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Opinion du Pr Gilles E. Gohy : Dur, dur d’être handicapé au Bénin

Il faut beaucoup de courage et de sang-froid pour être handicapé au Bénin.

Être handicapé au Bénin, quelle qu’en soit la forme, est un calvaire éternel car les personnes en situation la vivent bien péniblement. Porter un handicap ou en souffrir, rend plus pénible le quotidien de son porteur. En effet, s’il est incontestable que le handicap, c’est aussi ou surtout dans les yeux de l’Autre, en permanence, le regard dans lequel son appréciation peut se manifester, peut le montrer différemment. S’il va de la pitié parfois justifiée à l’insupportable condescendance, il prend des formes humiliantes quand il cristallise le mépris et l’insulte, comme quotidiennement révélé au Bénin. Toutes ces formes s’y rencontrent, avec un dénominateur commun : la marginalisation ou l’exclusion, au choix ! Le handicap est comme une damnation ; le handicapé, le condamné d’une société catégorisante !

Il est difficile pour les gens dits « normaux », parce que sans handicap visible, de traiter normalement, sans contrainte, sur une base égalitaire, les « autres », les handicapés, si ceux-ci n’acceptent pas de subir stoïquement leurs humiliations, brimades et exclusions. En somme, qui sont-ils ces « sous-hommes » handicapés pour oser s’égaler avec eux, « les hommes » ? Généralement, sauf hypocrisie et rare sincérité, il faut beaucoup de courage pour être personne handicapée au Bénin : à intelligence égale, cette personne ne sera presque jamais PREMIERE à un recrutement organisé au Bénin, même si ses performances prouvent le contraire. Si dans un rare contexte, elle arrive à l’être, tous les blocages et problèmes lui seront opposés, pour torpiller son contrat. La situation est si malheureuse et si sournoise qu’elle n’épargne même pas les organisations internationales de développement : à maints égards, le clientélisme est bien là qui met en parfaite asymétrie la personne handicapée. Le handicap est source de rejet dans ce pays.
Tout se passe comme si la différence énerve et pousse à la déraison. Combien de coordonnateurs de projets avez-vous jamais vu au Bénin, sur une longue période ? Les exceptions extrêmes qui ont bénéficié de circonstances exceptionnelles d’équité et d’objectivité, ont très tôt connu les foudres de la magouille et de l’exclusion des « gens normaux », pour vite connaître l’isolement du manque. Si le Bénin n’aime pas ses personnes handicapées, de façon générale, il semble quand même y avoir des variations régionales, comme le montre la promotion des personnes handicapées dans la dynamique du ministre Béninois en charge des personnes handicapées. Ce traitement méprisant (et méprisable, au demeurant !) qui veut, par exemple, qu’on laisse les handicapés demandeurs d’audience sous la pluie, parce qu’ils ne sont pas les « bienvenus », illustre simplement leur perception quotidienne au Bénin : des nullités ou déchets sociaux qu’on voudrait bien éviter, malgré de pompeux documents de politiques !
La rentrée académique amène aux personnes handicapées leur lot de désagréments! Donner à une personne handicapée une cabine au 2ème étage d’une résidence universitaire, avec un visage fermé et une moue dédaigneuse, procède de cette joyeuse perception ! La lui concéder comme une aumône non négociable, donc à prendre ou à laisser, en est une illustration. Et que dire quand le Président de la République, prompt à intervenir sur tout, est plutôt dans la dynamique du « qui ne dit rien consent » ? Ses mélodieux “je vous aime !” bien absents ici illustrent avec clarté, sa position quotidienne !
Il reste donc beaucoup à faire car, ajouter le libellé « personnes handicapées » à la dénomination d’un ministère en charge de la famille, ne règle aucun problème pour ces personnes. Au contraire ! Par son inefficacité à résoudre les problèmes de ces personnes, privilégiant le clientélisme et les voies de fait par des silences coupables, il encourage et favorise leur marginalisation et leur exclusion des recrutements nationaux. Alors, que peuvent faire d’autre, les organisations internationales quand leur propre pays les traite avec un mépris aussi souverain ? Sans y être obligées, elles ne peuvent qu’imiter ou faire pire !
Pourtant, qui peut avoir l’outrecuidance ou la myopie de se penser à l’abri du handicap ou d’une invalidité, quand il suffit par exemple d’un faux pas, d’une opération chirurgicale mal soldée, ou d’un caprice de la vie pour que le handicap arrive ? Je crois que ces « hommes normaux » semblent simplement nier ou rejeter l’image de leur devenir plausible ou de leur futur potentiel !

On a déjà vu des gens dits normaux, auparavant arrogants, fringants et paradeurs se retrouver, au milieu ou au soir de leur vie, “légumes” – comme disent les Canadiens — parce que devenus hémi ou tétraplégiques ! Des « bien voyants » avec auparavant de beaux yeux de biche ou des yeux doux et profonds, se retrouver aveugles, du jour au lendemain, des suites d’un glaucome mal maîtrisé ! Telle belle jeune femme auparavant arrogante, parce que consciente de sa beauté, s’est retrouvée subitement paralysée, au grand désarroi de sa famille. Les « bien portants » d’aujourd’hui ne sont donc que potentiellement les malades, les handicapés de demain ! Ceux qui maltraitent ou humilient les personnes handicapées aujourd’hui, devraient plutôt savoir raison garder et se dire que leur tour viendra d’être humiliés et marginalisés, fatalement, s’ils n’y prennent garde !
C’est ce que j’ai encore pensé !

Prof. Gilles Expédit Gohy

Sociologue du développement

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