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Ouidah : La mystique du Python (“Un adepte qui voit le Python mort, c’est un mauvais signe”)

Deux lieux de culte se regardent, n’ont pas en chien de faïence mais comme modèle parfait de dialogue interreligieux : la cathédrale et le Temple des Pythons. A Ouidah, c’est l’une des attractions dont la réputation transgresse les frontières nationales. Comment un reptile, le Python, a-t-il donné son nom à cette ville ? Comment est-il aujourd’hui entretenu ? Quel est son rapport avec les populations ? Descente au Temple des Pythons.
Le Python pour les populations de Ouidah, est un animal populaire et tutélaire. C’est l’ancêtre mythique “qu’on ne tue pas, qu’on ne maltraite pas et qu’on ne mange pas”, assène Dada Daagbo Hounon Hounan II, Chef spirituel suprême du Vodun Houindo, roi des mers et océans. Depuis 1992, le Temple en l’honneur des Pythons est reconstruit, modernisé, où les touristes accourent chaque année pour satisfaire curiosité et écouter l’histoire. L’histoire raconte justement que cet animal a plusieurs fois sauvé la vie du roi contre les envies expansionnistes du royaume d’Abomey. Depuis lors, il est vénéré comme divinité. Modeste Zinsou est l’un des guides de tourisme permanents qui reçoit et oriente les visiteurs. Il répond aux questions récurrentes sur cet ancêtre mythique et la vie du Temple.

Bénin Intelligent : Que représente le Python pour Ouidah ?

Modeste Zinsou : Chez nous les pythons sont sacrés. Sacrés parce que pour la population de Ouidah ils représentent une grande divinité. C’est même le nom du pyhton qui est sur la ville. Python en langue Fon parlée ici, donne ”Xwéda dangbé”, serpent bienfaiteur. Le colon français en voulant dire ”Xwéda” a dit ”Ouidah”, les portugais ont dit Judah”, les anglais Whydah. Donc chacun a essayé de donner sa forme de prononciation à Xwéda.
La question qu’on doit se poser est ”pourquoi le python ?” Le python est vénéré par les populations parce que, d’abord, il protège l’agriculture en s’attaquant aux rongeurs (rats et souris). Ensuite, le python a plusieurs fois sauvé la vie du roi de Ouidah contre l’invasion des rois d’Abomey. Ces derniers étaient repoussés par des Pythons qu’ils retrouvaient sur leurs chemins en venant à Ouidah. C’est pourquoi le Python est aussi appelé ”Vodun Dangbé” ou Vodun bienfaiteur. Le python est vénéré par les premiers habitants de cette ville qu’on reconnaît par les scarifications 2×5 (10) qui se fait à deux ou trois mois après la naissance.

La Case des pythons en forme de grenier

Comment se traduit aujourd’hui cette vénération ?

Pour avoir protégé la vie du roi et le champ des ancêtres, le Python est désormais pris comme une divinité. Les adeptes leur apportent donc des offrandes. Il peut s’agir de poulets, de mouton voire de bœuf. On les tue et le sang est versé sur les divinités. Les viandes sont partagées parce que c’est l’occasion d’une fête. Les cérémonies qui se font une fois tous les 7 ans débutent toujours au pied de l’iroko sec vieux de quatre siècles. On sait que chez nous l’iroko mort ou vivant reste sacré; pour cela il reçoit également des offrandes (huile rouge, maïs écrasé …)
La case en forme rectangulaire abrite l’autel du python devant lequel les fidèles viennent prier et formuler des vœux. Mais attention ! au Python on ne confie pas de mauvaises intentions. Si vous demandez du mal pour votre prochain au Python cela va se retourner contre vous. Pour nous, le Python n’a que des pouvoirs bénéfiques. On demande tout ce qu’on veut : prospérité, bonheur, fécondité… Si les vœux sont positifs ils sont toujours exaucés. La case du Python qui abrite l’autel date de 1717.

Que signifie la jarre renversée dans Temple ?

