Vous êtes ici
Accueil > Actualité > Dialogue interreligieux : Musulmans, chrétiens et vodunsi unis à la Pâques

Dialogue interreligieux : Musulmans, chrétiens et vodunsi unis à la Pâques

À l’initiative de l’Église de Jésus-Christ des Saints des derniers jours, des fidèles de plusieurs obédiences religieuses (Islam, Christianisme et Vodun) se sont retrouvés à son siège à Godomey le lundi 18 avril, lundi de Pâques. Discussions, réjouissances et partage de repas ont été au menu de cette rencontre qui vise à promouvoir l’acceptation mutuelle et la tolérance en matière de religion.

Par Sêmèvo Bonaventure AGBON

La rencontre est placée sous le thème « Promouvoir la liberté religieuse ». Il a été développé par Léandre Adimou, directeur de la communication de l’Église de Jésus-Christ des Saints des derniers jours. Face à lui, une cinquantaine d’invités issue de différentes confessions religieuses. Ce sont des imams, évangélistes, dignitaires Vodun, pasteurs, ou simplement des intellectuels chrétiens ou non.

 

LIRE AUSSI: Dr Coovi Raymond Assogba, sociologue : <<Le dialogue interreligieux n’existe que de mot>>

 

Tous mélangés pour la circonstance l’un à l’autre dans une parfaite symbiose dans le cadre de la Pâques . Les échanges modérés par Modeste Kpadonou, président du Pieu de Cotonou de l’Église de Jésus-Christ ont porté sur trois questions majeures : qu’est-ce que la liberté religieuse ? Comment l’exprimer ? Et pourquoi l’exprimer ?

Les interventions ont élevé l’amour du prochain et le respect de sa profession religieuse comme un principe fondamental de la vie en communauté et gage de paix.

Dah Amangninou (Laurent Atcho) est l’un des dignitaires Vodun présents. <<On ne parviendra jamais à l’unité en matière religieuse. Même au temps de Jésus-Christ elle n’a pas existé. La foi est personnelle et donc diverse mais pas forcément antagoniste. La foi qui conduit à Dieu et qui garantit la paix de l’âme après la mort est même un don de Dieu. Ce qui exige qu’elle soit basée sur la voix authentique de Dieu ni plus ni moins. Donc musulmans, chrétiens et vodunsi ne peuvent jamais s’unir mais ils peuvent s’accepter, ils doivent dialoguer et se respecter mutuellement>>, a-t-il soutenu.

Telle est d’ailleurs la position de l’institution initiatrice de la rencontre. « À l’Église de Jésus Christ des Saints des derniers jours nous croyons que tous les hommes ressentent l’esprit de Dieu. Ce n’est pas particulier à une église ou à une organisation. C’est dans ce cadre que nous réunissons chaque année les différentes religions afin de pouvoir tous ensemble échanger, apprendre à nous accepter les uns les autres peu importe ce en quoi nous croyons. Si nous ne nous soutenons pas mutuellement, le cadre dans lequel nous tous nous opérons ne sera pas assez propice pour chacun. C’est pour pouvoir mieux se connaître, collaborer ensemble et que chacun puisse défendre sa profession de foi et respecter l’autre dans lui aussi sa profession de foi », a précisé Modeste Kpadonou, président du Pieu de Cotonou de l’Église de Jésus-Christ des Saints des derniers jours.

Le choix du lundi de Pâques -jour de commémoration de la résurrection de Jésus-Christ- n’est pas anodin, a-t-il insisté. « C’est une façon d’attirer l’attention de chacun à comprendre que, aujourd’hui en nous réunissant, c’est une façon de nous réveiller ensemble, de ressusciter dans notre cœur le besoin de nous accepter, de nous comprendre même si les principes que nous défendons quelquefois au niveau de nos professions de foi sont différentes. En choisissant le lundi de Pâques nous voudrions faire savoir à tout le monde que les chrétiens comme les musulmans, tous ensemble nous avons besoin de faire un renouveau dans notre esprit vis-à-vis de la façon dont nous acceptons les autres autour de nous », a déclaré Modeste Kpadonou.

L’animation à cette occasion a été assurée par le ‘’Chœur de l’unité béninoise’’. Il s’agit d’une chorale mixte dont les membres, environ une quarantaine, proviennent de différentes églises. Entre autres, des fidèles de l’Église pentecôte de la Foi, des Assemblées de Dieu, du Christianisme céleste et des Protestants méthodistes du Bénin. Sans oublier des membres qui n’appartiennent à aucune église. Ils ont envie de chanter et nous les avons acceptés. Nous veillons beaucoup au vivre en communauté, au savoir-faire et au savoir-être », a indiqué Wilfried Agbélété, chef de cœur et directeur de ladite chorale.

 

LIRE AUSSI: Dr Coovi Raymond Assogba, sociologue : « Là où le gilet pare-balles ne protège que le tronc‚ le boo conserve l’intégral du combattant »

 

« Il est vrai que nous n’émanons pas de la même église mais nous ne parlons pas « église » au niveau du chœur », a-t-il poursuivi. En une heure de prestation, la chorale a tenu en haleine le public en exécutant aussi bien du classique que des rythmes traditionnels.

Le député Dakpè Dossou a participé à la rencontre.

Au Bénin, après le passage des missionnaires qui ont assimilé le Vodun systématiquement au diable, le premier dialogue interreligieux a été conduit par le Pape Jean-Paul II. C’était le 3 février 1993, jour où il a reçu des dignitaires Vodun, notamment Sossa Guèdèhounguè et Daagbo Hounon Tomadjlehoukpon lors de sa visite à Cotonou.

29 ans après cette initiative pourfendue dans le rang du clergé catholique béninois, l’état des lieux n’est pas reluisant en matière de considération du culte Vodun, fait observer Coovi Raymond Assogba, sociologue, maître de conférences des universités du Cames et responsable de l’unité d’enseignement de Boologie à l’Université d’Abomey-Calavi (Uac) dans un précédent entretien à l’occasion de la célébration du “10 janvier” 2022. Il parle de condescendance et d’accolades non fraternelles et sincères.

 

LIRE AUSSI : Vénérable Dansou Gazozo, président du Sy.Na.M.I.Tra.A.B : «Il faut corriger les injustices et dommages causés à la médecine traditionnelle»

Laisser un commentaire

Top