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Nutrition des femmes en âge de procréer : Diane Akuèmaho Djossinou défend une thèse pédagogique (Mention très honorable avec les félicitations du jury)

« Mention très honorable avec les félicitations du jury ». Tel est le verdict qui fait désormais de dame Diane Akuèmaho Djossinou Monkotan, docteure des universités d’Abomey-Calavi et de Montpellier en France. Elle a soutenu, samedi 30 novembre dans l’amphi Etisalat de l’Uac, sa thèse de doctorat sur la thématique cruciale de l’alimentation et la nutrition des femmes avant et pendant la grossesse au sud-Bénin.

Par Sêmèvo Bonaventure AGBON

Environ 37 minutes sur 45. C’est le temps qu’il a fallu à Diane Akuèmaho Djossinou Monkotan pour convaincre les huit membres du jury qu’« elle est bien l’auteure de la thèse, et qu’elle est capable de la défendre ». Le président du jury, Pr Roch Mongbo, professeur titulaire à la Faculté des sciences agronomiques (Fsa) et secrétaire permanent du Conseil de l’alimentation et de la nutrition a en effet précisé que tel était le but de la soutenance et qu’il n’y avait « pas de doute sur la qualité du document ».

D’un ton posé et d’une voix intelligible, l’impétrante axa, entre autres, sa présentation sur la justification de son thème, la méthodologie adoptée et les résultats obtenus.

Diane Akuèmaho Djossinou Monkotan est partie de l’évidence qu’« Une alimentation saine et équilibrée constitue le gage d’un bien-être optimal. Particulièrement, l’état nutritionnel des femmes représente un déterminant majeur de la mortalité maternelle, du bon déroulement et de l’issu des grossesses ainsi que de l’avenir de l’enfant ». Pour signifier, que l’alimentation de la femme constitue un nœud majeur dans le cycle de la vie. « Une femme malnutrie avant et pendant la grossesse, cela répercute sur l’enfant et sur son devenir ». Elle énumèrera comme conséquences fâcheuses, le risque élevé de fausse-couches, le retard de croissance chez le bébé, la faible capacité intellectuelle, les bébés hypotrophes (c’est-à-dire qui naissent avec un poids beaucoup plus faible), les morts prématurés.… Ce qui l’a amené à choisir le thème : « Alimentation et nutrition de la femme avant et pendant la grossesse au sud-Bénin : qualité et facteurs d’influence ». Il s’agit donc pour elle de décrire l’alimentation et ses déterminants sur la femme, avant et pendant la grossesse. « Pour le faire nous avons été obligée de recourir à certains outils de collecte de données et d’analyse qui ont servi de base à des enquêtes au plan national. Nous avons effectué une liste de composition des aliments consommés au Bénin et dans la sous-région », a-t-elle mentionné.

Ce que révèle la thèse

Pour aboutir à des résultats fiables, elle va observer quelques 897 femmes dont 82 enceintes, et signaler des désistements au cours de l’étude. Diane Akuèmaho Djossinou confie avoir mené souvent les enquêtes à domicile, donc en milieu réel. Les recherches lui ont enfin permis de noter que l’alimentation des femmes concernées est peu diversifiée, « même s’il existe des aliments riches consommés par des femmes et qui permettent de combler certains besoins, dont la viande du porc qui apporte assez de zinc, l’arachide et le ‘’afintin’’ qui apportent assez de magnésium… » Par ailleurs, cette alimentation est en plus fortement impactée par des facteurs culturels et des croyances qui influencent le choix des aliments. Ce qu’il ressort de sa thèse est sans équivoque et inquiétant : les femmes ne se nourrissent pas correctement. « Les résultats ont montré que les femmes ne s’alimentent pas bien. La qualité de ce qu’elles mangent n’est pas vraiment ce qu’il leur faut pour ne pas souffrir de malnutrition. Dans notre pays, la femme, qu’elle soit enceinte ou non ne change pas sa façon de s’alimenter », a-t-elle conclu, fière « d’avoir apporté quelque chose qui sera utile aussi bien dans le domaine de la Recherche que du développement ».

