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Ouvrage « Soigner les certitudes » : Les recettes de Madougou pour repousser les limites de la pauvreté

« Soigner les certitudes ». Pour un titre de livre, il est bien prétentieux. Mais il semble bien assumé surtout qu’il renseigne en sous-titre que c’est une “dialectique d’inclusion et du minimum humain en Afrique”. C’est ainsi que Reckya Madougou nous revient à travers son nouveau livre. Conseillère Spéciale du Président de la République Togolaise, experte internationale en finance inclusive, Reckya Madougou nous livre dans ce livre-interview quelques recettes pour combattre les barrières et les pesanteurs, certitudes faussement justes dans la lutte contre la pauvreté et l’autonomisation des peuples.

De “Mon combat pour la parole” paru en 2009 à “Soigner les certitudes” en 2020, s’opère un changement d’échelle. Dans ce livre annoncé sous les Éditions Jean-Jacques Wuillaume, l’auteure aborde les questions liées à l’inclusion financière des populations, les mécanismes structurels de développement, l’autonomisation des femmes, la justice sociale et l’espoir de la jeunesse. Mais cette fois-ci, Reckya Madougou a fait le choix de déconstruire et soigner les certitudes qui empêchent les politiques de mieux insérer ou de laisser s’épanouir la jeunesse ou la femme africaine dans les systèmes libéraux de nos États. « Et évidemment, ces dernières sont liées à la nécessité de  capacitation massive des populations plutôt que leur confinement dans les processus d’assistanat, l’inclusion financière bien calibrée versus les incantations de lutte contre la pauvreté, aux mécanismes structurels de développement avec des “Home grown solutions, notamment des partenariats sud-sud en Afrique et la digitalisation de l’activité économique au lieu d’attendre l’Occident providentiel pour un oui ou un non, à l’autonomisation des femmes, à la justice sociale et à l’espoir d’une jeunesse décomplexée, fière de notre continent, objet de toutes les convoitises », a expliqué l’auteure dans une interview donnée au magazine Brune de février 2020.

Tout au long des pages, Reckya Madougou conseille aux femmes et aux jeunes de ne point se laisser berner par les à-priori sur le risque élevé de l’investissement en Afrique. Pour l’experte internationale, cette doctrine est bien contestable à bien des égards. Car selon une étude récente de la Cnuced, l’Afrique est la région où l’investissement est le plus rentable au monde. En cela, la lutte contre l’extrême pauvreté et contre les inégalités exige une nouvelle dialectique de l’inclusion social et surtout un renouvellement des méthodes dans la mise en place des mécanismes structurels plus appropriés et adaptés. Tout part de l’homme, dit-elle. Ce centrage donc prôné sur l’humain peut être bien compatible avec le système libéral ou ce qu’elle appelle le “capitalisme sauvage”. Elle est tranchante à cet effet : “Un paradoxe qui explique par exemple tout. Une croissance annuelle de plus 7 % jusqu’en 2017 permettait de doubler le PIB tous les dix ans ne saurait supporter une démographie dynamique croissante de l’ordre de 3 % par an. Aujourd’hui avec un milliard d’habitants africains, et sûrement le double d’ici à 2050, une croissance minimum de 4 à 5 % par an et par habitant entre cette année et 2050 est indispensable pour empêcher un déséquilibre. Face à cela, il nous faut réformer les évidences des régularités économiques en Afrique. Le chemin de la prospérité passe par une projection plus inclusive des mécanismes à proposer”, propose-t-elle.

En s’appuyant sur des constats, des chiffres et des conseils, Reckya Madougou invite dans cet enrichissant échange avec l’écrivain Stephens Akplogan, à “tutoyer les sommets sans complexe” en misant sur ce qu’elle appelle une “spiritualité de l’effort” ou encore une “citoyenneté économique”. Sur plusieurs autres pages, elle parle de son domaine de prédilection : la microfinance. Pour elle, c’est un enjeu majeur de développement progressif, inclusif et durable. Plusieurs États ont fini par le comprendre. Du moins en Afrique. La preuve, argumente-t-elle, plus de 50 pays se sont résolus à l’inclusion financière. Selon la Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest, à la date de décembre 2018, l’accès des populations aux services financiers fournis s’est accru de 14,6% en glissement annuel, avec un nombre de bénéficiaires de ces services qui est ressorti à 14.290.4902 sur la période contre 12.472.154 un an plus tôt. Selon les statistiques de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), l’encours de crédits des systèmes financiers décentralisés de la zone a bondi de 70 % entre 2009 et 2014, pour atteindre 855,7 milliards de F CFA (1,3 milliard d’euros environ). En mettant sous loupe ces chiffres, Reckya Madougou estime qu’il est nécessaire “de bousculer les politiques au point de les contraindre à comprendre que le financement inclusif offre un potentiel de croissance et surtout de justice sociale pour les populations moins bénéficiaires des effets de la croissance”. Lesquelles ? Deux tiers de la population du continent vivent difficilement de l’agriculture.

Par La Rédaction

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