Cette jarre sacrée actuellement renversée est ouverte une fois tous les 7 ans; parfois le jour des grandes cérémonies. Nous avons quatre grands prêtres au sein du Temple qui jouent des rôles précis. Il s’agit de Dah Gbédjinon, Dah Dangbénon qui officie directement auprès des Pythons, Dah Kponon en charge de l’animation de la maison lors des cérémonies traditionnelles et Dah Dêh. Au dessus de ces quatre prêtres, il y a une femme appelée Dèka Hintô; choisie après le 3e âge, elle est porteuse de la calebasse sacrée. A ce titre, elle a la lourde charge de sélectionner 41 filles vierges qui vont chercher de l’eau sacrée à 7km d’ici lors de la cérémonie septennale. Si vous êtes jeune fille de la famille du Python c’est un privilège d’être choisie pour y participer. Aujourd’hui les parents choisissent les filles très jeunes pour être sûre de leur virginité. Parce que si jamais la fille n’est plus vierge et qu’on lui met la jarre sur la tête, elle restera bloquée; la jarre lui pèsera lourd sur la tête. Et c’est grave !
Les prêtres arrivent ensuite avec des feuilles qu’on rassemble dans la jarre, sur lesquelles l’eau apportée par les vierges sont versées. La potion servira à la purification du temple et des adeptes du Python. Bien sûr qu’il peut avoir des purifications occasionnelles.

L’autel du python et le tronc de l’iroko vieux de 4 siècles

Pourquoi le nouveau Temple moderne est-il en forme de grenier ?

Le nouveau Temple est en forme de grenier pour signifier le rôle tutélaire du Python dans l’agriculture. Construit en 1992 ce temple abrite une soixantaine de Pythons gardée pour la vénération. La plus grande partie des Pythons sont dans les maisons, sous l’oreiller des populations, dans les arbres, les cuisines…A Ouidah personne n’en a peur. On ne leur donne pas à manger. C’est là le mystère! Ils se nourrissent des rats et souris dans les maisons, chez les populations.

Quelles sont les grandes familles dépositaires de cette divinité ?

A Ouidah il y a trois grandes familles que sont Atakpaloukou Agbo, Adjovi et Zossoungbo. Ce sont là les grands dignitaires Xwéda à qui le Python appartient véritablement.

Comment les Pythons sont-ils maintenus au Temple ? Ils vont manger dans les maisons et reviennent d’eux-mêmes ?

Absolument ! A Ouidah cette espèce de Python royal est omniprésent. Quand les gens les trouvent, ils les ramènent.

Comment le Python royal finit-il sa course terrestre ?

Le Python peut mourir par vieillesse ou accident. Avec l’urbanisation, il peut être écrasé par inadvertance par les populations ou par un véhicule en voulant traversée la voie. Lorsque c’est le cas, il est ramené au Temple et enterré exactement comme des hommes. L’esprit du Python est toujours là.

Bénéficient-ils de soins vétérinaires ?

Oui. Parmi les quatre prêtres il y en a un qui a pour rôle de s’occuper de l’entretien des Pythons. Aujourd’hui avec la modernité et le tourisme qui est organisé, les femmes arrivent et avec leurs cheveux et produits cosmétiques sur le corps qui peuvent embêter le Python. Donc nous avons aussi un vétérinaire qui s’occupe d’eux. Nous sommes par ailleurs en train de mettre en place un système d’élevage pour permettre aux Pythons de vivre à l’état naturel face à une urbanisation sauvage.

Le guide Modeste Zinsou place le python à un journaliste

Vous disiez que le Python c’est aussi un code de communication pour les Xwéda.

Chez les Xwéda le Python peut manifester des signes. La femme qui a commis l’adultère peut voir par exemple le Python enroulé autour de sa marmite. C’est un signe positif de le voir sous l’oreiller : vous dormirez sans cauchemars. Retrouvé sous la jarre, le Python porte une bénédiction pour la femme. Un adepte qui voit le Python mort, c’est un mauvais signe; il doit venir se faire purifier au Temple. Donc sur certains nombre de positions, il traduit des messages. Si le Python arrive chez vous, et s’installe paisiblement, vous êtes dans des grâces. C’est une divinité qui protège.

Globalement le Temple est-il bien géré ?

Aujourd’hui le Temple des Pythons est un exemple à suivre en matière de gestion ce qui permet de payer des taxes de développement local à la mairie. Au niveau du Temple pas d’amalgame : le côté culturel est bien séparé du cultuel. Les Vodunon ne se mêlent pas du culturel, et, vice versa, les culturels se ne se mêlent pas aussi du cultuel. Outre cette séparation remarquable, les quatre grandes familles susmentionnées ont responsabilisé un gestionnaire en la personne de Eloi Agbo.

Par Sêmèvo Bonaventure AGBON

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