« Un véritable travail pédagogique », salue le jury

A la fin du débat scientifique qui a suivi la présentation, les membres du jury, de retour pour la délibération, ont salué « un véritable travail pédagogique ». Ils ont jugé son travail d’une « haute importance pour la nutrition particulièrement concernant les femmes avant et pendant la grossesse ». Aussi, Diane Akuèmaho Djossinou a une « grande maîtrise du domaine scientifique et des outils nécessaires », et a « su parfaitement répondre aux questions ». En vertu de quoi, elle a été acceptée docteure des Universités d’Abomey-Calavi (Uac) et de Montpellier en France.

Outre le président, le jury est composé du rapporteur Jean-Yves Lehesran, directeur de recherche, de l’Université Paris Descartes (France) ; rapporteur, Sabiba Kou’santa Emile Amouzou, professeur titulaire à l’Université de Kara (Togo) ; examinateur, Jean-Pierre Guyot, directeur de recherche, Université de Montpellier (France) ; examinatrice, Laurencia Ouattara, Maître de recherche, Cnrst (Burkina-Faso) ; directeur de thèse, Joseph D. Hounhouigan, professeur titulaire à l’Uac (Bénin) ; directrice de thèse, Agnès Gartner, chargé de recherche, Université de Montpellier (France) ; et enfin de la co-directrice de thèse, Nadia Fanou Fogny, maître de Conférences à l’Uac (Bénin).

La thèse de Diane Djossinou est réalisée sous la cotutelle de l’Uac et l’Université de Montpellier en France. Elle est financée par trois institutions françaises, à savoir l’Institut de recherche pour le développement, l’Agence nationale de la recherche et le ministère des Affaires étrangères. Signalons qu’elle l’a réalisée sous la supervision de Agnès Gartner, du Pr Joseph Hounhouigan, Yves Martin-Prevel (de l’Ird) et de Nadia Fanou Fogny.

Interviewé par la presse à la fin de la délibération, le président du jury, Pr Roch Mongbo a salué « un travail particulier à plusieurs titres ». Diane Djossinou est ingénieure agronome de formation. Elle avait déjà obtenu un DEA en nutrition humaine. Elle compte se reposer un peu et continuer dans la Recherche.

 

Roch Mongbo : « C’est un travail particulier… »

 « C’est un travail particulier à plusieurs titres. Il est réalisé dans le cadre d’un projet de recherche interuniversitaire. C’est une recherche qui implique les centres de recherche de Montpellier et de l’Uac. C’est la première chose.

Deuxième chose, c’est un travail interdisciplinaire. La recherche en question recouvre des aspects de l’alimentation, de la nutrition et de la santé. Le troisième aspect de ce travail c’est qu’il comporte des résultats qui sont directement applicables pour le changement de comportement des communautés.

Le sujet central c’est les pratiques alimentaires et leurs effets sur l’état nutritionnel des populations. Ce travail de la doctorante s’est focalisé sur les femmes en âge de procréer et a observé leur état nutritionnel avant la grossesse et durant tout le processus de la grossesse. Donc la portée de ce travail ouvre des chantiers importants pour l’accompagnement des populations à l’amélioration de leur état nutritionnel et à la gestion d’une période critique de la vie qui est la période fœtale. C’est pendant la grossesse que s’installe les organes de l’être humain. Un mauvais état nutritionnel de la femme enceinte compromet le bon état nutritionnel et de santé de l’enfant qui va naître et cela va le poursuivre toute sa vie. C’est pourquoi c’est un travail important d’aller voir quelles sont les pratiques nutritionnelles, à quel niveau elles permettent de couvrir les besoins alimentaires et nutritionnels, quelle est la qualité des aliments à consommer. A partir de là, quels conseils donner aux autorités politico administratives et les populations pour avoir des pratiques alimentaires basées sur les éléments de leur terroir pour jouir d’un bon état de santé et en même temps donner à leur enfant qui va naître, le bénéfice d’un bon état de santé pour la vie. C’est à ce titre que le jury l’a trouvé impressionnant et a décerné la mention très honorable ».

Propos recueillis par S. B. AGBON

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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