnographiques que sont : le Musée ethnographique Sènou Alexandre Adande dans l’Ouémé-Plateau ; le Musée Ethnographique et de plein air de Parakou ; et le Musée Régional de Natitingou dans l’Atacora-Donga. Il y a aussi les musées de civilisation, notamment : le Musée de civilisation et d’art Villa Caro dans le Mono-Couffo ; le Musée International Avimadjéssi d’Ahozon dans l’Atlantique littoral du Doyen Dénis et le Musée de la Fondation Zinsou dans l’Atlantique littoral

Votre mot de fin

Pour finir, je voudrais d’abord vous remercier de l’intérêt que vous avez pour les patrimoines immatériels au Bénin. Retenons que le musée ne constitue pas seulement un lieu statique de conservation et de présentation des collections ; c’est bien plus que cela.

 

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C’est non seulement un outil de transmission mais aussi de recherche et de diffusion du patrimoine. C’est un lieu de vie, de formation et de débats, ancré dans la société contemporaine. Il n’est pas l’apanage des touristes de passage, c’est avant tout notre histoire et nous devons y prendre connaissance: visiter les musées c’est mieux se connaître.

Alors, joyeuse célébration à tous !

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